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5 février 2023 7 05 /02 /février /2023 14:17

5TOA

5° Dimanche du Temps Ordinaire - Année A

Is 58,7-10 ; Ps 111 (112) ; 1 Co 2,1-5 ; Mt 5,13-16

« Vous êtes le sel de la terre […] vous êtes la lumière du monde ». Ces paroles de Jésus sont à la fois encourageantes, exigeantes et mystérieuses. Encourageantes parce qu’elles sont positives et valorisantes, on comprend bien qu’il s’agit de compliments et non de reproches ! Exigeantes parce qu’elles indiquent une mission dont les enjeux sont ensuite soulignés par le Seigneur. Mystérieuses puisqu’elles sont imagées, et que les images peuvent parfois signifier des choses très différentes. Ainsi qu’y a-t-il de commun entre le sel et la lumière ? L’un est particulier, l’autre général ; l’un est palpable, l’autre ne l’est pas ; l’un agit en s’effaçant, l’autre agit en se déployant … Cela dit, le sel comme la lumière servent à révéler : le sel révèle la saveur de la nourriture, c’est-à-dire sa qualité, tandis que la lumière révèle la vérité de ce qu’elle éclaire.

Comme il s’agit de décrire la mission des disciples du Seigneur, on peut tenter de rapprocher ces deux paroles des deux grands commandements, ou des deux tables de la Loi : l’amour de Dieu et l’amour du prochain.

Le sel a quelque chose à voir avec l’amour de Dieu. Déjà dans l’ancienne alliance, tout sacrifice devait être salé avant d’être offert. La menace qui vise le sel devenu fade, ressemble à celles qu’on trouve dans les paraboles du royaume : « jeté dehors » là où il y a des pleurs et des grincements de dents ce qui peut être la réaction de celui qui est piétiné par les gens. Ainsi être le sel de la terre, ça pourrait signifier révéler la qualité des choses en les imprégnant de l’amour de Dieu. Les paroles de saint Paul dans la lettre aux Corinthiens ne manquent d’ailleurs pas de piquant : « je ne suis pas venu vous annoncer le mystère de Dieu avec le prestige du langage ou de la sagesse ». Comme une manière de rappeler la vanité d’une approche purement terrestre de la vie ; l’humain ne suffit pas et s’affadit s’il n’est pas ouvert à la présence de Dieu.

La lumière peut être rapprochée de l’amour du prochain. Le texte d’Isaïe dans la première lecture évoquait la lumière jaillissant comme l’aurore si l’on partage le pain avec celui qui a faim, accueille les pauvres sans abri, couvre celui qui est sans vêtements … autant d’action que l’on retrouvera dans les sentences du jugement dernier « ce que vous avez fait au plus petit d’entre les miens », et que l’église a retenu comme œuvres de miséricorde, c’est-à-dire comme expressions de l’amour du prochain. Cet amour qui ne peut être mesuré, en le mettant dans un boisseau, mais qui a vocation à rayonner, non pas pour susciter l’admiration mais pour rendre gloire à Dieu. L’amour du prochain est la lumière du monde, en ce qu’il révèle la vérité de ce que nous sommes. Car nous ne sommes pas faits pour l’égoïsme mais pour le partage, nous ne sommes pas faits pour l’indifférence mais pour la solidarité, nous ne sommes pas faits pour le mépris mais pour la compassion.

Ainsi nous comprenons la complémentarité des deux images de l’évangile d’aujourd’hui. Car nous savons que l’amour de Dieu n’est qu’illusion s’il ne se manifeste pas dans l’amour des autres, et que l’amour des autres s’épuise s’il ne s’enracine pas dans l’amour de Dieu. Mais nous pouvons faire une dernière remarque sur ce texte. Jésus ne dit pas « soyez sel de la terre », il ne dit pas non plus « soyez la lumière du monde ». Il dit « vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde ». Il ne s’agit donc pas d’une option, ni même d’un projet, mais d’un état et d’une identité. Non pas pour nous glorifier mais pour nous exhorter à y être fidèles. Si le sel devient fade, si la lumière se cache, c’est la terre qui perd sa saveur et le monde qui s’obscurcit. Nous n’avons pas tant à nous préoccuper de ce que nous faisons, mais de ce que nous sommes en restant solidement attachés au Seigneur, en déployant pleinement le don de Dieu.

Que la Vierge Marie, Avocate des Toulonnais, nous aide à entendre cette parole et à la mettre en pratique. Porte du Ciel, qu’elle nous garde dans la présence du Seigneur ; Etoile du matin qu’elle nous conduise dans le souffle de l’Esprit-Saint ; Mère de l’Église qu’elle nous entraine dans la fidélité à l’Évangile pour que nous puissions demeurer en Dieu comme il demeure en nous, dès maintenant et pour les siècles des siècles.

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29 janvier 2023 7 29 /01 /janvier /2023 14:04

4TOA

4° Dimanche du Temps Ordinaire - Année A

So 2,3. 3,12-13 ; Ps 145 ; 1 Co 1,26-31 ; Mt 5,1-12

Pendant le temps ordinaire, on lit de manière à peu près continue, un évangile – en l’occurrence cette année celui de Matthieu. Et voici qu’aujourd’hui, le hasard ou la providence, nous propose de relire le texte des Béatitudes, un texte qui est lu chaque année pour la Toussaint. Sans doute pouvons-nous y voir le rappel discret qu’il ne s’agit pas seulement de dessiner le portrait de la sainteté, mais que Jésus trace pour nous un chemin pour la vie ordinaire. C’est dans cet esprit que saint Augustin, lorsqu’il commente les Béatitudes, les rapproche du Notre Père. Chaque demande de la prière du Seigneur nous dispose à vivre une béatitude.

Tout commence par la première demande « Que ton nom soit sanctifié ». C’est-à-dire qu’il soit respecté et honoré. Qui parlera de Dieu n’importe comment ? Le superbe au cœur orgueilleux, celui qui se croit supérieur. Au contraire, pour sanctifier le nom du Seigneur, il faut être humble, pauvre de cœur. Heureux les pauvres de cœur, parce qu’ils se confient à Dieu, le Royaume des cieux est à eux. Dans la vie spirituelle, tout commence par le respect de Dieu qui suppose humilité et pauvreté de cœur.

Ensuite, il y a une petite différence entre la version de saint Augustin et notre traduction liturgique. C’est que selon les manuscrits les plus anciens, on trouve parfois les deux béatitudes des doux et des affligés dans un ordre différent … peut-être un clin d’œil de l’Esprit-Saint pour que nous ne soyons pas trop catégoriques dans l’interprétation de la Parole ! Donc, rapprochons la demande « que ton règne vienne » de la béatitude des doux. La tendresse de Dieu se manifeste dans ce qu’un auteur a appelé la divine douceur. Choisir la douceur, c’est entrer dans la manière d’être du Seigneur. « Heureux les doux, car ils participent à la venue du Règne, un règne qui est l’avenir de la terre.

