Le "clash" de Césarée
22TOA
22° dimanche du Temps Ordinaire - Année A
Jr 20,7-9 ; Ps 62 (63) ; Rm 12,1-2 ; Mt 16, 21-27
En entendant la parole de Dieu aujourd’hui, je me suis fait la réflexion que j’aurai préféré rester en vacances ! Il est vrai qu’ici ou ailleurs, ce sont les mêmes textes que l’on entend, mais en vacances je n’aurais peut-être pas eu à devoir les commenter ! Cela dit, vous n’êtes pas là pour me plaindre, essayons de comprendre ce que le Seigneur veut nous dire.
L’évangile, est le deuxième épisode de la série « Pierre à Césarée ». Si une semaine sépare la lecture des deux moments, dans l’histoire, ils se sont déroulés immédiatement l’un à la suite de l’autre. Jésus a confié les clés du Royaume à Pierre, il lui a dit « Heureux es-tu, Simon fils de Yonas » … ce qu’il n’a jamais dit à personne d’autre. Et voilà que maintenant il le traite de Satan … ce qu’il n’a dit non plus dit à aucun homme. Qu’est-ce qui s’est passé ? Jésus commence à montrer à ses disciples ce qui doit arriver : la montée à Jérusalem, la passion et la résurrection. Si nous y sommes à peu près habitués, ce n’était évidemment pas le cas des disciples, et il est probable qu’ils ont surtout retenu « qu’il lui fallait souffrir beaucoup et être tué ».
Pierre, qui a sans doute accueilli les paroles de Jésus que nous avons entendues la semaine dernière avec un petit sourire modeste de satisfaction, s’imagine privilégié, méritant la confiance et l’estime du Seigneur. Donc il prend Jésus à part, peut-être en le saisissant par le bras, en l’éloignant des autres, tournant le dos au groupe pour être plus discret. C’est son premier faux pas. En vérité ce n’est pas nous qui prenons Dieu à part, c’est Dieu qui nous saisit. Comme en témoigne Jérémie dans la première lecture : « tu m’as séduit et j’ai été séduit ». Si nous croyons que la grâce de Dieu nous donne des droits et nous distingue en nous rendant supérieurs aux autres, nous nous trompons. C’est l’un des pièges les plus subtils du démon que d’instiller l’orgueil. De nous faire croire que nous méritons les bénédictions de Dieu.
Cela aurait pu ne pas être très grave, s’il avait simplement demandé à Jésus de lui expliquer mieux ce qu’il a dit. Mais non ! Il lui fait « de vifs reproches ». Notons l’adjectif « vif ». Avec ce que l’on connait du fort tempérament de Pierre, on imagine facilement que la discussion est houleuse. Deuxième faux pas. Au lieu d’accueillir la parole et de chercher à la comprendre, il la critique et la remet en cause. Tant que la parole nous console et nous conforte, c’est facile de l’accueillir, mais ça n’est pas encore la foi ! La foi c’est accueillir la parole quand elle nous heurte ou nous dérange. Ce n’est pas à nous de remettre en question la parole de Dieu, c’est à la parole de Dieu de nous remettre en question. Là encore Jérémie témoigne : « je m’épuisais à la maîtriser sans y réussir » ! Le signe que nous sommes sur la bonne voie, c’est quand on se sent dépassé par la parole de Dieu.
Et Pierre affirme : « Dieu t’en garde, cela ne t’arrivera pas » Donc c’est lui, Pierre, qui décide, c’est lui qui sait, c’est lui qui dit à Dieu ce qu’il doit arriver ! C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. On s’égare quand on prête à Dieu les pensées des hommes, au lieu de faire ce que conseille saint Paul : « transformez-vous en renouvelant votre façon de penser pour discerner quelle est la volonté de Dieu ». Ce n’est pas le monde présent, ce ne sont pas nos émotions qui disent ce qui est bon et ce qui est parfait, c’est Dieu. Les insultes et les moqueries, comme d’ailleurs la renommée ou les louanges n’indiquent pas ce qui plait ou déplait à Dieu, mais ce qui plait ou déplait aux hommes. Ni les unes, ni les autres ne sont à rechercher ou à éviter. Ce qui doit guider notre vie et notre cœur, c’est la volonté de Dieu, et cette volonté de Dieu, ce n’est pas nous qui la décidons.
Évidemment, on sait bien ce que l’histoire de Pierre ne s’est pas terminée à ce moment-là. Il ne s’agit pas de le mépriser ou de le regarder de haut ! Croire que nous faisons mieux que lui serait imiter son faux pas. Ce que l’on pourrait appeler « le clash de Césarée » est surtout un avertissement, une occasion de débusquer l’orgueil qui inverse notre relation au Seigneur en nous glissant à la place de Dieu ; c’est aussi un encouragement à suivre le Christ, même quand c’est difficile, que cela passe par la croix, et que nous avons l’impression de perdre le monde entier ou de nous perdre à cause de lui.
Que la Vierge Marie, Avocate des Toulonnais, nous aide à entendre cette parole et à la mettre en pratique. Humble servante du Seigneur, qu’elle nous apprenne à nous laisser saisir par sa Parole sans la confisquer. Secours des Chrétiens, qu’elle nous soutienne lorsqu’il est difficile de suivre le Christ. Mère du Bel Amour, qu’elle nous maintienne dans le cœur de Dieu pour que nous cherchions toujours à faire et à être ce qui lui plait, et que nous demeurions en Lui comme il demeure en nous, dès maintenant et pour les siècles des siècles.
Quand Dieu nous confie ses clés
21TOA
21° Dimanche du Temps Ordinaire - Année A
Is 22, 19-23 ; Ps 137 (138) ; Rm 11,33-36 ; Mt 16,13-20
La raison pour laquelle on a choisi le texte d’Isaïe pour accompagner l’évangile que nous venons d’entendre parait assez évidente : c’est le thème des clés. Dieu donne la clé de David à Eliakim, Jésus confie les clés du Royaume à Pierre. En cette période estivale, le thème de confier les clés à quelqu’un résonne assez facilement avec l’expérience de beaucoup d’entre nous : qu’on ait confié les clés de chez nous ou qu’on nous ait confié les clés de voisins ou d’ami, on sait bien ce que cela signifie. Voyons comment cela peut nous éclairer sur la vie spirituelle.
