Chercher Dieu au bon endroit
19 TOA
19° dimanche du Temps Ordinaire - Année A
1 R 19, 9a.11-13a ; Ps 84 (85) ; Rm 9,1-5 ; Mt 14,22-33
Au milieu de l’été, la liturgie de la Parole ménage nos méninges et nous propose des textes qui sont faciles à comprendre et à retenir : l’histoire d’Elie à l’Horeb, celle de Pierre qui essaie de marcher sur l’eau. Chaque fois la conclusion est assez simple : Dieu n’est pas dans l’ouragan mais dans le murmure de la brise légère et il faut faire confiance à Jésus qui apaise les tempêtes. La morale est simple, l’histoire est facile à retenir, et pourtant nous l’oublions souvent et nous nous obstinons à chercher Dieu là où il n’est pas ! Et ce n’est pas parce qu’Elie et Pierre nous ont précédés dans cette erreur que nous avons des excuses.
Avant la rencontre sur l’Horeb, Elie accumulait les miracles et manifestait la puissance de Dieu. Sur le mont Carmel, après avoir ridiculisé les prophètes de Baal que soutenait la reine Jézabel, il les avait même égorgés. Mais la fureur de la reine s’était déchainée et, paniqué, Elie fuyait dans le désert pour se réfugier. De la même manière, comme on l’a entendu, Pierre teste la puissance divine lorsque Jésus leur apparait marchant sur la mer : « si c’est toi, ordonne-moi de venir à toi sur les eaux » … et le plus beau dans l’histoire, « c’est que descendant de la barque Pierre marcha sur les eaux pour aller vers Jésus » … mais il prend peur en voyant la force du vent, alors il commence à s’enfoncer. Ainsi l’un comme l’autre cherche Dieu dans le spectaculaire et le trouvent dans la douceur. Douceur d'une brise légère au lieu du spectaculaire des éléments déchaînés pour Élie, douceur d'une main qui sauve au lieu du spectaculaire d'une marche sur les eaux pour Pierre. Souvent, nous sommes nous aussi, comme Elie et Pierre, recherchant Dieu dans les grandes choses mais le trouvant dans les petites.
Nous voudrions que la prière nous transporte au septième ciel. Sans doute n’osons nous pas rêver à de grandes extases accompagnées de lévitation ou de vision, mais on considère que la prière a été bonne si nous avons bien ressenti la présence divine, pourtant Dieu se présente plus souvent dans le murmure d'une fidélité presque mécanique au rendez-vous qui rythme notre agenda. Nous voudrions tout comprendre de la Parole de Dieu, y voir clairement le secret de la vie et être capable de trouver des arguments percutants pour convaincre ceux qui ne croient pas ou ceux qui doutent. Pourtant Dieu se présente plus souvent dans le silence d'un détail ou d'un mot que nous n'avions pas remarqué et qui nous étonnera toujours. Nous voudrions être capables de soulager la misère du monde ou au moins de ceux que nous rencontrons et qui souffrent, nous voudrions témoigner d’un dévouement qui force l'admiration mais le Seigneur nous attend dans la discrétion d'un geste ou d'une parole ordinaire, comme une bouffée d'amour qui perce la surface du moment.
Nous croyons que Dieu se manifeste mieux dans ce qui nous dépasse, comme si le divin commençait là où l’humain doit s’arrêter. Mais l’évangile et toute la tradition biblique nous dit le contraire. Dès le jardin des origines, Dieu vient rejoindre l’homme et la femme dans la douceur de la brise du soir. Dieu ne cherche pas à nous impressionner mais à nous rejoindre ; il ne veut pas forcer l’admiration mais susciter l’émerveillement. Il faut du silence pour entendre le murmure de la brise légère ; alors parfois, quand c’est la seule solution, le tonnerre se déchaine pour nous impressionner et nous faire taire, mais si l’on n’y prend garde, ça ne dure jamais très longtemps et la peur prend le dessus, or la peur fait douter et le doute s’éloigner. Ce n’est pas au milieu de la tempête que les disciples reconnaissent Jésus, c’est quand le vent est tombé et qu’il est avec eux dans la barque.
Elie à l’Horeb comme Pierre sur le lac nous avertissent de chercher le Seigneur plutôt dans la douceur que dans la violence, plutôt dans l’ordinaire que dans le stupéfiant, plutôt à nos côtés que dans le lointain. La porte de la gloire de Dieu au plus haut des cieux c’est la paix sur terre aux hommes qu’il aime.
Que la Vierge Marie nous aide à reconnaître la présence de Dieu et à l’accueillir. Porte du Ciel, qu’elle nous apprenne à entendre le murmure de la brise légère. Refuge des pécheurs, qu’elle guide vers nous la main qui nous saisit quand nous nous enfonçons. Etoile du matin qu’elle nous garde dans la présence de Celui qui demeure en nous et nous appelle à demeurer en lui, dès maintenant et pour les siècles des siècles.
Sa générosité nous oblige
18TOA
18° Dimanche du Temps Ordinaire - Année A
Is 55,1-3 ; Ps144 ; Rm 8,35.37-39 ; Mt 14,13-21
Imaginons qu’un supermarché, faisant siennes les paroles du Seigneur entendues dans le texte d’Isaïe, proclame : « Venez acheter et consommer sans argent et sans rien payer ! ». On imagine la ruée et les émeutes qui s’en suivraient ! C’est que la compétition serait rude pour obtenir quelque chose avant que tout soit épuisé !
Évidemment Dieu n’est pas un supermarché et sa générosité est surabondante. L’évangile de la multiplication des pains l’illustre de manière saisissante. Jésus qui voulait prendre un peu de recul après la mort de Jean Baptiste, trouve une grande foule l’attendant dans le désert ! Non seulement il passe la journée à guérir leurs malades mais en plus il les nourrit et les nourrit abondamment puisqu’on ramassa douze paniers après que la foule eut mangé. Donc personne n’a manqué de rien, l’appétit des uns n’étaient pas une menace pour la satiété des autres ! Ainsi l’amour de Dieu, par sa générosité et sa surabondance, ne nous met pas en concurrence les uns des autres. Devant Dieu, il n’y a que la communion, jamais d’alternative : ce n’est jamais « moi ou … », c’est toujours « moi et … ». C’est d’ailleurs peut-être le ressort de tout péché, ou du moins des plus graves, que de poser une concurrence là où il n’y en a pas.