Il y a un certain risque à rapprocher la demande « que ta volonté soit faite » de la béatitude des larmes. Il ne s’agit pas de croire que Dieu voudrait que nous pleurions, bien au contraire, il veut nous consoler. Le Consolateur est même le nom du Saint-Esprit. Les larmes sont le signe que la volonté de Dieu n’est pas faite, car Dieu ne veut que du bien pour nous. Les deux béatitudes des doux et des affligés nous invitent à progresser dans le désir de Dieu, l’une en modelant notre manière d’être, l’autre en l’inscrivant au plus profond de nous. Car le désir de Dieu est la deuxième marche de la vie spirituelle.

La demande « donne nous aujourd’hui notre pain de ce jour » et la béatitude des « affamés et assoiffés de justice » utilisent le même registre de la nourriture. La première justice n’est-elle pas que l’homme, tout homme puisse manger ? Ainsi la vie spirituelle ne se déploie pas dans les hauteurs abstraites d’une mystique intellectuelle, elle nous prend au plus concret de l’existence pour nous faire expérimenter que Dieu s’intéresse aussi à l’ordinaire de notre vie.

Naturellement la demande du pardon et la béatitude des miséricordieux partagent la même logique : la mesure que nous utilisons pour les autres est la mesure dont Dieu se servira pour nous. A travers les béatitudes de la justice et de la miséricorde, nous sommes invités à gravir la troisième marche de la vie spirituelle, celle de l’engagement, pour partager le cœur de Dieu.

Qu’y a-t-il de commun entre la demande de la tentation (c’est-à-dire d’éviter la tentation) et celle des cœurs purs ? L’image de la vision peut nous en faire comprendre le lien. Le cœur pur, c’est celui qui adopte le regard de Dieu. Il ne regarde pas le mal qu’on pourrait faire (ce qui est la définition de la tentation), mais le bien qui est promis. Il s’agit d’éviter le vertige en se détournant de l’abîme pour contempler le sommet.

Enfin rapprocher la demande « délivre nous du mal » et la béatitude des artisans de paix, révèle que la paix n’est pas un compromis mais une libération. Elle est le signe que le mal a été vaincu et que la présence du Seigneur peut se déployer dans nos vies. Les deux béatitudes des cœurs purs et des artisans de paix ont toutes les deux des promesses qui se réfèrent à Dieu. Elles nous font donc entrer dans la dernière marche de la vie spirituelle : l’espérance qui n’est pas une attente passive, mais l’horizon de notre implication active.

La fin de l’évangile des Béatitudes, en évoquant les persécutions et les oppositions du monde a une tonalité moins sereine. Non pas pour nous faire peur ou pour le plaisir du paradoxe, mais pour nous avertir de l’exigence de ce chemin qui nous est proposé, et que Jésus lui-même a parcouru le premier. L’humilité, le désir de Dieu, l’engagement et l’espérance ne sont pas un programme de sagesse humaine à mettre en œuvre par nos propres forces, mais comme le montrait saint Paul aux Corinthiens, une aventure proprement divine où nous sommes guidés et soutenus par la grâce du Christ.

Que la Vierge Marie, Avocate des Toulonnais, nous aide à parcourir le chemin des Béatitudes. Humble Servante du Seigneur, Consolatrice des Affligés, Mère de Miséricorde et Reine de la Paix, qu’elle nous accompagne dans l’aventure de la sainteté où elle nous précède, pour que nous puissions accueillir le bonheur qui nous est promis et demeurer en Dieu comme il demeure en nous, dès maintenant et pour les siècles des siècles.

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22 janvier 2023 7 22 /01 /janvier /2023 10:24

3TOA

3° Dimanche du Temps Ordinaire - Année A

Is 8,23-9,3 ; Ps 26 ; 1 Co 1,10-13.17 ; Mt 4,12-23

En ce dimanche de la semaine de prière pour l’unité des chrétiens, la deuxième lecture que nous venons d’entendre résonne tout particulièrement. « Le Christ est-il donc divisé ? » c’est la question de Paul face aux divisions des chrétiens de Corinthe où chacun s’oppose en se revendiquant de l’un ou de l’autre. Ainsi, dès le début de l’Église, sont apparus des clans et des partis qui, sans nécessairement s’opposer violement, créent des tensions et défigurent le Christ. On sait que dans l’histoire ces divisions ont parfois pris une tournure dramatique et que le témoignage de l’Église s’en est trouvé affaibli. C’est d’ailleurs l’essor des missions qui a fait prendre conscience de l’importance de l’unité. On fait généralement remonter le mouvement œcuménique à l’intervention du délégué de l’Asie, lors d’un congrès international, alors qu’il déclarait : « Vous nous avez envoyé des missionnaires qui nous ont fait connaître Jésus-Christ, et nous vous en remercions. Mais vous nous avez apporté vos distinctions et vos divisions (…) nous vous demandons de nous prêcher l’Évangile et de laisser Jésus-Christ susciter lui-même au sein de nos peuples, par l’action de son Saint-Esprit (…) l’Église du Christ délivrée de tous les « ismes » dont vous affectez la prédication de l’Évangile parmi nous ». Voyons comment les textes de la liturgie peuvent nous aider à résister aux tentations de la division.

D’abord nous pouvons observer que les divisions à Corinthe, s’expriment par des revendications : « moi, j’appartiens » … Même l’affirmation « moi, j’appartiens au Christ » est problématique. Non pas à cause de la référence au Christ, mais parce qu’elle prend un accent d’accusation en laissant supposer que les autres ne le suivent pas ! Il aurait fallu dire « tous, nous appartenons au Christ ». La division apparaît quand nous nous prenons nous-même comme la mesure des choses.

Ensuite, l’évangile nous rapportait le début de la prédication de Jésus. Il est intéressant de constater que cette prédication commence à Capharnaüm, une ville dont le nom est devenu synonyme de pagaille ; dans une région, la Galilée, qui était perçue à l’époque comme le lieu de tous les mélanges. Or la citation d’Isaïe, décrit la situation comme « le pays de l’ombre », un « peuple qui marchait dans les ténèbres ». Ainsi le mélange et la pagaille ne sont pas des modèles d’unité. Sans doute, de nos jours, au nom de la tolérance, nous pourrions être tentés de nous satisfaire de ce flou en acceptant tout et n’importe quoi. Pourtant nous savons bien que ce n’est pas satisfaisant et que ça n’évite pas les tensions. Il ne suffit pas de subir les aléas de l’histoire pour changer nos cœurs et nous décentrer de nous-mêmes.