Donner ses clés à quelqu'un, c'est d'abord une question de confiance. On espère évidemment que la personne qui a nos clés n'en profitera pas pour s'approprier ce qui nous appartient. Cependant il ne suffit pas d'espérer que la personne soit honnête, il faut aussi qu'elle fasse attention et prenne soin non seulement des clés mais aussi de ce qu’elles renferment. Enfin les clés sont confiées en général dans un but précis : nettoyer, garder, profiter de la maison, voire faire des travaux ...
Jésus confie les clés du Royaume à Pierre, et il explique ce que cela veut dire : « ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux ». On connaît, bien sûr, l'interprétation catholique traditionnelle qui y voit la description de la mission pétrinienne du Pape. Mais ce qu’est le Pape – et même plus généralement, ce que sont les évêques et les prêtres – rappelle aux chrétiens ce qu’ils doivent être eux aussi, d’une autre manière. Ainsi, on peut dire que tous ceux qui reconnaissent Jésus comme le Messie, le Fils du Dieu vivant, reçoivent les clés du Royaume ; au sens où Dieu leur fait confiance et donne un retentissement céleste à leurs actes terrestres. Et il est bouleversant de réaliser que le Seigneur se remet entre nos mains, qu’il assume dans le ciel ce que nous faisons sur la terre. Si nous essayons de faire la volonté de Dieu, il faut bien comprendre qu’avec ces mots, Dieu nous révèle qu’il fait plus souvent ce que nous avons voulu que nous ne faisons ce qu’il veut.
C’est d’abord le signe d’une grande confiance dont nous témoigne le Seigneur. Et d’une grande confiance découle une grande responsabilité. Par exemple dans le témoignage ou le contre témoignage. Si les chrétiens sont des personnes désagréables ou malhonnêtes, quel visage de Dieu montrent ils ? Il y a des actes et des comportements qui rendront odieuse la foi à ceux qui les subissent … ce que nous aurons obscurci sur la terre sera obscurcit dans les cieux … et l’histoire illustre tragiquement que ce n’est pas une hypothèse abstraite ! J'ose espérer que personne ici n'entend utiliser les clés du Royaume pour dérober l'évangile et fermer dans le ciel ce que le cœur de Dieu voulait ouvrir sur la terre !
Pourtant, confier les clés peut être décevant, même sans malhonnêteté. Celui qui n’a pas arrosé les plantes, celui qui n’a pas fait attention aux choses fragiles ou qui a utilisé une machine sans respecter les consignes peut aussi laisser un souvenir amer. Ainsi, il peut nous arriver de lier dans le ciel ce que nous avons lié sur la terre sans le vouloir. Par exemple quand nous communions pour faire comme tout le monde, ou que nous demandons un sacrement juste pour faire plaisir à la grand-mère. Nous savons que nous pouvons être maladroits dans les choses humaines : une plaisanterie peut être mal ajustée et faire de la peine, un geste peu embarrasser plutôt que réconforter. Combien donc il est important de faire attention aux choses divines qui nous sont confiées. Combien il est important d’accueillir avec soin la parole de Dieu, de la comprendre correctement, de vivre sincèrement les sacrements.
Enfin les clés nous sont confiées pour un but. Pourquoi donc le Seigneur nous confie-t-il les clés du ciel ? L'oracle d'Isaïe est assez explicite : les clés sont confiées pour prendre soin du peuple. D'ailleurs Pierre les reçoit après s'être vu confier l'Église. Si Dieu accueille dans le ciel ce que nous faisons sur la terre, ce n'est pas pour notre propre gloire, c'est pour que nous puissions conduire à Lui ceux qui ne le connaissent pas, ceux qui, sans nous, n'en entendraient pas parler. Si Dieu donne un poids divin à notre vie terrestre c'est pour que nous puissions accomplir notre mission : ramener vers lui ses enfants dispersés.
Alors que la Vierge Marie, Avocate des Toulonnais, nous aide à entendre cette parole et à la mettre en pratique. Porte du Ciel, qu’elle nous montre comment répondre dignement à la confiance que le Seigneur a mise en nous. Trône de la Sagesse, qu’elle nous apprenne à nous laisser instruire par la Parole de Dieu pour vivre sur la terre comme on vit dans le ciel. Secours des Chrétiens qu’elle nous soutienne dans la mission pour laquelle les clés nous ont été confiées et qu’ainsi tous puissent se retrouver dans le cœur de Dieu, dès maintenant et pour les siècles des siècles.
L'exemple de la Cananéenne
20TOA
20° Dimanche du Temps Ordinaire - Année A
Is 56, 1.6-7 ; Ps 66(67) ; Rm 11,13-15.29-32 ; Mt 15,21-28
L’évangile que nous venons d’entendre est surprenant. On a beau le connaître, il est difficile de s’y habituer. C’est d’abord l’attitude de Jésus qui est étonnante ! On n’a pas vraiment l’habitude de le voir sourd aux appels de détresse, et encore moins méprisant pour les païens. Et puis il est dur avec cette femme. Il la traite de « petit chien », et même il lui reproche de s’adresser à lui ! Bien sûr on peut penser qu’il joue la comédie, qu’il pousse la femme dans ses derniers retranchements … mais si c’est un jeu, il est cruel et c’est vraiment surprenant de la part du Seigneur ! Et puis, il y a la réponse de cette femme … fulgurante ! Désarmante ! D’habitude c’est Jésus qui trouve la formule choc, qui désarçonne ses interlocuteurs. On a l’impression ici que dans cette histoire c’est la femme qui a été inspirée par l’Esprit Saint ! Certes l’histoire se termine bien et la morale est sauve, mais elle reste bien étrange. Et pourtant, puisqu’elle nous est rappelée aujourd’hui, c’est qu’il est important de s’en souvenir.