Pourtant l’histoire de la multiplication des pains nous montre encore autre chose. On peut être surpris, comme les disciples, de la phrase de Jésus : « donnez-leur vous-mêmes à manger ». La consigne est déjà déstabilisante dans le contexte : ils avaient dû supporter cette foule impromptue tout au long de la journée ; et surtout ils n’avaient eux-mêmes pas grand-chose à manger : cinq pains et deux poissons pour douze, c’est plutôt frugal ! Mais la phrase de Jésus est aussi étonnante quand on connaît l’histoire, puisque c’est Jésus lui-même qui va nourrir la foule. A la nuance près que Jésus donne les pains aux disciples qui les donnent à la foule. Donc, ce sont bien les disciples qui vont donner à manger à la foule ; même s’ils ne donnent pas ce qu’ils ont mais ce qu’ils reçoivent ! Voilà une belle image de ce que fait l’amour de Dieu en nous. Non seulement il ne nous met pas en concurrence les uns des autres, mais en plus il nous met au service les uns des autres. Parce que l’amour de Dieu est surabondant, il nous entraine dans sa générosité.
A cette description de la générosité divine et de ses conséquences dans nos relations, la liturgie du jour nous proposait aussi en deuxième lecture ce beau passage de la lettre aux Romains : « ni la mort ni la vie, ni présent ni avenir, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est dans le Christ Jésus ». Cette puissance et cette fidélité de Dieu sont admirables ; la promesse est rassurante … mais c’est aussi une promesse qui nous engage. Si rien ne peut nous séparer de l’amour de Dieu, cela veut dire que lorsque nous nous en éloignons, ce n’est la faute de personne d’autre que nous ! Si personne ne peut nous ravir ce que le Seigneur nous donne, cela ne dépend que de nous de le recevoir.
Dieu nous aime généreusement, son amour est surabondant. Nous n’avons donc rien ni personne à craindre, puisque nous est donné tout ce dont nous avons besoin. La générosité divine nous entraine dans sa bonté et nous permet de partager ce que nous avons reçu sans perdre ce qu’il nous faut. Encore faut-il que nous acceptions d’être aimés et que nous recevions ce que le Seigneur nous donne. Car finalement le seul obstacle possible à l’amour de Dieu pour nous, c’est nous-mêmes !
Que la Vierge Marie nous aide à entendre cette parole et à la mettre en pratique. Porte du Ciel qu’elle nous apprenne à accueillir le don de Dieu ; Trône de la Sagesse qu’elle nous rende disponibles à la générosité du Seigneur ; Mère du Bel amour qu’elle nous entraine dans le souffle divin pour que, aimant comme nous sommes aimés, nous demeurions en Dieu comme il demeure en nous, dès maintenant et pour les siècles des siècles.
Les enjeux du choix
17TOA
17° dimanche du Temps Ordinaire - Année A
1 R 3, 5.7-12 ; Ps 118 (119) ; Rm 8, 28-30 ; Mt 13, 44-52
Entre les paraboles de Jésus et la prière de Salomon, les textes de la parole de Dieu nous rappellent l’importance du choix pour notre vie spirituelle.
Il y a d’abord l’épisode de Gabaon. Dieu dit à Salomon « Demande ce que je dois te donner ». On est presque dans un conte de fées ou dans une version biblique de la lampe d’Aladin. Mais la réaction du Seigneur à la réponse du roi, montre qu’il y avait une dimension de test : il y avait une bonne réponse. Si Salomon demande l’art du discernement, il n’en est pas complétement dépourvu puisqu’il a su demander ce que Dieu estime le meilleur : il a choisi de demander ce qu’il fallait ! Ainsi son choix révèle ce qu’il est : désirer la sagesse est déjà une preuve de sagesse !
C’est une manière d’illustrer la phrase de Jésus : « là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur ». Et justement, l’évangile nous rapporte les paraboles du Royaume qui parlent de trésor. L’histoire du trésor caché dans le champ et l’histoire de la perle de grande valeur. Dans les deux cas, l’homme vend tout ce qu’il possède pour obtenir le trésor. La dynamique est intéressante, parce qu’elle nous permet de comprendre les enjeux du choix. Chaque fois il y a deux moments : la découverte et la préférence. La découverte c’est la connaissance ou la reconnaissance de la valeur. L’homme qui trouve le trésor dans le champ, le négociant qui trouve une perle rare. On peut imaginer que ce n’est pas complétement fortuit : il y a un travail ou une expérience préalables, qui permettent de reconnaître ce qui est caché.
Mais savoir ne suffit pas à choisir, il faut aussi préférer. Ce qu’indique la phrase « il va vendre tout ce qu’il possède ». Cela veut dire que la préférence implique une sorte de sacrifice : on ne peut pas tout avoir, il y a des choses qu’il faut abandonner pour entrer dans le Royaume. C’est qu’il y a deux sortes de choix dans notre vie : le choix moral qui consiste à choisir entre le bien et le mal. Généralement d’ailleurs on choisit ce qui nous paraît bien et l’enjeu de la question morale est de connaître ce qui est vraiment bien et pas seulement ce qui nous semble bien. Mais il y a un autre type de choix dans notre vie, que l’on peut appeler le choix spirituel, et qui est de choisir entre le bien et le meilleur. C’est de lui dont parle les paraboles de l’évangile. C’est le choix qui révèle notre cœur puisqu’il montre ce qu’on veut garder et ce qu’on est prêt à abandonner.
Il y a un dernier aspect du choix qui nous montré dans la conclusion de Jésus, la quatrième parabole de l’évangile : l’histoire du maitre de maison qui tire de son trésor du neuf et de l’ancien. Ce qui veut dire que le trésor n’est pas seulement un héritage à garder, ni seulement une innovation à faire fructifier : il ne se trouve pas seulement dans la fidélité à l’ancien, ni seulement dans la fécondité du neuf. Le Royaume des Cieux est à accueillir et à garder. Si, comme l’illustrait la parabole du filet, l’art du choix est de savoir séparer ce qui est mélangé, il est aussi dans l’attention à unir ce qu’il ne faut pas opposer.