C’est pourquoi le prophète annonce : « une lumière a resplendi », et l’évangéliste nous fait comprendre que cette lumière c’est le Christ. D’ailleurs nous avons déjà entendu la première lecture dans la nuit de Noël. On raconte qu’un sage demandait à ses élèves : « à quoi peut-on reconnaître le moment où la nuit se termine et où le jour commence ? » L’un répondit : « quand on peut distinguer au loin un chien d’un mouton », un autre proposa : « quand on peut distinguer un figuier d’un dattier » ; mais chaque fois le maître repoussait la réponse. Dépités, ils lui demandent : « quand donc alors ? » et lui de répondre : « tant qu’en regardant le visage d’un autre, tu ne reconnais pas ton frère ou ta sœur, il fait encore nuit ». Voilà pourquoi la prédication de Jésus prend une tonalité nouvelle lorsqu’il commence à rassembler les disciples en appelant Pierre et André, Jacques et Jean à le suivre. L’Église commence quand on accueille la parole de Dieu qui nous invite à nous rassembler autour du Christ. C’est lui qui est la mesure de toutes choses, et non pas nos idées ou les hasards de l’histoire. Ce n’est pas le triomphe de nos habitudes ou la docilité aux événements qui construit l’unité, mais la fidélité à la Parole.

Il est dommage que l’enthousiasme œcuménique se soit essoufflé parce que la tentation est grande de se résigner à la division des chrétiens par l’indifférence, celle qui ignore les autres ou celle qui tolère la confusion. Répondre à l’appel du Seigneur et le suivre, c’est s’engager dans la voie exigeante de la communion, dans le désir insatiable de l’unité.

Que la Vierge Marie, Avocate des Toulonnais, nous aide à entendre cette parole et à la mettre en pratique. Reine de la Paix, qu’elle nous rende attentifs à éviter ce qui divise. Etoile du matin, qu’elle nous encourage à nous laisser éclairer par la lumière de l’évangile. Mère de l’Église, qu’elle nous apprenne à suivre le Christ pour que nous puissions nous rassembler en lui et demeurer en Dieu comme il demeure en nous, dès maintenant et pour les siècles des siècles.

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15 janvier 2023 7 15 /01 /janvier /2023 14:08

2 TOA

2° Dimanche du Temps Ordinaire - Année A

Is 49, 3.5-6 ; Ps 39 (40) ; 1 Co 1,1-3 ; Jn 1,29-34

Le temps ordinaire dans lequel nous sommes entrés, est le temps où nous vivons notre relation à Dieu dans l’ordinaire de la vie. Sans se focaliser sur un mystère ou un événement particulier, c’est dans la simplicité du déroulement des jours que nous sommes invités à vivre en présence du Seigneur. Pour nous introduire à ce temps, les textes de la Parole que nous venons d’entendre nous rappellent, à travers les témoignages d’Isaïe, de saint Paul et de Jean le Baptiste, les fondamentaux de l’existence chrétienne. Un peu comme pour nous dire que l’ordinaire n’est pas une routine sans but mais la fidélité à notre vocation.

Tout d’abord nous avons entendu le témoignage d’Isaïe qui rapporte le sens de sa mission. Il a été appelé pour rassembler le peuple de Dieu, et même plus largement toute l’humanité. On retrouve cette notion d’appel au rassemblement dans le nom même d’église, qui signifie – en grec – assemblée convoquée, c’est-à-dire rassemblement de ceux qui ont été appelés. Ce qui est premier dans notre vie chrétienne c’est donc la parole de Dieu, une parole qui nous appelle à nous rassembler auprès du Seigneur. Et cet appel n’est pas réservé à un petit groupe de rescapés mais il retentit jusqu’aux extrémités de la terre. Il y a un lien très fort entre la dynamique d’appel et la perspective de rassemblement universel. C’est parce que Dieu est à origine, que le but est à sa mesure. Le signe que nous écoutons la Parole, c’est que nous ne choisissons pas ceux qui nous rejoignent. Nous devons être attentifs à vivre notre foi dans cette dimension d’Église, non pas comme institution à défendre ou comme communauté à préserver, mais comme élargissement de notre cœur aux dimensions du cœur de Dieu.

Ensuite il y avait le témoignage de Jean-Baptiste, qui désigne Jésus comme « l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde ». Voilà une expression qui revient souvent au cours de la célébration, mais qui reste souvent mystérieuse. Il faut dire que nous ne sommes plus vraiment habitués aux sacrifices, surtout ceux qui se pratiquaient dans le Temple ! L’agneau étant ce que l’on offrait pour demander pardon d’un péché, il s’agit donc de se rappeler la dimension de salut. C’est Dieu lui-même qui vient nous sauver en nous pardonnant, en nous libérant du poids de nos péchés. Jésus vient briser le cercle infernal du péché qui nous éloigne de Dieu : trop souvent le péché entraîne le péché et ce qui était refus ou négligence devient incapacité. Ce témoignage de Jean-Baptiste, nous sommes invités, avant la communion, à l’accueillir en reprenant la prière du centurion : « Seigneur je ne suis pas digne de te recevoir … ». Si le salut est donné, encore faut-il le recevoir. Aussi devons-nous veiller à vivre notre foi dans cette disponibilité au salut qui s’exprime par l’humilité de la prière. Le désir de Dieu, l’invocation de sa puissance est comme l’inspiration de la vie spirituelle.

Enfin il y avait le témoignage de Paul, à travers la salutation aux Corinthiens, il manifeste une troisième dimension de la vie chrétienne : « ceux qui ont été sanctifiés dans le Christ Jésus et sont appelés à être saints ». Cet appel à la sainteté est un rappel de notre objectif : demeurer en Dieu, non pas comme des observateurs ou des accessoires, mais en partageant sa vie, en lui ressemblant toujours plus. C’est pourquoi Jésus vient baptiser dans l’Esprit-Saint : pour que nous soyons plongés dans le souffle de Dieu, que nous nous laissions transformés par lui. C’est le troisième point d’attention pour ce temps ordinaire : être dociles à l’Esprit-Saint, nous appuyer sur lui et le laisser guider nos vies, qu’il assouplisse ce qui est raide, réchauffe ce qui est froid, rende droit ce qui est faussé. Notre vie ne sera spirituelle, que si elle est une vie dans l’Esprit-Saint.

Voici donc les repères qui nous sont donnés pour ce temps ordinaire, pour vérifier que nous sommes ordinairement fidèles à notre baptême : écouter l’appel du Seigneur qui nous rassemble ; être disponibles au salut dans l’humilité de la prière ; rester dociles à l’Esprit-Saint pour nous laisser configurer par lui.