Il est important déjà de se souvenir de la persévérance de la cananéenne. Combien d’entre nous sont capables d’une telle persévérance ? Dans l’épreuve, en général on se décourage bien vite. Si Dieu n’exauce pas nos prières, on se résigne, ou bien on lui en veut ! Si l’on n’obtient pas ce que l’on demande, c’est que Dieu n’existe pas, ou qu’il n’est pas aussi bon qu’on le dit ! Cette histoire nous rappelle déjà que Dieu n’est pas un distributeur de guérison à nos ordres. La première raison de son silence c’est de mesurer la profondeur de notre demande. Mais même quand nous y tenons vraiment et sincèrement, ce n’est pas parce qu’on prie que l’on doit obtenir. Ce n’est pas Dieu qui doit nous obéir et sa bonté n’est pas mesurée par la satisfaction de nos désirs.
Si la persévérance est une qualité essentielle de la foi, la foi comporte aussi une dimension d’humilité, celle dont fait preuve la cananéenne. En acceptant le titre de « petit chien », cette femme reconnaît qu’elle n’a pas de droit sur Dieu et qu’elle ne mérite pas la grâce qu’elle demande. Mais son humilité n’est pas seulement une absence d’orgueil. En parlant des miettes qui tombent de la table des maîtres, elle reconnaît implicitement Jésus comme son maître. Son humilité n’est pas seulement modestie, mais aussi dépendance. Ce n’est pas toujours facile de reconnaître qu’on ne mérite pas ce qu’on demande, surtout quand on fait des efforts, et pourtant, même Jésus accepte : que ta volonté soit faite et non la mienne.
Enfin, après la fidélité et l’humilité, le troisième élément de sa prière, c’est l’attention à la justice. D’abord parce qu’elle demande quelque chose de juste : que sa fille soit libérée du démon qui la tourmente, mais surtout parce qu’elle ne veut léser personne : elle demande ce que Dieu donne et que personne ne veut ! Elle ne cherche pas à confisquer le don de Dieu, elle implore la surabondance et la générosité du Seigneur. Ça vaut la peine de vérifier que nous sommes attentifs à la justice dans nos prières, en se rappelant que l’attachement à la justice ne se mesure pas à ce que nous revendiquons pour nous mais à ce que nous acceptons pour les autres.
Alors, aujourd’hui, quelle sera notre prière ? Est-ce que nous serons comme des petits enfants gâtés qui jettent par terre le pain qu’on leur donne sous prétexte qu’ils demandaient une brioche, ou bien est-ce que nous aurons l’humilité de demander ce que Dieu donne et que le monde ne reçoit pas ? Est-ce que nous saurons entrer dans cette foi de la cananéenne, une foi persévérante, humble et juste ?
Que la Vierge Marie, Avocate des Toulonnais, nous aide à entendre cette parole et à la mettre en pratique. Dans son apparition à Ste Catherine Labouré, rue du Bac, à Paris, elle parlait des grâces que Dieu voudrait donner mais que personne ne demande. Qu’elle nous apprenne à prier avec la persévérance, l’humilité et la justice de la cananéenne. Par son intercession, qu’elle nous soutienne pour que nous sachions accueillir le pain qui vient de Dieu, et apprendre à demeurer en sa présence maintenant et pour les siècles des siècles.
De la présence à Dieu à la présence de Dieu
0815
Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie
Ap 11,19. 12, 1-6. 10 ; Ps 44 ; 1 Co 15,20-27a ; Lc 1, 39-56
« En ces jours-là Marie se mit en route […] elle entra dans la maison de Zacharie et salua Elisabeth ». Certains doivent se demander si la chaleur de cet été n’a pas eu raison de mes derniers neurones, et si je ne suis pas en train de confondre la Visitation du 31 mai et l’Assomption du 15 août ! Pour ma défense, je ferai remarquer que je n’ai fait qu’évoquer le début de l’évangile que nous venons d’entendre. Rassurez-vous, je sais très bien que nous fêtons aujourd’hui le moment où Marie est entrée en plénitude dans la gloire de Dieu. Mais le choix de l’évangile nous rappelle que ce mystère ne peut se comprendre qu’à la lumière de la vie de Marie. Si elle est dans la plénitude de la présence de Dieu, c’est parce qu’elle a été toute sa vie pleinement présente à Dieu. C’est bien ce qu’exprime le magnificat, par lequel elle répond aux paroles de sa cousine.
L’Assomption n’est pas un beau spectacle dans le ciel que nous serions priés de regarder avec admiration. Si Marie est le signe de ce qui nous est promis, elle est aussi le modèle de ce qui nous est demandé. Laissons-nous donc guider par ce cantique qui dévoile de son cœur, pour apprendre à être nous aussi, présents à la présence de Dieu.
Tout commence par la louange : « Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu mon sauveur ». La première manière d’être présent à Dieu c’est de savoir goûter sa présence. Trop souvent nous sommes encombrés de nous-mêmes. Nous allons vers Dieu pour lui confier nos problèmes, pour lui raconter notre vie, pour lui demander ce que nous voulons. Mais il est important de savoir aussi rencontrer le Seigneur pour lui-même, de contempler sa gloire, non pas à la manière des flatteries du renard s’adressant au corbeau, mais comme on se réjouit en découvrant la présence d’un ami. Si Marie est la femme ayant le soleil pour manteau, c’est qu’elle se laisse envelopper par la gloire divine ; et par la louange nous nous laissons réchauffer par la présence de Dieu.
Puis le cantique continue avec l’action de grâce : « le Puissant fit pour moi des merveilles, Saint est son nom ». Il s’agit alors de reconnaître ce que le Seigneur a fait pour nous. Il est normal d’apprécier les bons moments, de se féliciter de nos réussites. Mais comment pourrions-nous percevoir la présence de Dieu, si nous pensons que nous sommes les seuls acteurs de nos vies ? La deuxième manière d’être présents à Dieu c’est la reconnaissance. Si Marie est la femme couronnée d’étoiles, c’est qu’elle préfère recevoir plutôt que de revendiquer. Et par l’action de grâce, nous acceptons d’être en communion avec Dieu plutôt qu’en concurrence.