Ainsi peut-on comprendre les enjeux de nos choix. C’est ce que rappelait l’interprétation de la parabole du filet : « à la fin du monde, les anges sortiront pour séparer les méchants du milieu des justes ». Il vient donc un moment où l’on ne choisit plus, mais où l’on est choisi ! C’est à la fois terrifiant et rassurant. C’est terrifiant parce que cela signifie que nos choix, et spécialement nos choix spirituels, ont des conséquences : ce qu’on aura préféré décide de ce que nous serons. Mais c’est aussi rassurant, parce que nous avons la main : il nous suffit de choisir le Seigneur, de préférer ce qui dure à ce qui passe … et quelque soit notre situation, tant que nous vivons, il est toujours possible de se tourner vers lui et de le choisir, même si pour cela il faudra parfois lâcher ce que nous avons pour accueillir ce qu’il nous donnera.
Au centre de notre relation à Dieu, il y a donc un choix et un choix spirituel, un choix de préférence qui révèle notre cœur en dévoilant notre trésor, un choix qui suppose que nous reconnaissions ce qui nous est promis et que nous abandonnions ce qui nous en éloigne, un choix qui répond au choix de Dieu sur nous.
Que la Vierge Marie nous aide à entendre cette parole et à la mettre en pratique. Etoile du matin qu’elle ouvre nos yeux au trésor du Royaume des Cieux ; Trône de la Sagesse qu’elle ouvre nos mains pour que nous préférions le Don de Dieu ; Mère du Bel Amour qu’elle ouvre nos cœurs pour que nous choisissions celui qui nous a choisis, qui nous a appelés et qui nous partage sa gloire, dès maintenant et pour les siècles des siècles.
L'art du discernement
16TOA
16° dimanche du Temps Ordinaire - Année A
Sg 12,13.16-19 ; Ps 85 ; Rm 8, 26-27 ; Mt 13, 24-43
En rassemblant les paraboles du Royaume, saint Matthieu nous rapporte en quelque sorte le traité de vie spirituelle que nous révèle Jésus. A travers les histoires et les images, le Seigneur nous montre les secrets du cœur de Dieu, ce qui nous permet de mieux comprendre la logique divine, et donc de mieux accueillir son action. Ainsi les paraboles d’aujourd’hui nous apprennent comment reconnaître ce qui vient de Dieu, ce qu’on peut appeler l’art du discernement.
Premier repère que donne la parabole du bon grain et de l’ivraie : la première impression n’est pas toujours la bonne, la première réaction n’est pas toujours la meilleure. A travers les conseils du maître à ses serviteurs, c’est toute la patience de Dieu qui nous est partagée : il faut savoir attendre et ne pas se précipiter. Mais, dirons certains, on n’a pas toujours le temps d’attendre. En fait, ceux dont le métier est l’urgence savent qu’on ne le fait bien que si l’on s’est longuement entrainer avant : quand on n’a pas le temps après, il faut le prendre avant. Dans tous les cas, le temps détruit ce qui ne s’est pas fait avec lui ! C’est sans doute l’un des enjeux les plus important du discernement : savoir attendre le bon moment. Dans la première lecture, le sage soulignait aussi cette dimension essentielle de la durée : « à tes fils tu as donné une belle espérance : après la faute tu accordes la conversion », c’est-à-dire que le temps est une deuxième chance pour le pécheur. Pour le bien comme pour le mal, c’est dans la durée que se révèle la nature des choses, mais aussi le cœur des personnes !
Ensuite, Jésus évoquait la parabole de la graine de moutarde ; deuxième repère de discernement ; le spectaculaire n’est pas forcément le plus important. Ou, dit autrement, il ne faut pas se fier aux apparences … on se souvient que c’est déjà ce que disait le Seigneur à Samuel lorsqu’il regardait les fils de Jessé pour trouver le roi choisi par Dieu. Comment ne pas se tromper ? Il faut connaître. Si le jardinier ne doit pas mépriser la graine de moutarde sous prétexte qu’est est toute petite, ce n’est pas non plus en choisissant les plus petites graines qu’on obtient les plus grands arbres ! Le discernement passe aussi par la connaissance, on ne reconnait que ce que l’on connait ! Il ne suffit pas d’attendre, il faut aussi étudier, savoir découvrir et savoir apprendre, savoir réfléchir et savoir se laisser guider.
Enfin, la dernière parabole que nous avons entendue est celle du levain dans la pâte. Elle nous révèle un troisième repère pour le discernement : de même que le levain, pourtant minoritaire, agit sur la farine pourtant majoritaire, de même ce n’est pas toujours la majorité qui compte. Entre parenthèse, au long des siècles, les différents révolutionnaires et agitateurs le savent bien : contrairement à certains mythes politiques, la majorité ne fait pas l’histoire, en général elle la subit ! Il ne s’agit pas de chercher à s’extraire du reste du monde : le levain n’a aucun intérêt hors de la pâte. Mais il faut renoncer à l’illusion qu’une chose est bonne ou normale parce que tout le monde la trouve bonne ou normale. Ainsi le discernement ne doit pas chercher l’unanimité, ni avec lui … ni contre lui !
Savoir patienter, chercher à connaître, et ne pas suivre aveuglement le plus grand nombre, tels sont les trois axes que les paraboles de ce jour nous proposent pour comprendre et agir comme Dieu. Sans doute trouverons-nous ces principes particulièrement difficiles à observer dans un monde marqué par une culture de l’instantané, de l’apparence et de la foule … Mais en vérité, si Jésus évoque « ce qui est caché depuis la fondation du monde », c’est que le défi concerne toutes les époques ! A l’image de ce que saint Paul dit aux Romains, il faut accepter, non seulement que nous ne savons prier comme il faut, mais aussi que nous ne savons pas discerner comme il faut … aussi, comme pour la prière, le discernement demande de rester disponible à la présence et à l’action de l’Esprit Saint.
Que la Vierge Marie nous aide à entendre cette parole et à la mettre en pratique. Fille de Sion, qu’elle soutienne notre patience pour que nous puissions habiter le temps, décidant et agissant au bon moment. Trône de la Sagesse, qu’elle nous rende attentifs à la nature des choses plutôt qu’aux apparences pour que nous puissions mieux comprendre ce que Dieu nous propose. Porte du Ciel, qu’elle nous conduise sur le chemin qui mène au Père, même quand c’est un chemin exigeant, pour que nous demeurions en lui comme il demeure en nous, dès maintenant et pour les siècles des siècles.