Que la Vierge Marie, Avocate des Toulonnais, nous aide à entendre cette Parole et à la mettre en pratique. Mère de l’Église qu’elle nous apprenne à aimer aux dimensions du cœur du Père. Refuge des pécheurs qu’elle creuse en nous le désir du Salut. Temple de l’Esprit-Saint qu’elle nous entraine dans le souffle de Dieu, pour que nous demeurions en lui comme il demeure en nous dès maintenant et pour les siècles des siècles.

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8 janvier 2023 7 08 /01 /janvier /2023 10:14

NO-EP

Epiphanie du Seigneur

Is 60,1-6 ; Ps 71 ; Ep 3,2-3. 5-6 ; Mt 2,1-12

Voici donc la fête de l'Épiphanie. C'est évidemment le jour où nous nous souvenons de l'adoration des mages. Mais le but de cette fête n'est pas de compléter la crèche en rajoutant trois santons supplémentaires. L'Épiphanie et Noël sont comme les deux faces de la même pièce : deux aspects du même mystère. Noël, ce sont les événements ; l'Épiphanie, c'est le sens. À Noël, on se souvient que Jésus est né ; à l'Épiphanie, on se souvient qu'il est venu pour tous les hommes. C'est d'ailleurs ce que disait saint Paul dans la deuxième lecture : le mystère du Christ, c'est que toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse.

En effet les mages sont signes que tous les peuples, peuvent venir jusqu'à l'enfant de la crèche. Ils nous rappellent que tout le monde est concerné par le Christ, que l'évangile n'est pas destiné à un petit cercle de privilégiés mais qu'il est pour tous les hommes, quelques soient leur race, leur âge ou leur histoire. Tout le monde peut offrir l'or de la charité, parce qu'à tous les hommes est confié l'héritage et cet héritage c'est le ciel et la terre. Tout le monde peut offrir l'encens de la foi, parce que tous les hommes sont destinés au même corps, et ce corps, c'est l'Église qui prépare l'union de l'humanité en Dieu. Tout le monde peut offrir la myrrhe, le parfum précieux, de l'espérance parce qu'à tous les hommes est faite la même promesse, et cette promesse, c'est la vie éternelle. L'Épiphanie, c'est en quelque sorte la fête de l'universalité de l'évangile.

Mais il y a un problème. Et ce problème est bien décrit dans le texte que nous avons entendu. Même si bien souvent on n'y fait pas très attention. Le problème est le suivant. On a dit que le sens de l'adoration des mages, c'est que tous les peuples sont concernés par la naissance du roi des juifs ... Mais en même temps, Hérode, les chefs des prêtres et les scribes de Jérusalem, eux qui sont juifs, eux qui par excellence devraient être concernés par la naissance du Messie, restent indifférents. Ceux qui ne sont pas concernés s'y intéressent, ceux qui sont concernés ne s'y intéressent pas ! C'est un peu paradoxal ! Tant mieux pour les uns, tant pis pour les autres ? Peut-être, mais cela vaut la peine quand même de voir ce qu'il faut éviter, pour ne pas finir dans le mauvais groupe !

Dans l'évangile on parle de trois attitudes d'Hérode, trois attitudes qui s'opposent à l'accueil du mystère. La première attitude, c'est l'inquiétude. Hérode est pris d'inquiétude. Il a peur de perdre son pouvoir. C'est qu'il n'est pas héritier, il est conquérant. Son trône il le tient de lui-même, et de ses arrangements. Puisqu'il ne reconnaît pas ce qu'il a reçu, il a peur de perdre ce qu'il a conquis.

La deuxième attitude c'est le secret. Il convoque les mages en secret. Il ne s'agit pas d'un secret de discrétion, mais d'un secret de rétention. Ce n'est pas le secret qui respecte ce qui ne le regarde pas, mais le secret de celui qui veut garder les informations qui lui permettront d'avoir un avantage. C'est que Hérode ne fait pas corps, il se considère différent, au-dessus des autres.

Enfin la troisième attitude, c'est la machination. On sait bien que la consigne qu'il donne aux mages est hypocrite. Il ne veut pas aller se prosterner devant l’enfant, il veut l’éliminer, mais il a peur de s'impliquer, de s'engager. Il ne veut pas se salir les mains. Puisqu’il se veut auteur de son propre avenir, il n'attend pas la réalisation d'une promesse, alors il n'a pas d'espérance seulement un plan.

Mais nous, que ferons-nous face au mystère ? Serons-nous comme Hérode dans l'inquiétude, le secret et la machination, ou bien à l'exemple des mages, accepterons nous d'être héritiers, de participer au corps du Christ, de partager la promesse de la vie éternelle ?  Choisirons-nous la peur de perdre ou la joie de donner ? Préfèrerons-nous le secret de l'égoïsme ou l'ouverture de la confiance ? Nous laisserons-nous entraîner par la machination et les calculs ou bien saurons nous répondre à la promesse par l'engagement ? Parce que la charité ne comptabilise pas, la foi n'est pas solitaire, l'espérance ne se vit pas par procuration, nous ne pourrons entrer dans le mystère du Christ que si nous lui présentons l'or de notre générosité, l'encens de nos intercessions, et la myrrhe de nos engagements

Que la Vierge Marie, Avocate des Toulonnais, qui retenait tous ces événements et les méditait en son cœur, nous aide à entendre cette parole et à la mettre en pratique. Elle qui est la Demeure précieuse, qu'elle nous apprenne à reconnaitre les grâces que le Seigneur nous fait pour être capable de donner à la mesure que nous avons reçue. Elle qui est le Temple de l'Esprit Saint, qu'elle nous affermisse dans la prière pour que nos supplications soient à l'image de la sollicitude de Dieu et que nous sachions présenter au Seigneur les besoins de tous nos frères. Elle qui est la Mère de l'espérance, qu'elle nous soutienne dans l'engagement pour que nous puissions œuvrer à la venue du Royaume et hâter le moment où Dieu sera tout en tous pour les siècles des siècles.

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1 janvier 2023 7 01 /01 /janvier /2023 14:29

01.01

Sainte Marie, Mère de Dieu

Nb 6,22-27 ; Ps 66 (67) ; Ga 4, 4-7 ; Lc 2, 16-21

Nous voici donc au huitième jour de la Nativité. Autrefois, calquant le calendrier liturgique sur la chronologie, l’Église fêtait la circoncision du Seigneur, le moment où – comme l’indiquait la conclusion de l’évangile – l’enfant reçut le nom de Jésus. Depuis la réforme liturgique, ce jour prend pour titre « Sainte Marie, Mère de Dieu », rappelant la décision du Concile d’Éphèse, en 431, de ne pas séparer les deux natures de Jésus, qui sont unies dans la même personne. C’est d’ailleurs typique de Marie : on ne peut pas en parler correctement sans se référer au Christ. Ce qu’on dit d’elle, renvoie toujours au Seigneur. Il ne s’agit donc pas de substituer la mère au fils, mais plutôt de prendre exemple sur Marie pour vivre le mystère.