Vient ensuite l’évocation des actions de Dieu. « Il disperse les superbes, il élève les humbles, il comble de bien les affamés, renvoie les riches les mains vides ». N’y voyons pas trop vite un programme politique, que ce soit pour le déplorer ou pour se justifier ! En vérité, cela nous rappelle plutôt que l’on ne peut pas être présents à Dieu sans la justice. Nous le savons bien, la vie n’est pas un long fleuve tranquille et l’on ne peut pas compter sur la fatalité des événements pour assurer un monde selon le cœur de Dieu. Marie est la femme qui a la lune sous les pieds, c’est-à-dire celle qui a triomphé de toutes les obscurités du péché. Si nous ne cherchons pas le Royaume de Dieu et sa justice, alors le Seigneur ne sera qu’une illusion, jamais une présence.
Enfin Marie rappelle la fidélité de Dieu : « il se souvient de son amour, de la promesse faite à nos pères ». C’est la dernière dimension de la présence à la présence : vivre au rythme du cœur de Dieu. La fidélité comme attachement à ce qui dure plutôt qu’à ce qui passe, est la trace de l’éternité dans nos vies, C’est s’inscrire dans une histoire plutôt que de briller pour un moment. On oublie souvent dans le signe de l’Apocalypse que la femme est enceinte et qu’elle souffre les douleurs de l’enfantement. C’est une mère, et être mère ce n’est pas l’affaire d’un instant mais d’une vie. Marie sera d’ailleurs présente jusqu’au bout, jusqu’au pied de la croix, et jusqu’à la Pentecôte. Elle nous encourage à cette fidélité, même chaotique, qui s’efforce d’être là où le Seigneur nous attend.
Aujourd’hui nous célébrons le moment où le Sanctuaire de Dieu qui est dans le ciel s’est ouvert pour accueillir la Bienheureuse Vierge Marie. Elle qui a été présente à Dieu tout au long de sa vie terrestre, entre pleinement et pour l’éternité dans la présence de Dieu, et son cantique nous invite à être présent à la présence, par la louange, l’action de grâce, la justice et la fidélité
Que la Vierge Marie, Avocate des Toulonnais, nous encourage et nous accompagne. Etoile du Matin, qu’elle nous montre comment rejoindre la présence du Seigneur. Porte du Ciel qu’elle nous apprenne à goûter cette présence. Mère du Bel Amour, qu’elle nous dispose à resplendir de la gloire de Dieu pour que nous puissions demeurer en lui comme il demeure en nous, dès maintenant et pour les siècles des siècles.
Chercher Dieu au bon endroit
19 TOA
19° dimanche du Temps Ordinaire - Année A
1 R 19, 9a.11-13a ; Ps 84 (85) ; Rm 9,1-5 ; Mt 14,22-33
Au milieu de l’été, la liturgie de la Parole ménage nos méninges et nous propose des textes qui sont faciles à comprendre et à retenir : l’histoire d’Elie à l’Horeb, celle de Pierre qui essaie de marcher sur l’eau. Chaque fois la conclusion est assez simple : Dieu n’est pas dans l’ouragan mais dans le murmure de la brise légère et il faut faire confiance à Jésus qui apaise les tempêtes. La morale est simple, l’histoire est facile à retenir, et pourtant nous l’oublions souvent et nous nous obstinons à chercher Dieu là où il n’est pas ! Et ce n’est pas parce qu’Elie et Pierre nous ont précédés dans cette erreur que nous avons des excuses.
Avant la rencontre sur l’Horeb, Elie accumulait les miracles et manifestait la puissance de Dieu. Sur le mont Carmel, après avoir ridiculisé les prophètes de Baal que soutenait la reine Jézabel, il les avait même égorgés. Mais la fureur de la reine s’était déchainée et, paniqué, Elie fuyait dans le désert pour se réfugier. De la même manière, comme on l’a entendu, Pierre teste la puissance divine lorsque Jésus leur apparait marchant sur la mer : « si c’est toi, ordonne-moi de venir à toi sur les eaux » … et le plus beau dans l’histoire, « c’est que descendant de la barque Pierre marcha sur les eaux pour aller vers Jésus » … mais il prend peur en voyant la force du vent, alors il commence à s’enfoncer. Ainsi l’un comme l’autre cherche Dieu dans le spectaculaire et le trouvent dans la douceur. Douceur d'une brise légère au lieu du spectaculaire des éléments déchaînés pour Élie, douceur d'une main qui sauve au lieu du spectaculaire d'une marche sur les eaux pour Pierre. Souvent, nous sommes nous aussi, comme Elie et Pierre, recherchant Dieu dans les grandes choses mais le trouvant dans les petites.
Nous voudrions que la prière nous transporte au septième ciel. Sans doute n’osons nous pas rêver à de grandes extases accompagnées de lévitation ou de vision, mais on considère que la prière a été bonne si nous avons bien ressenti la présence divine, pourtant Dieu se présente plus souvent dans le murmure d'une fidélité presque mécanique au rendez-vous qui rythme notre agenda. Nous voudrions tout comprendre de la Parole de Dieu, y voir clairement le secret de la vie et être capable de trouver des arguments percutants pour convaincre ceux qui ne croient pas ou ceux qui doutent. Pourtant Dieu se présente plus souvent dans le silence d'un détail ou d'un mot que nous n'avions pas remarqué et qui nous étonnera toujours. Nous voudrions être capables de soulager la misère du monde ou au moins de ceux que nous rencontrons et qui souffrent, nous voudrions témoigner d’un dévouement qui force l'admiration mais le Seigneur nous attend dans la discrétion d'un geste ou d'une parole ordinaire, comme une bouffée d'amour qui perce la surface du moment.
Nous croyons que Dieu se manifeste mieux dans ce qui nous dépasse, comme si le divin commençait là où l’humain doit s’arrêter. Mais l’évangile et toute la tradition biblique nous dit le contraire. Dès le jardin des origines, Dieu vient rejoindre l’homme et la femme dans la douceur de la brise du soir. Dieu ne cherche pas à nous impressionner mais à nous rejoindre ; il ne veut pas forcer l’admiration mais susciter l’émerveillement. Il faut du silence pour entendre le murmure de la brise légère ; alors parfois, quand c’est la seule solution, le tonnerre se déchaine pour nous impressionner et nous faire taire, mais si l’on n’y prend garde, ça ne dure jamais très longtemps et la peur prend le dessus, or la peur fait douter et le doute s’éloigner. Ce n’est pas au milieu de la tempête que les disciples reconnaissent Jésus, c’est quand le vent est tombé et qu’il est avec eux dans la barque.