Comment empêcher l'oeuvre de Dieu ?
15TOA
14° dimanche du Temps Ordinaire - Année A
Is 55,10-11 ; Ps 64 (65) ; Rm 8, 18-23 ; Mt 13,1-23
Il n’est pas sûr que l’expérience du semeur nous soit très familière ; en revanche, la chaleur de ces jours nous aidera sans doute à apprécier la connotation positive de la pluie, même si nous sommes en vacances ! Cela dit, Jésus, comme Isaïe, nous parlent de la fécondité de la parole de Dieu dans notre vie, et il n’est pas inutile de s’y arrêter. D’autant que c’est une sorte de loi fondamentale de la vie spirituelle qui nous est expliquée.
Que ce soit la pluie et la neige, ou le semeur, on comprend que la fécondité dépend de deux actions : celle du ciel et celle de la terre. Ainsi la fécondité de notre vie spirituelle dépend de deux actions : celle de Dieu et celle de l’homme. Si la pluie ne tombe pas, si le semeur ne sème pas, rien ne pousse et le terrain reste désert et stérile. La première conclusion, c’est que sans Dieu nous ne pouvons rien faire, sans sa parole et sa grâce, nous ne pouvons pas nous épanouir pleinement. Il est bon qu’on nous le rappelle, tant nous avons tendance à vouloir tout faire par nous-mêmes et vivre à l’horizon de la terre sans réaliser que la terre n’est rien sans le ciel.
Mais l’histoire ne s’arrête pas là, il y a un deuxième aspect : la pluie peut toujours tomber, le semeur peut toujours semer, si la terre n’accueille pas la semence, rien ne pousse ! Ainsi Dieu ne peut rien faire sans nous. Il peut toujours parler si nous n’écoutons pas, ça ne sert à rien ; il peut toujours nous montrer les merveilles de son œuvre, si nous fermons les yeux, ça ne sert à rien. Pour que Dieu puisse agir, il faut que nous l’acceptions !
Pour ce qui est de la part divine, nous pouvons faire confiance : tout ce qui dépend du Seigneur est disponible. Les obstacles et les difficultés viennent plutôt de notre côté, et c’est sans doute la raison pour laquelle Jésus détaille cet aspect dans la parabole du semeur. Comment empêchons-nous l’œuvre de Dieu ?
La première manière d’empêcher l’œuvre de Dieu, c’est de la refuser. C’est l’image du chemin, sur lequel, les graines restent en surface. Dieu ne s’impose jamais, si nous n’acceptons pas ce qu’il nous donne, si nous n’accueillons pas la grâce, elle reste sans effet. Les bénédictions ou les sacrements ne sont pas magiques, ils demandent notre engagement. On ne peut pas se contenter d’un vernis de surface, la puissance de Dieu sollicite notre disponibilité.
La deuxième manière d’empêcher l’œuvre de Dieu, c’est l’inconstance. C’est l’image du sol pierreux, où ce qui lève vite, sèche aussitôt. Il faut du temps et de la persévérance pour que l’œuvre de Dieu s’accomplisse. Sans doute préférerions nous que les choses soient instantanées : ce serait plus confortable : on coche la case, et c’est acquis ! Mais nous vivons dans le temps, et c’est dans le temps que nous devons accueillir le don de Dieu. Rien de spirituel ne tient sans persévérance car rien de divin n’existe sans fidélité. C’est d’ailleurs ce que montrait saint Paul dans la lettre aux Romains : nous avons commencé à recevoir l’Esprit Saint, mais nous attendons encore notre adoption et la rédemption de notre corps.
La troisième manière d’empêcher l’œuvre de Dieu, c’est la dispersion. C’est l’image des ronces qui étouffent ce que le semeur a semé. On ne peut pas tout faire à la fois, il faut choisir, il faut préférer. Si Dieu n’est pas à la première place dans notre vie, viendra un jour où il se retrouvera à la dernière : ce qu’il fait pour nous sera étouffé par le reste. La relation à Dieu est une affaire d’amour, et l’amour implique un choix, une préférence.
Dieu donne, et il donne en abondance. Il agit, bien plus puissamment que nous ne pourrions le faire, mais il ne fait rien sans nous, et c’est à nous de permettre à la grâce de Dieu de se déployer et de fructifier. Si nous n’accueillons pas, la grâce n’agit pas ; si nous ne gardons pas, la grâce ne tient pas ; si nous nous dispersons, la grâce est étouffée. Parce qu’il s’agit d’un don, il faut recevoir ; parce que nous sommes vivants, il faut persévérer dans la fidélité ; parce que Dieu nous aime, il faut le préférer.
Que la Vierge Marie, Avocate des Toulonnais, nous aide à entendre cette parole et à la mettre en pratique. Temple de l’Esprit Saint qu’elle nous apprenne à nous ouvrir à la présence de Dieu. Vierge Fidèle, qu’elle nous soutienne dans la persévérance et la fidélité. Trône de la Sagesse qu’elle nous guide dans la voie du plus grand Amour, pour que nous permettions au Don de Dieu de germer, de croitre et de porter du fruit, et que nous demeurions en lui, comme il demeure en nous dès maintenant et pour les siècles des siècles.
Le secret de la simplicité
14TOA
14° dimanche du Temps Ordinaire - Année A
Za 9,9-10 ; Rm 8,9.11-13 ; Mt 11,25-30
« Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits ». La prière de Jésus au début de l’évangile est un peu déstabilisante. Il faut bien reconnaître que les mystères de Dieu ne nous sont pas toujours transparents, et que l’on se situerait spontanément plutôt du côté de ceux à qui ils sont cachés, que du côté de ceux à qui ils sont révélés ; même si nous ne nous sentons pas spécialement sages ou savants. Cela dit, on peut comprendre que, même si la prière du Seigneur s’adresse au Père, elle nous invite implicitement à rechercher la simplicité.