Ainsi, en ce temps-là, Marie se trouve avec Joseph et le nouveau-né lorsque les bergers arrivent et racontent ce qui leur avait été annoncé. Sans doute, comme tous ceux qui étaient là, s’étonne-t-elle de leur récit. Mais saint Luc précise : « Marie cependant retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur ».

La première attitude est donc la mémoire : « elle retenait tous ces événements ». Les savants suspicieux s’obstinent à trouver les plus mauvaises raisons du monde pour expliquer que les événements de l’enfance de Jésus ne peuvent qu’être inventés par ceux qui ne l’ont connu qu’une trentaine d’années plus tard ! C’est oublier cette présence discrète de Marie, au cœur de l’église naissante. Quoi de plus naturel pourtant, que les disciples interrogent la mère du Seigneur pour mieux le connaitre ? Mais plus profondément, la mémoire est un élément essentiel à la foi et à la vie spirituelle … en vérité, à la vie tout court aussi ! Aurions-nous vraiment besoin que le récit détaille ce que les bergers racontent devant la mangeoire de Bethléem ? Non, bien sûr, parce que nous nous souvenons de l’évangile proclamé dans la nuit, la semaine dernière, et nous savons donc ce qu’ils ont raconté … au moins dans les grandes lignes ! La mémoire est le lieu où s’inscrit en nous la Parole de Dieu, c’est par le souvenir que cette parole vient prendre corps dans notre vie. Tous les maitres spirituels insistent sur l’importance de prendre le temps de se souvenir de ce que nous avons vécu pour reconnaître la présence et l’appel du Seigneur.

Mais Marie ne fait pas que retenir, elle « médite dans son cœur ». La méditation est en quelque sorte la contemplation du mystère. Cela consiste à prendre et reprendre les choses pour en découvrir le sens. Comme on s’arrête devant un paysage ou un tableau pour en apprécier les détails, comme on caresse un diamant ou une perle pour en admirer les éclats. La parole de Dieu n’est pas un film qu’on cesse de regarder quand on réalise qu’on en connaît la fin, c’est un trésor inépuisable qui se déploie au fur et à mesure qu’on la médite. Dans la lettre aux Galates, saint Paul invite à cette méditation : « la preuve que vous êtes des fils, c’est que Dieu a envoyé l’Esprit de son Fils dans nos cœurs ». On passe de l’expérience à la compréhension, de l’observation à l’engagement : méditer, c’est comprendre que la Parole de Dieu s’adresse à nous, qu’elle nous concerne. Marie n’est pas la caméra de surveillance de l’enfance de Jésus, qui se contente d’enregistrer. Elle fait partie de l’histoire et cette histoire est aussi son histoire. Ainsi, par la méditation l’évangile devient notre histoire.

Enfin, il y a un troisième exemple que nous donne Marie. On le découvre derrière les mots de l’évangéliste : « l’enfant reçu le nom que l’ange lui avait donné avant sa conception ». Marie a fait ce que l’ange avait dit, elle a choisi le nom qui avait été indiqué. Après tout, elle aurait pu choisir n’importe quel autre nom, personne n’en aurait jamais rien su, à part Joseph peut-être ! Mais non, elle accomplit la Parole de Dieu ! La parole n'est pas faite pour rester dans la tête, ni même dans le cœur, elle est faite pour être mise en pratique. Pour accomplir la Parole, Marie nous indique qu’il faut non seulement y consentir mais aussi s’impliquer. La Parole ne s’accomplit pas sans nous. La bénédiction que Dieu donne à Moïse pour qu’il la transmette à Aaron, celle que rappelait le livre des Nombres, ne se fait pas sans celui qui la dit, mais elle ne se fait pas non plus sans celui qui la reçoit. « Que le Seigneur tourne vers toi son visage », cela suppose que nous-mêmes aussi nous tournions vers Dieu notre regard pour contempler le visage qui se donne à voir.

Suivons donc l’exemple de Marie pour que le mystère de Noël ne soit pas une fête oubliée dès que les décorations seront rangées et que la vie reprendra son cours habituel. Soyons attentifs à retenir ce que Dieu nous donne à vivre ; méditons la Parole pour l’entendre résonner au cœur de notre cœur ; mettons en pratique ce que nous aurons découvert de la présence du Seigneur.

Que la Vierge Marie, Mère de Dieu, Avocate des Toulonnais, nous accompagne auprès de l’enfant de la crèche. Fille de Sion, qu’elle nous apprenne à nous souvenir de la Parole. Etoile du Matin, qu’elle guide nos cœurs pour que nous remarquions le souffle de la brise légère. Trône de la Sagesse, qu’elle nous encourage à répondre à l’appel du Seigneur, pour que resplendisse sur nous son visage et que nous participions à l’œuvre de Dieu, dès maintenant et pour les siècles des siècles.

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25 décembre 2022 7 25 /12 /décembre /2022 02:57

NO-N

Nativité du Seigneur - Messe de la nuit

Is 9, 1-6 ; Ps 95 (96) ; Tt 2,11-14 ; Lc 2,1-14

« Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’il aime ». Le chant des anges qui retentit dans la nuit de Bethléem, retentit encore ce soir en cette nuit de Noël pour nous appeler à reconnaître le signe du Salut. Ainsi la Gloire de Dieu et la paix des hommes sont inséparables.

Cette année, hélas, la triste actualité vient nous rappeler cruellement que la guerre peut surgir brutalement. Mais les conflits n’ont jamais vraiment cessé même s’ils étaient loin de chez nous, et il semble bien que tout au long des siècles la paix n’ait été qu’une suite de parenthèses dispersées. Un conte oriental prétend qu’un sage aurait résumé l’histoire de l’humanité en une phrase : « les hommes souffrent et font souffrir ». Faut-il considérer la paix des nations comme l’espérance convenue d’une reine de beauté : un rêve inaccessible et un peu naïf ? A vue humaine, sans doute ; mais justement Noël n’est pas une vue humaine : c’est l’ouverture de notre monde à la présence de Dieu, c’est l’appel à désirer et accueillir la gloire de Dieu. Nous passerons à côté du sens de cette nuit, si nous vivons ces jours de manière simplement humaine, si nous ne gardons pas au cœur cette aspiration à la plénitude, sans se résigner dans le cynisme ou l’indifférence. Évidemment, pour cela, il faut accepter de ne pas faire comme tout le monde, il faut quitter les convenances de la salle commune pour rejoindre le Prince de la Paix qui naît dans une mangeoire et reconnaître dans l’enfant de la crèche celui qui nous ouvre à la puissance de Dieu.