Elie à l’Horeb comme Pierre sur le lac nous avertissent de chercher le Seigneur plutôt dans la douceur que dans la violence, plutôt dans l’ordinaire que dans le stupéfiant, plutôt à nos côtés que dans le lointain. La porte de la gloire de Dieu au plus haut des cieux c’est la paix sur terre aux hommes qu’il aime.
Que la Vierge Marie nous aide à reconnaître la présence de Dieu et à l’accueillir. Porte du Ciel, qu’elle nous apprenne à entendre le murmure de la brise légère. Refuge des pécheurs, qu’elle guide vers nous la main qui nous saisit quand nous nous enfonçons. Etoile du matin qu’elle nous garde dans la présence de Celui qui demeure en nous et nous appelle à demeurer en lui, dès maintenant et pour les siècles des siècles.
Sa générosité nous oblige
18TOA
18° Dimanche du Temps Ordinaire - Année A
Is 55,1-3 ; Ps144 ; Rm 8,35.37-39 ; Mt 14,13-21
Imaginons qu’un supermarché, faisant siennes les paroles du Seigneur entendues dans le texte d’Isaïe, proclame : « Venez acheter et consommer sans argent et sans rien payer ! ». On imagine la ruée et les émeutes qui s’en suivraient ! C’est que la compétition serait rude pour obtenir quelque chose avant que tout soit épuisé !
Évidemment Dieu n’est pas un supermarché et sa générosité est surabondante. L’évangile de la multiplication des pains l’illustre de manière saisissante. Jésus qui voulait prendre un peu de recul après la mort de Jean Baptiste, trouve une grande foule l’attendant dans le désert ! Non seulement il passe la journée à guérir leurs malades mais en plus il les nourrit et les nourrit abondamment puisqu’on ramassa douze paniers après que la foule eut mangé. Donc personne n’a manqué de rien, l’appétit des uns n’étaient pas une menace pour la satiété des autres ! Ainsi l’amour de Dieu, par sa générosité et sa surabondance, ne nous met pas en concurrence les uns des autres. Devant Dieu, il n’y a que la communion, jamais d’alternative : ce n’est jamais « moi ou … », c’est toujours « moi et … ». C’est d’ailleurs peut-être le ressort de tout péché, ou du moins des plus graves, que de poser une concurrence là où il n’y en a pas.
Pourtant l’histoire de la multiplication des pains nous montre encore autre chose. On peut être surpris, comme les disciples, de la phrase de Jésus : « donnez-leur vous-mêmes à manger ». La consigne est déjà déstabilisante dans le contexte : ils avaient dû supporter cette foule impromptue tout au long de la journée ; et surtout ils n’avaient eux-mêmes pas grand-chose à manger : cinq pains et deux poissons pour douze, c’est plutôt frugal ! Mais la phrase de Jésus est aussi étonnante quand on connaît l’histoire, puisque c’est Jésus lui-même qui va nourrir la foule. A la nuance près que Jésus donne les pains aux disciples qui les donnent à la foule. Donc, ce sont bien les disciples qui vont donner à manger à la foule ; même s’ils ne donnent pas ce qu’ils ont mais ce qu’ils reçoivent ! Voilà une belle image de ce que fait l’amour de Dieu en nous. Non seulement il ne nous met pas en concurrence les uns des autres, mais en plus il nous met au service les uns des autres. Parce que l’amour de Dieu est surabondant, il nous entraine dans sa générosité.
A cette description de la générosité divine et de ses conséquences dans nos relations, la liturgie du jour nous proposait aussi en deuxième lecture ce beau passage de la lettre aux Romains : « ni la mort ni la vie, ni présent ni avenir, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est dans le Christ Jésus ». Cette puissance et cette fidélité de Dieu sont admirables ; la promesse est rassurante … mais c’est aussi une promesse qui nous engage. Si rien ne peut nous séparer de l’amour de Dieu, cela veut dire que lorsque nous nous en éloignons, ce n’est la faute de personne d’autre que nous ! Si personne ne peut nous ravir ce que le Seigneur nous donne, cela ne dépend que de nous de le recevoir.
Dieu nous aime généreusement, son amour est surabondant. Nous n’avons donc rien ni personne à craindre, puisque nous est donné tout ce dont nous avons besoin. La générosité divine nous entraine dans sa bonté et nous permet de partager ce que nous avons reçu sans perdre ce qu’il nous faut. Encore faut-il que nous acceptions d’être aimés et que nous recevions ce que le Seigneur nous donne. Car finalement le seul obstacle possible à l’amour de Dieu pour nous, c’est nous-mêmes !
Que la Vierge Marie nous aide à entendre cette parole et à la mettre en pratique. Porte du Ciel qu’elle nous apprenne à accueillir le don de Dieu ; Trône de la Sagesse qu’elle nous rende disponibles à la générosité du Seigneur ; Mère du Bel amour qu’elle nous entraine dans le souffle divin pour que, aimant comme nous sommes aimés, nous demeurions en Dieu comme il demeure en nous, dès maintenant et pour les siècles des siècles.
Les enjeux du choix
17TOA
17° dimanche du Temps Ordinaire - Année A
1 R 3, 5.7-12 ; Ps 118 (119) ; Rm 8, 28-30 ; Mt 13, 44-52
Entre les paraboles de Jésus et la prière de Salomon, les textes de la parole de Dieu nous rappellent l’importance du choix pour notre vie spirituelle.
Il y a d’abord l’épisode de Gabaon. Dieu dit à Salomon « Demande ce que je dois te donner ». On est presque dans un conte de fées ou dans une version biblique de la lampe d’Aladin. Mais la réaction du Seigneur à la réponse du roi, montre qu’il y avait une dimension de test : il y avait une bonne réponse. Si Salomon demande l’art du discernement, il n’en est pas complétement dépourvu puisqu’il a su demander ce que Dieu estime le meilleur : il a choisi de demander ce qu’il fallait ! Ainsi son choix révèle ce qu’il est : désirer la sagesse est déjà une preuve de sagesse !