La simplicité c’est d’abord faire confiance à ce que Dieu dit, à ce que Dieu promet, à ce que Dieu demande. Le Seigneur ne peut « ni se tromper, ni nous tromper » dit l’acte de foi. On perd la simplicité comme la confiance, si l’on soupçonne dans la parole un message caché ou si l’on veut juger par soi-même si c’est vrai ou si c’est faux. On peut s’assurer que c’est bien sa parole, que c’est bien ce qu’il dit, mais Dieu ne peut rien nous révéler si nous ne lui faisons pas confiance. Et pas seulement pour ce qu’il dit, mais aussi pour ce qu’il promet. La simplicité de la confiance dans les promesses du Seigneur implique d’attendre qu’elles se réalisent, sans décider du moment où elles doivent se réaliser. Et c’est encore dans l’obéissance à la parole de Dieu que se joue la simplicité confiante : en faisant ce qu’il demande, en ne faisant pas ce qu’il interdit. Notre rapport à la Parole de Dieu est souvent trop compliqué, on cherche à ce qu’elle dise ce qui nous arrange ou ce qui nous plait. Il faut avoir la simplicité de l’accueillir telle qu’elle est et à lui faire confiance.
La simplicité, c’est encore garder l’humilité. A l’exemple du roi juste et victorieux qu’annonçait le prophète Zacharie, un roi monté sur un âne et non pas sur un cheval de combat. La simplicité de l’humilité c’est faire ce qu’on peut, et ne pas faire ce que l’on ne peut pas. Ça ne veut pas dire qu’on ne fasse pas d’effort, mais il faut accepter d’avoir des limites, et de ne pas pouvoir faire tout ce qu’on voudrait. L’humilité se fait simplicité aussi quand elle consent à demander. C’est l’orgueil qui empêche d’appeler à l’aide, et l’orgueil complique tout. Cinq fois par jour, dans la liturgie des heures, l’Église appelle : « Dieu viens à mon aide, Seigneur viens vite à mon secours ». Il n’y a que les sages et les savants – et les orgueilleux – qui prétendent ne pas avoir besoin du Seigneur.
La simplicité, c’est encore la douceur. « Je suis doux et humble de cœur » dit Jésus, et si nous voulons être ses disciples, il nous faudra trouver la simplicité dans la douceur. La simplicité de la douceur, c’est recevoir ce qui est donné, sans chercher à prendre. C’est la dynamique au cœur de tout péché que de prendre ce qui n’est pas donné. La simplicité de la douceur c’est aussi lorsque, malheureusement nous n’avons pas été à la hauteur de ce que Dieu attendait de nous, de regretter sans vouloir se justifier. Plus on recherche d’excuse, plus on se durcit et plus on complique la relation. La simplicité de la douceur, c’est encore se réjouir du bien et s’attrister du mal. Cela n’empêche pas de combattre l’injustice, au contraire, mais la justice devient compliquée et violente quand elle rajoute du malheur au malheur, quand elle ne s’exprime pas dans la simplicité de la douceur. C’est parfois la justice des hommes, ça n’est jamais la justice de Dieu.
Si, comme nous invite saint Paul dans la lettre aux Romains, nous voulons vivre selon l’Esprit et non pas selon la chair, si nous voulons découvrir ce que le Père révèle aux tout-petits, il faut éviter de nous compliquer la vie et le cœur, rechercher la simplicité dans la confiance, dans l’humilité et dans la douceur.
Que la Vierge Marie, Avocate des Toulonnais, nous aide à entendre cette parole et à la mettre en pratique. Porte du Ciel qu’elle nous apprenne à accueillir la Parole du Seigneur dans la simplicité de la confiance. Trône de la sagesse qu’elle nous encourage à accepter la simplicité de l’humilité. Mère du Bel amour qu’elle forme notre cœur selon le cœur de Dieu dans la simplicité de la douceur, pour que nous puissions demeurer en lui, comme il demeure en nous, dès maintenant et pour les siècles des siècles.
Le Christ au coeur de nos relations
13TOA
13° dimanche du Temps ordinaire - Année A
à l'occasion de la Fête de Saint-Pierre et des pécheurs
2 R 4,8-11.14-16a ; Ps 88(89) ; Rm 6,3b-4.8-11 ; Mt 10,37-42
Il semblerait que les textes que nous venons d’entendre nous enseignent l’importance de l’hospitalité. Comme la première lecture est choisie pour faire écho à l’évangile, l’accueil du prophète Elisée par la femme de Sunam, fait écho à la parole de Jésus : « celui qui accueille un prophète en sa qualité de prophète recevra une récompense de prophète ».
Il n’est sans doute pas inutile qu’on nous rappelle l’importance de l’hospitalité, tant à la veille des vacances et de la saison touristique, que dans une société qui se durcit et se fragmente, favorisant toute sorte de repli et de méfiance réciproque. Pourtant, il ne faut pas trop vite faire de la parole de Dieu un manifeste humanitaire ; ni faire dire à l’évangile ce qui nous donne bonne conscience, que ce soit pour imposer aux autres ce qui nous arrange, ou pour négliger d’un air condescendant ce qui nous dérange ! Dans les affirmations du Seigneur sur l’accueil, il est frappant que chaque fois, il est précisé : « en sa qualité » de prophète, d’homme juste ou de disciple. Le texte que nous avons entendu ne parle pas d’accueil inconditionnel, mais au contraire d’accueil qualifié. Il s’agit, d’être disponible à reconnaître la qualité de celui qui nous sollicite. C’était d’ailleurs la réflexion de la femme qui recevait Elisée : « je sais que c’est un saint homme de Dieu ».
Il nous est demandé donc de reconnaître et d’accueillir dans nos relations, le don que Dieu fait aux autres. Notre attachement au Seigneur ne peut pas être purement théorique ou intérieur. On ne peut pas prétendre écouter la parole de Dieu, si on n’accueille pas celui qui la transmet ; on ne peut pas prétendre avoir faim et soif de justice, si l’on n’accueille pas celui qui est attentif à être juste ; on ne peut pas prétendre aimer le Christ, si l’on n’accueille pas ses disciples. Le premier lieu où se manifeste le choix que nous faisons du Seigneur, c’est notre comportement et nos relations. On ne pourra jamais rencontrer le Christ si nous croyons être les seuls à le suivre.