Pourtant il ne suffit pas de vivre en regardant le ciel. Il ne faudrait pas que les grands principes nous détournent de l’humble réalité quotidienne. Il est très noble d’aspirer à la paix des nations, mais il est essentiel d’être aussi attentifs à la paix autour de nous. C’est dans nos familles, dans nos quartiers et dans nos relations amicales ou professionnelles que nous sommes mis au défi de vivre la paix des hommes. Et nous devons bien reconnaître, que ce n'est pas toujours facile. Les tempéraments et les caractères, les choix de vie et les événements sont trop souvent l’occasion de disputes et de conflits, parfois pénibles, parfois même dramatiques. D’autant que ce n’est pas parce que nous sommes de bonne volonté que les autres le sont ! Dans la deuxième lecture, Saint Paul rappelait à Tite la première conséquence du salut annoncé aux bergers de Bethléem : « il s’est donné pour nous purifier et faire de nous un peuple ardent à faire le bien ». Si nous fêtons Noël, ça n’est pas pour le plaisir pittoresque d’une naissance antique atypique, c’est parce que nous sommes attachés à celui qui naît ce jour-là, parce que nous avons décidé de cheminer avec lui, d’écouter son évangile et de vivre à sa manière. Si nous voulons que la Gloire de Dieu resplendisse là où nous sommes, il faut que ce jour ouvre à une histoire entre le Christ et nous, pour que nous puissions puiser dans sa présence la force de le suivre. Même quand pour cela, il faudra quitter le confort de la salle commune pour rejoindre le Dieu fort qui naît dans une mangeoire et reconnaître dans l’enfant de la crèche celui qui nous unis au Seigneur.

Mais si la paix des nations n’est rien sans la paix des hommes, la paix des hommes n’est possible que par la paix du cœur. C’est au plus profond de nous que peut jaillir la Gloire de Dieu. C’est aussi au cœur de notre cœur que s’adresse le mystère de Noël. Dans la douceur de la crèche, le signe du nouveau-né tressaille du bruissement de la brise légère qui révèle la miséricorde de Dieu. C’est le pardon de nos péchés qui nous entraîne dans la joie du Salut. Il ne suffit pas de garder les yeux fixés sur le Seigneur, de garder ses paroles et de les mettre en pratique, il faut aussi entrer dans le cœur à cœur de la prière pour goûter la fidélité de Dieu qui révèle son amour. C’est en quittant le bruit de la salle commune que nous rejoindrons le Père à jamais qui nait dans une mangeoire et que nous reconnaîtrons dans l’enfant de la crèche la grâce de Dieu qui se propose à nous.

Que la Vierge Marie, Avocate des Toulonnais, nous accueille auprès de la crèche en cette nuit de Noël. Porte du Ciel qu’elle creuse en nous le désir de la Gloire de Dieu. Trône de la Sagesse qu’elle nous rende disponibles à la Bonne Nouvelle annoncée par les anges et proclamée par le Christ. Mère du Bel amour qu’elle nous entraine dans le mystère de Salut, pour que nous soyons des artisans de paix et que nous demeurions en Dieu comme il demeure en nous, dès maintenant et pour les siècles des siècles.

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18 décembre 2022 7 18 /12 /décembre /2022 14:02

4AVA

4° dimanche de l'Avent - Année A

Is 7, 10-16 ; Ps 23 (24) ; Rm 1,1-7 ; Mt 1,18-24

Le Seigneur qui connaît le secret des cœurs sait que je n’ai aucune intention de manquer de respect à la cour céleste ; et vous aurez la bonté d’excuser l’impertinence de mon imagination, mais à l’écoute de l’évangile de ce jour, je me suis fait la réflexion que les anges du comité stratégique chargé d’organiser l’Incarnation du Fils de Dieu, avaient sans doute fait une gaffe en oubliant de prévenir Joseph de ce qu’ils préparaient ! On mesure rarement l’importance de celui-ci dans l’accomplissement des promesses divines.

Sans doute était-il un homme juste, mais la justice l’autorisait à dénoncer publiquement Marie, qui aurait alors été lapidée, elle et l’enfant qu’elle portait ! Ce qui, convenons-en, aurait été dommage pour l’humanité ! Heureusement Joseph est juste d’une justice qui ne revendique pas mais qui respecte. Ce n’est pas une justice pour soi mais pour les autres. Il n’affirme pas ses droits à n’importe quel prix, mais il cherche la solution pour chacun puisse vivre et s’épanouir au mieux des circonstances. Mais que ce serait-il passé s’il avait mis à exécution son projet de répudier Marie en secret ? Peut-être pensait-il qu’elle pourrait alors épouser celui dont elle attendait l’enfant, et qu’après quelques réflexions désagréables des commères du quartier à l’arithmétique trop pointilleuse, tout serait allé pour le mieux dans le meilleur des mondes. Sauf qu’alors, Jésus n’aurait plus été de la descendance de David, ce qui contredisait les promesses les plus anciennes ! D’une certaine manière, Joseph tenait entre ses mains, non seulement le bon déroulement du projet de Dieu, mais aussi la fidélité du Seigneur et la vérité de la Parole. Ainsi, un ange est venu remédier aux choses, et Joseph, par sa foi, a accueilli et mis en pratique ce qui lui était demandé. Puisqu’il nous est donné comme modèle pour cette dernière semaine de l’Avent, laissons-nous guider par son exemple pour nous préparer à Noël

D’abord il y a la justice. Le thème est malheureusement un peu déconsidéré dans nos mentalités, il est pourtant essentiel ! Mais il ne s’agit pas de n’importe quelle justice. Il ne s’agit pas de la justice formelle qui se contente de respecter les apparences. On a, dans la première lecture un exemple de cette justice formelle dans la réponse du roi Achaz à l’invitation d’Isaïe. « Je ne mettrai pas le Seigneur à l’épreuve ». C’est exactement ce qui est inscrit dans la Loi de Moïse, mais le roi n’en pense pas un mot : il ne veut pas de signe du Seigneur, parce qu’il ne veut pas compter sur le Seigneur, mais sur ses propres forces pour sortir du danger politique dans lequel il est. Il a même sacrifié son fils unique à un dieu païen pour avoir la victoire ! Il ne s’agit pas non plus de la justice égoïste qui préserve jalousement son intérêt quelques en soient les conséquences pour les autres. C’est une justice qui prend en compte aussi l’intérêt des autres, cherchant la meilleure solution, non seulement pour soi mais pour tous. Peut-être cela vaut-il la peine de vérifier que nous avons à cœur le bien de tous ceux qui nous entourent et non pas seulement le nôtre ou celui de nos proches.