C’est une manière d’illustrer la phrase de Jésus : « là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur ». Et justement, l’évangile nous rapporte les paraboles du Royaume qui parlent de trésor. L’histoire du trésor caché dans le champ et l’histoire de la perle de grande valeur. Dans les deux cas, l’homme vend tout ce qu’il possède pour obtenir le trésor. La dynamique est intéressante, parce qu’elle nous permet de comprendre les enjeux du choix. Chaque fois il y a deux moments : la découverte et la préférence. La découverte c’est la connaissance ou la reconnaissance de la valeur. L’homme qui trouve le trésor dans le champ, le négociant qui trouve une perle rare. On peut imaginer que ce n’est pas complétement fortuit : il y a un travail ou une expérience préalables, qui permettent de reconnaître ce qui est caché.
Mais savoir ne suffit pas à choisir, il faut aussi préférer. Ce qu’indique la phrase « il va vendre tout ce qu’il possède ». Cela veut dire que la préférence implique une sorte de sacrifice : on ne peut pas tout avoir, il y a des choses qu’il faut abandonner pour entrer dans le Royaume. C’est qu’il y a deux sortes de choix dans notre vie : le choix moral qui consiste à choisir entre le bien et le mal. Généralement d’ailleurs on choisit ce qui nous paraît bien et l’enjeu de la question morale est de connaître ce qui est vraiment bien et pas seulement ce qui nous semble bien. Mais il y a un autre type de choix dans notre vie, que l’on peut appeler le choix spirituel, et qui est de choisir entre le bien et le meilleur. C’est de lui dont parle les paraboles de l’évangile. C’est le choix qui révèle notre cœur puisqu’il montre ce qu’on veut garder et ce qu’on est prêt à abandonner.
Il y a un dernier aspect du choix qui nous montré dans la conclusion de Jésus, la quatrième parabole de l’évangile : l’histoire du maitre de maison qui tire de son trésor du neuf et de l’ancien. Ce qui veut dire que le trésor n’est pas seulement un héritage à garder, ni seulement une innovation à faire fructifier : il ne se trouve pas seulement dans la fidélité à l’ancien, ni seulement dans la fécondité du neuf. Le Royaume des Cieux est à accueillir et à garder. Si, comme l’illustrait la parabole du filet, l’art du choix est de savoir séparer ce qui est mélangé, il est aussi dans l’attention à unir ce qu’il ne faut pas opposer.
Ainsi peut-on comprendre les enjeux de nos choix. C’est ce que rappelait l’interprétation de la parabole du filet : « à la fin du monde, les anges sortiront pour séparer les méchants du milieu des justes ». Il vient donc un moment où l’on ne choisit plus, mais où l’on est choisi ! C’est à la fois terrifiant et rassurant. C’est terrifiant parce que cela signifie que nos choix, et spécialement nos choix spirituels, ont des conséquences : ce qu’on aura préféré décide de ce que nous serons. Mais c’est aussi rassurant, parce que nous avons la main : il nous suffit de choisir le Seigneur, de préférer ce qui dure à ce qui passe … et quelque soit notre situation, tant que nous vivons, il est toujours possible de se tourner vers lui et de le choisir, même si pour cela il faudra parfois lâcher ce que nous avons pour accueillir ce qu’il nous donnera.
Au centre de notre relation à Dieu, il y a donc un choix et un choix spirituel, un choix de préférence qui révèle notre cœur en dévoilant notre trésor, un choix qui suppose que nous reconnaissions ce qui nous est promis et que nous abandonnions ce qui nous en éloigne, un choix qui répond au choix de Dieu sur nous.
Que la Vierge Marie nous aide à entendre cette parole et à la mettre en pratique. Etoile du matin qu’elle ouvre nos yeux au trésor du Royaume des Cieux ; Trône de la Sagesse qu’elle ouvre nos mains pour que nous préférions le Don de Dieu ; Mère du Bel Amour qu’elle ouvre nos cœurs pour que nous choisissions celui qui nous a choisis, qui nous a appelés et qui nous partage sa gloire, dès maintenant et pour les siècles des siècles.
L'art du discernement
16TOA
16° dimanche du Temps Ordinaire - Année A
Sg 12,13.16-19 ; Ps 85 ; Rm 8, 26-27 ; Mt 13, 24-43
En rassemblant les paraboles du Royaume, saint Matthieu nous rapporte en quelque sorte le traité de vie spirituelle que nous révèle Jésus. A travers les histoires et les images, le Seigneur nous montre les secrets du cœur de Dieu, ce qui nous permet de mieux comprendre la logique divine, et donc de mieux accueillir son action. Ainsi les paraboles d’aujourd’hui nous apprennent comment reconnaître ce qui vient de Dieu, ce qu’on peut appeler l’art du discernement.
Premier repère que donne la parabole du bon grain et de l’ivraie : la première impression n’est pas toujours la bonne, la première réaction n’est pas toujours la meilleure. A travers les conseils du maître à ses serviteurs, c’est toute la patience de Dieu qui nous est partagée : il faut savoir attendre et ne pas se précipiter. Mais, dirons certains, on n’a pas toujours le temps d’attendre. En fait, ceux dont le métier est l’urgence savent qu’on ne le fait bien que si l’on s’est longuement entrainer avant : quand on n’a pas le temps après, il faut le prendre avant. Dans tous les cas, le temps détruit ce qui ne s’est pas fait avec lui ! C’est sans doute l’un des enjeux les plus important du discernement : savoir attendre le bon moment. Dans la première lecture, le sage soulignait aussi cette dimension essentielle de la durée : « à tes fils tu as donné une belle espérance : après la faute tu accordes la conversion », c’est-à-dire que le temps est une deuxième chance pour le pécheur. Pour le bien comme pour le mal, c’est dans la durée que se révèle la nature des choses, mais aussi le cœur des personnes !
Ensuite, Jésus évoquait la parabole de la graine de moutarde ; deuxième repère de discernement ; le spectaculaire n’est pas forcément le plus important. Ou, dit autrement, il ne faut pas se fier aux apparences … on se souvient que c’est déjà ce que disait le Seigneur à Samuel lorsqu’il regardait les fils de Jessé pour trouver le roi choisi par Dieu. Comment ne pas se tromper ? Il faut connaître. Si le jardinier ne doit pas mépriser la graine de moutarde sous prétexte qu’est est toute petite, ce n’est pas non plus en choisissant les plus petites graines qu’on obtient les plus grands arbres ! Le discernement passe aussi par la connaissance, on ne reconnait que ce que l’on connait ! Il ne suffit pas d’attendre, il faut aussi étudier, savoir découvrir et savoir apprendre, savoir réfléchir et savoir se laisser guider.