Pourtant, si l’évangile nous invite à accueillir généreusement le don de Dieu à travers l’hospitalité, il y a peut-être aussi un autre enseignement. Si Jésus dit aux disciples « qui vous accueille m’accueille », ce n’est pas pour que nous exigions d’être accueillis ! N’oublions pas que chaque exemple se termine par une récompense en miroir : celui qui accueille un prophète reçoit une récompense de prophète ; celui qui accueille un homme juste reçoit une récompense d’homme juste … Peut-être que nous n’avons pas seulement à prendre la femme de Sunam comme modèle, mais aussi le prophète Elisée qui demande « que peut-on faire pour cette femme ? ». Jésus ne nous parle pas d’un privilège à revendiquer, mais d’une responsabilité à honorer. S’il faut reconnaître le don de Dieu chez celui qu’on accueille, il faut être source de bénédiction pour celui qui nous accueille. Après tout, saint Pierre et saint Paul que nous fêtons aujourd’hui sont plus connus pour ce qu’ils ont donné à ceux qui les ont accueillis que pour la délicatesse de leur hospitalité !
Et ce message est aussi pertinent, dans un monde qui parle plus de droits que de devoirs. Lorsque saint Paul parle du baptême aux Romains, il insiste sur les conséquences qui nous engagent : si nous avons été baptisés « c’est pour que nous menions une vie nouvelle comme le Christ » ; « pensez que vous êtes morts au péché, mais vivants pour Dieu en Jésus Christ ». Cette vie pour Dieu en Jésus Christ, cette vie nouvelle pour laquelle nous avons été baptisés, ce n’est pas une vie à sens unique, c’est une vie où les relations sont réciproques, une vie où l’on n’attend pas des autres ce qu’on leur refuse, une vie qui sait accueillir la générosité par la générosité, où le don appelle le don, où ce qui compte n’est pas tant ce que l’on reçoit que ce que l’on donne.
Sans doute les temps sont durs et les épreuves ne manquent à personne ; sans doute la prudence commande de ne pas être naïfs ; sans doute est-il important de ne pas se laisser faire ; la confiance se mérite et la bienveillance ne doit pas être aveugle. Pourtant le Christ nous a donné l’exemple que ce n’est pas en cherchant à gagner que l’on garde, mais en acceptant de perdre que l’on trouve. Car le mouvement dans lequel il nous a plongé au baptême, c’est le grand mouvement du don et du don de soi, le don de celui qui accueille et le don de celui qui est accueilli, c’est le mouvement de l’amour divin, le mouvement qui fait naître la vie éternelle par le sacrifice. Et ce mouvement nous le vivons en mettant le Christ au cœur de nos relations, en accueillant le don de Dieu dans celui que nous rencontrons ; en étant source de bénédiction pour ceux qui nous rencontrent.
Que la Vierge Marie, avocate des Toulonnais, nous aide à entendre cette parole et à la mettre en pratique. Porte du Ciel qu’elle ouvre nos yeux à la présence du Seigneur dans nos relations ; Mère du Bel Amour qu’elle ouvre nos cœurs au don de Dieu ; Secours des Chrétiens qu’elle fasse de nous une source de bénédictions là où nous sommes, pour que nous puissions demeurer dans le Christ, comme il demeure en nous, dès maintenant et pour les siècles des siècles.
vivre au rythme de Dieu
12TOA
12° Dimanche du Temps Ordinaire - Année A
en la fête des saints Gervais et Protais, patrons de Pontevès
Jr 20,10-13 ; Ps 68 (69) ; Rm 5,12-15 ; Mt 10, 26-33
« Rien n’est voilé qui ne sera dévoilé, rien n’est caché qui ne sera connu ». En entendant cette phrase de Jésus, je me suis fait la réflexion que l’histoire des saints Gervais et Protais en était une belle illustration. Si vous allez à Milan, prévoyez dans votre programme la visite de la basilique Saint-Ambroise. C’est l’une des plus anciennes églises de Milan, avec des parties du IVe siècle, splendides et émouvantes. Mais ce que j’ai trouvé le plus émouvant, c’est la crypte sous le maître autel, où reposent saint Ambroise, saint Gervais et saint Protais. On peut les voir, dans une chasse, revêtus de leur vêtements liturgiques, Ambroise comme évêque, Gervais et Protais comme diacres. Apparemment c’est une situation assez classique : ce ne sont pas les seuls saints que l’on peut voir dans une église. Ne serait-ce que sainte Roseline, chez nous, aux Arcs. Ce qui est étonnant, c’est que ces corps ont été redécouverts, tels que nous les voyons en 1871. Jusqu’à cette date, on ne savait pas où ils reposaient. Mais ce qui est encore plus étonnant, c’est que les trois saints qui reposent ensemble dans la même chasse, ont vécu à 300 ans d’écart, puisque Ambroise vivait au IVe siècle, Gervais et Protais au Ier siècle. Et c’est saint Ambroise qui, en 386, a découvert le corps des deux frères là où ils étaient ensevelis après leur martyr en 64. Ainsi, ceux qui étaient cachés pendant des siècles ont été connus ; et deux fois, ils ont été cachés, deux fois ils ont été dévoilés !
On vit dans une époque où souvent, la tentation est grande de vivre et d’agir à court terme. Les progrès techniques nous habituent à obtenir les choses rapidement et toute lenteur nous agace. Comme si toute décision devait avoir des conséquences immédiates pour qu’on puisse en profiter tout de suite. Mais la phrase de Jésus nous invite à voir plus loin. A ne pas mesurer l’efficacité ou la bonté d’une chose à ses premiers résultats. Nous sommes invités à vivre au rythme de Dieu. Ce qui est voilé sera dévoilé, ce qui est caché sera connu.
Une des façons de vivre au rythme de Dieu, c’est la manière dont nous affrontons les difficultés et les contrariétés. Dans la première lecture Jérémie témoignait de son espérance. Même si sur le moment il doit affronter les calomnies de la foule, il reste confiant dans le Seigneur : « Mes persécuteurs trébucheront, ils ne réussiront pas ». C’est bien à cette attitude que Jésus nous invite : faire confiance au Père qui prend soin de nous, plutôt qu’à ceux qui nous menacent. C’est aussi ce qu’ont vécu Gervais et Protais : ils sont restés fidèles au Christ face au général qui leur demandait de sacrifier aux idoles, et le Christ leur est resté fidèle devant le Père qui est aux cieux.