Ensuite il y a l’accueil de la Parole de Dieu. C’est la première composante de la foi : croire ce qui nous est dit de la part du Seigneur. Cela implique une certaine disponibilité à ce qui dépasse notre expérience, comme Joseph accepte que l’enfant engendré en Marie vienne de l’Esprit Saint. Trop souvent nous sommes prêts à entendre la parole de Dieu à condition qu’elle vienne confirmer nos intuitions, comme si elle n’était qu’une sagesse toute humaine, comme si la révélation ne devait pas dépasser notre horizon. Nous avons pris l’habitude de comprendre tant de choses que nous avons du mal à accepter ce que nous ne pouvons pas expliquer. Il est certainement très agréable de s’émerveiller les décorations et les illuminations de ce qu’il est convenu d’appeler la magie de Noël, pourtant le plus grand motif d’émerveillement ce ne sont pas les prouesses techniques mais le mystère d’un Dieu qui se fait petit enfant dans l’indifférence du monde. Apprenons à nous laisser bouleverser par le merveilleux qui n’est pas spectaculaire.

Enfin, il y a l’obéissance de Joseph qui « fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit ». C’est la deuxième partie de la foi, mettre en pratique ce que nous avons écouté. « Il prit chez lui son épouse » et nous savons qu’il a donné à l’enfant le nom qu’on lui avait indiqué. C’est dans la simplicité de l’ordinaire que s’accomplit l’œuvre de Dieu. Le Seigneur n’attend pas de nous l’héroïsme mais la sainteté. Demandons-nous comment Dieu veut que nous vivions ces jours de fête ; essayons de nous laisser guider en préférant choisir ce qui lui plait. Puisqu’il est l’Emmanuel, « Dieu avec nous », que ferons-nous pour être avec lui ?

Que la Vierge Marie, Avocate des Toulonnais, nous aide à suivre l’exemple de Joseph pour nous disposer à la naissance du Seigneur. Rayonnement de Joie qu’elle éduque nos cœurs à la véritable justice qui prépare la paix. Arche de la Nouvelle Alliance qu’elle nous rende attentifs aux merveilles que le Seigneur fait pour nous. Reine des saints qu’elle nous guide dans la disponibilité à l’œuvre de Dieu pour que nous puissions accueillir le Salut de Celui qui vient nous rejoindre et demeurer en Lui comme il demeure en nous, dès maintenant et pour les siècles des siècles.

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11 décembre 2022 7 11 /12 /décembre /2022 19:37

3AVA

3° Dimanche de l'Avent - Année A

Is 35,1-6.10 ; Ps 145 ; Jc 5,7-10 ; Mt 11,2-11

Il est assez cohérent que Jean-Baptiste soit une figure de l’Avent, puisqu’il est celui qui a préparé le chemin devant le Christ. En revanche il est plus surprenant que l’on nous propose l’évangile où il est en prison et où il s’interroge sur Jésus à l’occasion du troisième dimanche qui est traditionnellement associé à la joie. On doit pouvoir faire mieux comme figure de la joie qu’un prisonnier assailli par le doute ! On peut, bien sûr s’attacher surtout aux paroles de Jésus qui soulignent des événements plus joyeux, mais ne passons pas trop vite sur le doute de Jean-Baptiste. D’abord, parce qu’il peut nous arriver de douter et qu’il est bon de voir comment cela doit s’inscrire dans la vie spirituelle ; et puis aussi parce que la lettre de saint Jacques invitait à la patience, ce qui est une manière d’affronter l’hésitation ou l’incertitude au cœur de l’attente : l’impatience n’est-elle pas à l’attente ce que le doute est à la foi ?

Donc Jean-Baptiste se pose des questions sur Jésus : « est-il celui qui doit venir ? ». C’est qu’il doute du bien-fondé de sa prédication. Il l’avait désigné comme l’agneau de Dieu, mais ça ne lui parait plus aussi évident ! Que faire lorsqu’on doute ? Il peut y avoir trois réactions différentes. La première c’est l’abandon : « j’en doute » est parfois un euphémisme pour dire je ne crois pas. La deuxième réaction, c’est d’en faire une posture et de se complaire dans le doute, comme si renoncer à toute certitude était une preuve de sagesse. La troisième réaction c’est de rechercher une confirmation en essayant de sortir du doute. C’est cette dernière attitude qu’adopte Jean-Baptiste. Au fond de sa prison, il n’a pas baissé les bras en se disant : « je me suis trompé, Jésus n'est pas le Messie ». Il n’est pas resté non plus à se morfondre en recherchant les raisons qui ne feraient qu’augmenter sa perplexité. Au contraire, il fait demander au Seigneur ce qu’il en est, ce qui montre qu’il fait toujours confiance à Jésus.

Alors, quelle est notre attente ? Une première attitude serait de croire que la foi est une certitude sans hésitation, que la venue du Seigneur doit être évidente. C’est prendre le risque que le doute nous conduise à l’abandon et que les contrariétés nous découragent. Quand le Seigneur n’obéit pas à nos prières, quand l’église ne fait pas ce que nous voulons, quand la prière devient aride et que les difficultés s’accumulent, il faut accepter de patienter et de se laisser instruire plutôt que d’abandonner ou de relâcher nos efforts pour rester fidèle à la présence de Dieu. Sinon, c’est la tristesse qui suivra l’impatience et l’abandon.

Une deuxième attitude serait d’adopter la posture du doute permanent et de confondre la patience et la routine. C’est devenu très à la mode de refuser toute certitude et de douter de tout, de vivre au jour le jour, prêt à renier le lendemain ce qu’on avait affirmé la veille. Mais vivre dans l’indécision en se laissant guider par l’air du temps, ça finit par fatiguer. Que Dieu soit un mystère ne signifie pas qu’on ne puisse rien en savoir, et qu’il soit plus grand que nos idées ne signifie pas qu’il soit inconnaissable. A ne tenir à rien on finit par se lasser de tout, et c’est finalement à l’ennui que conduit l’attentisme et le doute entretenu.

Mais nous pouvons choisir la troisième voie, celle de la confiance qui augmente la foi. A l’exemple de la prière de Charles de Foucauld avant sa conversion : « Mon Dieu, si vous existez, faites que je vous connaisse ». C’est faire du doute une disponibilité au Seigneur et vivre l’attente dans la persévérance et la patience. C’est le sens de la prière de l’église : « viens, Seigneur Jésus », comme une manière de se rapprocher de lui quand l’évidence de sa présence s’estompe. Et dans l’évangile, Jésus répond à la question de Jean-Baptiste par les signes annoncés par les prophètes, non seulement pour lui rappeler la Parole de Dieu, mais aussi pour qu’il découvre que c’est la joie qui répond au doute.