Enfin, la dernière parabole que nous avons entendue est celle du levain dans la pâte. Elle nous révèle un troisième repère pour le discernement : de même que le levain, pourtant minoritaire, agit sur la farine pourtant majoritaire, de même ce n’est pas toujours la majorité qui compte. Entre parenthèse, au long des siècles, les différents révolutionnaires et agitateurs le savent bien : contrairement à certains mythes politiques, la majorité ne fait pas l’histoire, en général elle la subit ! Il ne s’agit pas de chercher à s’extraire du reste du monde : le levain n’a aucun intérêt hors de la pâte. Mais il faut renoncer à l’illusion qu’une chose est bonne ou normale parce que tout le monde la trouve bonne ou normale. Ainsi le discernement ne doit pas chercher l’unanimité, ni avec lui … ni contre lui !
Savoir patienter, chercher à connaître, et ne pas suivre aveuglement le plus grand nombre, tels sont les trois axes que les paraboles de ce jour nous proposent pour comprendre et agir comme Dieu. Sans doute trouverons-nous ces principes particulièrement difficiles à observer dans un monde marqué par une culture de l’instantané, de l’apparence et de la foule … Mais en vérité, si Jésus évoque « ce qui est caché depuis la fondation du monde », c’est que le défi concerne toutes les époques ! A l’image de ce que saint Paul dit aux Romains, il faut accepter, non seulement que nous ne savons prier comme il faut, mais aussi que nous ne savons pas discerner comme il faut … aussi, comme pour la prière, le discernement demande de rester disponible à la présence et à l’action de l’Esprit Saint.
Que la Vierge Marie nous aide à entendre cette parole et à la mettre en pratique. Fille de Sion, qu’elle soutienne notre patience pour que nous puissions habiter le temps, décidant et agissant au bon moment. Trône de la Sagesse, qu’elle nous rende attentifs à la nature des choses plutôt qu’aux apparences pour que nous puissions mieux comprendre ce que Dieu nous propose. Porte du Ciel, qu’elle nous conduise sur le chemin qui mène au Père, même quand c’est un chemin exigeant, pour que nous demeurions en lui comme il demeure en nous, dès maintenant et pour les siècles des siècles.
Comment empêcher l'oeuvre de Dieu ?
15TOA
14° dimanche du Temps Ordinaire - Année A
Is 55,10-11 ; Ps 64 (65) ; Rm 8, 18-23 ; Mt 13,1-23
Il n’est pas sûr que l’expérience du semeur nous soit très familière ; en revanche, la chaleur de ces jours nous aidera sans doute à apprécier la connotation positive de la pluie, même si nous sommes en vacances ! Cela dit, Jésus, comme Isaïe, nous parlent de la fécondité de la parole de Dieu dans notre vie, et il n’est pas inutile de s’y arrêter. D’autant que c’est une sorte de loi fondamentale de la vie spirituelle qui nous est expliquée.
Que ce soit la pluie et la neige, ou le semeur, on comprend que la fécondité dépend de deux actions : celle du ciel et celle de la terre. Ainsi la fécondité de notre vie spirituelle dépend de deux actions : celle de Dieu et celle de l’homme. Si la pluie ne tombe pas, si le semeur ne sème pas, rien ne pousse et le terrain reste désert et stérile. La première conclusion, c’est que sans Dieu nous ne pouvons rien faire, sans sa parole et sa grâce, nous ne pouvons pas nous épanouir pleinement. Il est bon qu’on nous le rappelle, tant nous avons tendance à vouloir tout faire par nous-mêmes et vivre à l’horizon de la terre sans réaliser que la terre n’est rien sans le ciel.
Mais l’histoire ne s’arrête pas là, il y a un deuxième aspect : la pluie peut toujours tomber, le semeur peut toujours semer, si la terre n’accueille pas la semence, rien ne pousse ! Ainsi Dieu ne peut rien faire sans nous. Il peut toujours parler si nous n’écoutons pas, ça ne sert à rien ; il peut toujours nous montrer les merveilles de son œuvre, si nous fermons les yeux, ça ne sert à rien. Pour que Dieu puisse agir, il faut que nous l’acceptions !
Pour ce qui est de la part divine, nous pouvons faire confiance : tout ce qui dépend du Seigneur est disponible. Les obstacles et les difficultés viennent plutôt de notre côté, et c’est sans doute la raison pour laquelle Jésus détaille cet aspect dans la parabole du semeur. Comment empêchons-nous l’œuvre de Dieu ?
La première manière d’empêcher l’œuvre de Dieu, c’est de la refuser. C’est l’image du chemin, sur lequel, les graines restent en surface. Dieu ne s’impose jamais, si nous n’acceptons pas ce qu’il nous donne, si nous n’accueillons pas la grâce, elle reste sans effet. Les bénédictions ou les sacrements ne sont pas magiques, ils demandent notre engagement. On ne peut pas se contenter d’un vernis de surface, la puissance de Dieu sollicite notre disponibilité.
La deuxième manière d’empêcher l’œuvre de Dieu, c’est l’inconstance. C’est l’image du sol pierreux, où ce qui lève vite, sèche aussitôt. Il faut du temps et de la persévérance pour que l’œuvre de Dieu s’accomplisse. Sans doute préférerions nous que les choses soient instantanées : ce serait plus confortable : on coche la case, et c’est acquis ! Mais nous vivons dans le temps, et c’est dans le temps que nous devons accueillir le don de Dieu. Rien de spirituel ne tient sans persévérance car rien de divin n’existe sans fidélité. C’est d’ailleurs ce que montrait saint Paul dans la lettre aux Romains : nous avons commencé à recevoir l’Esprit Saint, mais nous attendons encore notre adoption et la rédemption de notre corps.