Ce n’est pas toujours facile de suivre l’évangile dans un monde qui l’ignore. Ce n’est pas toujours confortable d’affirmer la dignité de tout être humain, quand les médias ou les réseaux ne parlent que de considération ou d’utilité. Ce n’est pas toujours agréable de tenir les valeurs de l’amour que sont la gratuité et le dévouement quand on est entouré de partisans de la loi du plus fort ou la recherche du profit. Mais si nous vivons au rythme de Dieu, nous savons que la bonté et la générosité sont plus durables que la ruse ou l’avidité. Comme l’histoire de Gervais et Protais ne s’est pas arrêtée avec leur mort sous le règne de Néron, vivre au rythme du temps de Dieu nous apprend que notre histoire se dévoile devant la face du Père. Ce que nous disons, ce que nous faisons, qu’est-ce que cela deviendra dans l’éternité ? Si notre vie sur la terre ignore le Christ, comment voulons-nous que le Christ nous accueille dans le ciel ?
Saint Gervais et Saint Protais sont restés fidèles sur la terre à l’enseignement du Seigneur. On ne sait pas grand-chose de ce qu’ils ont fait et de ce qu’ils ont vécu. On sait seulement qu’ils sont restés attachés au Christ. Et depuis des siècles, comme en témoigne cette église, le Seigneur répand sa grâce à ceux qui se confient à leur prière. Demandons-leur de nous aider et de nous accompagner pour que nous puissions vivre au rythme du temps de Dieu, pour que nous restions confiants dans l’amour du Seigneur, qui dévoilera ce qui est voilé, qui fera connaître ce qui est caché.
Que la Vierge Marie nous aide à entendre cette parole et à la mettre en pratique. Porte du Ciel qu’elle nous rappelle que notre vie s’achèvera dans le cœur de Dieu. Secours des Chrétiens qu’elle fortifie notre espérance pour que nous puissions demeurer fidèles à l’évangile. Mère du Bel amour qu’elle nous encourage à témoigner de ce que le Christ nous a confié, pour que nous demeurions en lui comme il demeure en nous, dès maintenant et pour les siècles des siècles.
La première mission
11TOA
11° dimanche du temps ordinaire - Année A
Ex 19,2-6a ; Ps 99 ; Rm 5,6-11 ; Mt 9,36-10,8
On peut être surpris par les consignes que Jésus donne à ses disciples : « n’allez pas vers les païens ou les samaritains, allez d’abord vers les brebis perdues de la maison d’Israël ». En matière de mission, on est habitué à un envoi plus général, comme celui d’après la Résurrection : « allez dans toutes les nations et jusqu’aux extrémités de la terre ». Pourquoi limiter l’annonce de l’évangile et la proclamation du royaume de Dieu ?
Bien sûr, on peut comprendre que le texte que nous avons entendu se situe plutôt au début de l’évangile, et qu’il y a une progression. Faut-il alors écouter ce passage d’une oreille distraite, en se disant que c’est dépassé, qu’on a désormais une mission beaucoup plus large, et que finalement ça ne nous concerne pas vraiment ? Comme vous le savez, c’est souvent injuste et généralement périlleux de penser qu’un passage de l’évangile ne nous concerne pas ! Au contraire, il me semble que ce texte nous rappelle quelque chose de très précieux et de facilement oublié : la mission commence autour de nous. On peut dire qu’il y a deux missions : la première vers les brebis perdues du peuple de Dieu, la deuxième vers les nations qui ne le connaissent pas. Et il serait imprudent de croire que la deuxième nous dispense de la première : on connait parfois des gens dévoués à ceux qu’ils ne connaissent pas, mais pénibles à ceux qui les entourent … et à juste titre cela nous semble incohérent. Alors, évitons ce piège et méditons sur la première mission, celle dont parle l’évangile de ce jour.
La première lecture rappelait l’alliance du temps de Moïse, avec cette promesse : « si vous écoutez ma voix et gardez mon alliance, vous serez pour moi un royaume de prêtres, une nation sainte ». La première étape de la mission, c’est donc précisément de réveiller la fidélité de ceux que Dieu a choisis. Et si l’on veut être honnête, la première brebis à qui nous pouvons éviter d’être perdue, c’est nous ! « L’Église commence par s’évangéliser elle-même » disait saint Paul VI. Ainsi la mission commence par la conversion du cœur. La première étape de la mission est une étape d’humilité : reconnaître ce que nous devons au Seigneur, « vous avez reçu gratuitement » disait Jésus à ses disciples. Nous n’avons pas à nous enorgueillir de ce que nous sommes, de ce que nous avons ou de ce que nous faisons. « Mettons notre fierté en Dieu » rappelait saint Paul aux Romains.
Ensuite la mission continue par la proclamation de la proximité du Royaume. Dans le Sinaï la promesse demandait que le peuple écoute la voix du Seigneur. Il y a donc une dimension de parole, qui doit faire retentir la Parole de Dieu. Comment parlons-nous à nos proches du Seigneur ? de la foi ? Est-ce que nous osons rappeler l’évangile à ceux qui l’oublient ? Est-ce que nous savons expliquer ce que nous avons compris du mystère de Dieu à ceux qui nous entourent ? La mission vers nos proches, notre famille ou nos amis, passe souvent par des discussions, au détour d’une conversation nous pouvons redire un certain nombre de choses. Même si cela ne plaît pas, même si ça dérange un peu. Non pas pour se brouiller, mais pour témoigner. A la manière de sainte Bernadette disant à son curé : « je suis chargé de vous le dire, pas de vous le faire croire ».
Évidemment, la mission et le témoignage ne peuvent pas se contenter de paroles. Ce que Jésus demande aux disciples, ce sont aussi des actions qui témoignent et rendent crédible la miséricorde de Dieu. « Donnez gratuitement ». On ne rassemble pas en hurlant, mais en prenant soin. Comment nos actions, notre manière d’être et de réagir auprès de nos proches manifestent aussi qu’ils sont importants, pour Dieu comme pour nous ? Avons-nous le souci d’être délicats et attentifs, d’aider et de secourir ? Quelle place a le pardon dans nos relations ? Est-ce que nous pensons à bénir ceux qui nous entourent ? A prier pour eux, et peut-être aussi avec eux ?