Ainsi la question de Jean-Baptiste au cœur de sa prison, n’est pas une remise en cause de son ministère, ce n’est pas le désespoir de celui qui s’est trompé, mais c’est la porte ouverte à une plus grande disponibilité à la Parole de Dieu, un doute qui ouvre à une foi plus grande, une disponibilité à la joie qui vient de la présence du Seigneur, pour élargir notre attente au Royaume des Cieux qui dépasse tout ce que nous pouvons connaître.

Que la Vierge Marie, Avocate des Toulonnais, nous aide à entendre cette parole et à la mettre en pratique. Consolatrice des affligés qu’elle encourage notre foi ; Refuge des pécheurs qu’elle fortifie notre espérance ; Rayonnement de Joie qu’elle élargisse notre charité pour que nous puissions rester disponible à Celui qui vient et entrer dans le Royaume qui nous attend, dès maintenant et pour les siècles des siècles.

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4 décembre 2022 7 04 /12 /décembre /2022 13:59

2AVA

2eme dimanche de l'Avent - Année A

Isaïe 11, 1-10 ; Ps 71 ; Rm 15,4-9 ; Mt 3,1-12

Eh bien ! Ça chauffait sur les bords du Jourdain ! Je parle bien sûr de l’évangile que nous venons d’entendre et de l’épisode entre les pharisiens, les sadducéens et Jean le Baptiste. Il a beau être pittoresque avec sa peau de bête et son régime frugal, ça ne devait pas être très drôle de se faire insulter et traiter d’engeance de vipères ! Vous allez me dire que ça n’était pas adressé à tout le monde, mais seulement aux méchants orgueilleux … sauf qu’ils n’étaient pas si orgueilleux que ça puisqu’ils venaient se faire baptiser en confessant leurs péchés. Mieux vaut ne pas trop édulcorer la parole de Dieu en pensant qu’elle ne nous concerne pas et accepter que l’invitation à la conversion soit un peu dérangeante : il est rare que les prophètes utilisent la rhétorique du renard pour nous persuader de lâcher nos péchés ! Et pour nous faire comprendre que la conversion est une affaire sérieuse, l’évangile nous laisse percevoir qu’il y a au moins trois niveaux de conversion nécessaires, que l’on peut rapprocher des dons de l’Esprit qu’évoquait Isaïe dans la première lecture.

D’abord il y a une conversion de principe. C’est ce que proposait le baptême de Jean. Cela demandait déjà une certaine bonne volonté, pour descendre de Jérusalem jusqu’à la vallée du Jourdain, pour reconnaître ses péchés et se faire plonger par lui dans le fleuve. C’est la conversion de la tête, le changement des idées. Cela correspond à entrer dans l’esprit de sagesse et de discernement. Il s’agit de se laisser guider par le Seigneur dans notre manière de vivre et dans notre vision du monde. Quelle est la place de Dieu dans nos habitudes ? Quelle est la place de Dieu dans nos pensées et dans nos opinions ? Combien de fois sommes-nous tentés de décider nous-mêmes de ce qui est juste et de ce qui ne l’est pas ? Est-ce que nous savons nous appuyer sur la Parole pour penser le monde et pour agir ? Non pas en cherchant une justification à ce qui nous arrange, mais pour apprendre ce qui nous dépasse … même quand nous pensons que nous maitrisons le sujet ! Saint Paul rappelait aux Romains « ce qui est écrit dans les livres saints l’a été pour nous instruire ». La place de la Parole de Dieu, et le respect qu’on lui porte, peuvent nous aider à mesurer notre besoin de cette première conversion.

Mais c’est une démarche qui peut rester un peu formelle, un peu théorique. La conversion ne peut pas en rester au niveau des principes, elle doit se traduire dans l’action. C’est pourquoi Jean Baptiste interpelle vigoureusement ce qui seraient tentés d’en rester à la première démarche : « produisez donc un fruit digne de la conversion ». Après la conversion de la tête il faut s’engager dans la conversion des mains. Retourner les mains pour passer de celui qui prend à celui qui donne. Cela correspond à entrer dans l’esprit de conseil et de force, qui nous guide concrètement dans les moments particuliers, pour savoir ce qu’il faut faire, et pour le faire. C’est peut-être l’aspect le plus évident de la conversion, mais ça n’est pas le plus facile. D’ailleurs saint Paul l’exprimait dans son invitation aux Romains : « accueillez-vous donc les uns les autres, comme le Christ vous a accueillis pour la gloire de Dieu ». C’est souvent dans la qualité de nos relations les uns aux autres que l’on peut mesurer notre besoin de cette deuxième conversion … à condition de regarder tous les autres, et non pas seulement ceux avec qui c’est facile d’être en paix !

Enfin il y a une troisième conversion que nous indiquent les paroles du Baptiste lorsqu’il annonce le baptême dans l’Esprit et dans le feu. Une manière de dire à ceux qui sont là qu’ils ne sont pas au bout du chemin, qu’ils devront encore faire un effort pour accueillir Celui qui vient. C’est la conversion du cœur, celle qui correspond à l’esprit de connaissance et de crainte du Seigneur. Ce que l’on traduit traditionnellement par les dons de science, de piété et de crainte ou dit autrement de connaissance, d’affection filiale et d’adoration. C’est la conversion de la vie spirituelle qui est plus un consentement qu’une décision. Une conversion qui n’est jamais acquise une fois pour toute parce qu’il s’agit de vivre en Dieu et que la vie n’est pas une posture. C’est lorsqu’on réalise que la prière n’est pas un moment mais une respiration que l’on comprend la nécessité de cette conversion.

Alors n’hésitons pas à entrer dans le mouvement qu’indique Jean Baptiste pour préparer la venue de Celui qui vient. Approfondissons notre proximité à la Parole de Dieu pour vivre la conversion des idées. Faisons attention les uns aux autres pour vivre la conversion des actions. Laissons-nous conduire par l’Esprit reçu au baptême pour vivre la conversion du cœur qui nous fera partager la gloire du Seigneur.

Que la Vierge Marie, Avocate des Toulonnais, nous aide à entendre cette parole et à la mettre en pratique. Etoile du Matin qu’elle nous rende disponibles à l’esprit de sagesse et de discernement ; Mère du Bel Amour qu’elle nous rende attentifs à l’esprit de conseil et de force ; Miroir de la Sainteté de Dieu qu’elle nous entraine dans l’esprit de connaissance, d’affection filiale, pour que guidés par l’esprit d’adoration nous puissions contempler la lumière de la crèche qui brille dans la nuit de Bethléem et demeurer en Dieu comme il demeure en nous, dès maintenant et pour les siècles des siècles.

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