La troisième manière d’empêcher l’œuvre de Dieu, c’est la dispersion. C’est l’image des ronces qui étouffent ce que le semeur a semé. On ne peut pas tout faire à la fois, il faut choisir, il faut préférer. Si Dieu n’est pas à la première place dans notre vie, viendra un jour où il se retrouvera à la dernière : ce qu’il fait pour nous sera étouffé par le reste. La relation à Dieu est une affaire d’amour, et l’amour implique un choix, une préférence.
Dieu donne, et il donne en abondance. Il agit, bien plus puissamment que nous ne pourrions le faire, mais il ne fait rien sans nous, et c’est à nous de permettre à la grâce de Dieu de se déployer et de fructifier. Si nous n’accueillons pas, la grâce n’agit pas ; si nous ne gardons pas, la grâce ne tient pas ; si nous nous dispersons, la grâce est étouffée. Parce qu’il s’agit d’un don, il faut recevoir ; parce que nous sommes vivants, il faut persévérer dans la fidélité ; parce que Dieu nous aime, il faut le préférer.
Que la Vierge Marie, Avocate des Toulonnais, nous aide à entendre cette parole et à la mettre en pratique. Temple de l’Esprit Saint qu’elle nous apprenne à nous ouvrir à la présence de Dieu. Vierge Fidèle, qu’elle nous soutienne dans la persévérance et la fidélité. Trône de la Sagesse qu’elle nous guide dans la voie du plus grand Amour, pour que nous permettions au Don de Dieu de germer, de croitre et de porter du fruit, et que nous demeurions en lui, comme il demeure en nous dès maintenant et pour les siècles des siècles.
Le secret de la simplicité
14TOA
14° dimanche du Temps Ordinaire - Année A
Za 9,9-10 ; Rm 8,9.11-13 ; Mt 11,25-30
« Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits ». La prière de Jésus au début de l’évangile est un peu déstabilisante. Il faut bien reconnaître que les mystères de Dieu ne nous sont pas toujours transparents, et que l’on se situerait spontanément plutôt du côté de ceux à qui ils sont cachés, que du côté de ceux à qui ils sont révélés ; même si nous ne nous sentons pas spécialement sages ou savants. Cela dit, on peut comprendre que, même si la prière du Seigneur s’adresse au Père, elle nous invite implicitement à rechercher la simplicité.
La simplicité c’est d’abord faire confiance à ce que Dieu dit, à ce que Dieu promet, à ce que Dieu demande. Le Seigneur ne peut « ni se tromper, ni nous tromper » dit l’acte de foi. On perd la simplicité comme la confiance, si l’on soupçonne dans la parole un message caché ou si l’on veut juger par soi-même si c’est vrai ou si c’est faux. On peut s’assurer que c’est bien sa parole, que c’est bien ce qu’il dit, mais Dieu ne peut rien nous révéler si nous ne lui faisons pas confiance. Et pas seulement pour ce qu’il dit, mais aussi pour ce qu’il promet. La simplicité de la confiance dans les promesses du Seigneur implique d’attendre qu’elles se réalisent, sans décider du moment où elles doivent se réaliser. Et c’est encore dans l’obéissance à la parole de Dieu que se joue la simplicité confiante : en faisant ce qu’il demande, en ne faisant pas ce qu’il interdit. Notre rapport à la Parole de Dieu est souvent trop compliqué, on cherche à ce qu’elle dise ce qui nous arrange ou ce qui nous plait. Il faut avoir la simplicité de l’accueillir telle qu’elle est et à lui faire confiance.
La simplicité, c’est encore garder l’humilité. A l’exemple du roi juste et victorieux qu’annonçait le prophète Zacharie, un roi monté sur un âne et non pas sur un cheval de combat. La simplicité de l’humilité c’est faire ce qu’on peut, et ne pas faire ce que l’on ne peut pas. Ça ne veut pas dire qu’on ne fasse pas d’effort, mais il faut accepter d’avoir des limites, et de ne pas pouvoir faire tout ce qu’on voudrait. L’humilité se fait simplicité aussi quand elle consent à demander. C’est l’orgueil qui empêche d’appeler à l’aide, et l’orgueil complique tout. Cinq fois par jour, dans la liturgie des heures, l’Église appelle : « Dieu viens à mon aide, Seigneur viens vite à mon secours ». Il n’y a que les sages et les savants – et les orgueilleux – qui prétendent ne pas avoir besoin du Seigneur.
La simplicité, c’est encore la douceur. « Je suis doux et humble de cœur » dit Jésus, et si nous voulons être ses disciples, il nous faudra trouver la simplicité dans la douceur. La simplicité de la douceur, c’est recevoir ce qui est donné, sans chercher à prendre. C’est la dynamique au cœur de tout péché que de prendre ce qui n’est pas donné. La simplicité de la douceur c’est aussi lorsque, malheureusement nous n’avons pas été à la hauteur de ce que Dieu attendait de nous, de regretter sans vouloir se justifier. Plus on recherche d’excuse, plus on se durcit et plus on complique la relation. La simplicité de la douceur, c’est encore se réjouir du bien et s’attrister du mal. Cela n’empêche pas de combattre l’injustice, au contraire, mais la justice devient compliquée et violente quand elle rajoute du malheur au malheur, quand elle ne s’exprime pas dans la simplicité de la douceur. C’est parfois la justice des hommes, ça n’est jamais la justice de Dieu.
Si, comme nous invite saint Paul dans la lettre aux Romains, nous voulons vivre selon l’Esprit et non pas selon la chair, si nous voulons découvrir ce que le Père révèle aux tout-petits, il faut éviter de nous compliquer la vie et le cœur, rechercher la simplicité dans la confiance, dans l’humilité et dans la douceur.
Que la Vierge Marie, Avocate des Toulonnais, nous aide à entendre cette parole et à la mettre en pratique. Porte du Ciel qu’elle nous apprenne à accueillir la Parole du Seigneur dans la simplicité de la confiance. Trône de la sagesse qu’elle nous encourage à accepter la simplicité de l’humilité. Mère du Bel amour qu’elle forme notre cœur selon le cœur de Dieu dans la simplicité de la douceur, pour que nous puissions demeurer en lui, comme il demeure en nous, dès maintenant et pour les siècles des siècles.