La parole de Dieu nous rappelle que nous sommes envoyés pour participer à la miséricorde de Dieu. C’est d’abord notre cœur qui doit être accueillant à cette miséricorde en mettant notre fierté en Dieu, en reconnaissant que nous avons reçu gratuitement. C’est aussi dans nos conversations ordinaires que nous pouvons faire retentir la voix du Seigneur en témoignant que le royaume des Cieux est tout proche. C’est encore dans notre comportement et nos actions quotidiennes que nous pouvons donner gratuitement à ceux qui autour de nous sont désemparés et abattus.
Que la Vierge Marie, Avocate des Toulonnais, nous aide à entendre cette parole et à la mettre en pratique. Etoile du matin, qu’elle tourne nos cœurs vers le cœur de Dieu. Arche de la Nouvelle Alliance qu’elle ouvre nos oreilles à la Parole pour que nous puissions la faire retentir là où nous sommes. Mère du Bel amour qu’elle ouvre nos mains à la générosité de Dieu pour que nous puissions rejoindre ceux que le Seigneur nous a confiés et demeurer en lui comme il demeure en nous, dès maintenant et pour les siècles des siècles.
De la présence du mystère au mystère de la présence
TOCSXA
Le Saint-Sacrement du Corps et du Sang du Christ - Année A
Dt 8, 2-3.14b-16a ; Ps 147 ; 1 Co 10,16-17 ; Jn 6,51-58
Comme prévu, après la Sainte Trinité qui nous révèle l’Amour qui est Dieu ; ce dimanche c’est le Saint Sacrement qui manifeste l’Amour de Dieu pour nous. Les textes que nous avons entendus nous aident à saisir comment l’Eucharistie nous permet de saisir la présence du mystère.
D’abord le souvenir de la manne dans le désert, nourriture providentielle qui annonce le vrai pain venu du ciel rappelait que l’Eucharistie est signe d’un autre monde qui nous accompagne. Que Dieu nourrisse son peuple et prenne soin de lui c’est le mystère de la Providence. Ensuite nous avons entendu l’enseignement de saint Paul aux Corinthiens qui affirmait : « nous qui avons part au même pain, sommes rassemblés dans un même corps ». L’Eucharistie est donc le signe de cette communion qui nous unit au Christ et entre nous. Cette communion, c’est le mystère de l’Église. L’Eucharistie fait l’Église comme l’Église fait l’Eucharistie. Enfin les paroles de Jésus révèlent le sens ultime de l’Eucharistie : elle nous ouvre à la vie éternelle. Saint Irénée disait que l’Eucharistie sème en nous les germes de l’éternité. L’Eucharistie rend donc présent, non seulement le mystère de la Providence et le mystère de l’Église, mais aussi le mystère du salut.
L’Eucharistie est présence du mystère, et c’est pourquoi on l’appelle le Saint Sacrement, c’est-à-dire le sacrement par excellence … car sacrement et mystère sont le même mot : l’un traduisant en latin ce que l’autre dit en grec. Mais au-delà de la présence du mystère, l’Eucharistie est aussi mystère de la présence de Dieu.
Dans le Deutéronome, Moïse expliquait que la manne est la nourriture dépouillement. En permettant que le peuple soit privé de tout, Dieu lui donne une chance de s’attacher à l’essentiel. Trop souvent nous sommes distraits par l’abondance, aussi une certaine pauvreté nous aide à nous recentrer sur la présence humble et discrète qui se présente sans s’imposer. Dieu est présent comme le murmure d’une brise légère, mais quand souffle mistral, qui se soucie de la brise de mer ? Le mystère de la Providence nous invite à reconnaître une présence à découvrir. Ensuite saint Paul parlait de l’Église comme du corps : le corps se forme en recevant le corps. Alors que la nourriture matérielle se transforme, la nourriture spirituelle transforme celui qui la reçoit. « Devenez ce que vous recevez » dira saint Augustin. Le mystère de l’Église nous invite à reconnaître une présence qui transforme. Enfin les paroles de Jésus dévoilent le mouvement qui permet le grand mystère : c’est le sacrifice, le don de soi. Le Corps et le Sang du Christ ne sont pas à prendre mais à recevoir. Le mystère du Salut nous invite à reconnaître une présence qui se donne.
Passer de la présence du mystère au mystère de la présence, c’est accepter de s’impliquer. L’Église peut tout faire pour soigner la présence du mystère, c’est à chacun de nous de goûter le mystère de la présence. Si la liturgie ouvre au mystère, c’est à chacun de nous d’entrer dans le silence intérieur pour entendre la présence du Seigneur qui se découvre : personne ne peut se taire à notre place pour entendre le murmure de Dieu. De la même manière, on peut manifester la communion en multipliant les éléments de convivialité pour que l’assemblée soit un moment chaleureux, mais l’Église n’est pas une tour de Babel que l’homme construit, elle est un mystère qui se déploie dans la mesure où on laisse la présence de Dieu transformer nos cœurs. Personne ne peut, à notre place, consentir à l’action de Dieu dans notre vie. Et encore, le prêtre peut multiplier les enseignements sur la vie éternelle et les allusions aux fins dernières pour que l’on prenne conscience du mystère du Salut, mais reconnaître la présence du Seigneur dans le pain et le vin consacrés, personne ne peut le faire à notre place. Le prêtre ne peut que présenter le corps du Christ, c’est à chacun de le recevoir dans la foi, en répondant « Amen » et en recevant l’hostie avec le respect que mérite la présence de Dieu.
La fête d’aujourd’hui nous invite à réveiller en nous le sens du Saint Sacrement. Il est important de signifier la présence du mystère de la providence, de l’Église et du salut, mais il est surtout essentiel d’être attentif au mystère d’une présence à découvrir, qui transforme et qui se donne.
Que la Vierge Marie, Avocate des Toulonnais, nous aide à entendre cette parole et à la mettre en pratique. Porte du Ciel, qu’elle nous éveille au mystère de la providence pour que nous soyons fortifiés dans la Foi qui écoute la présence qui se découvre dans la simplicité. Reine des Saints, qu’elle nous apprenne à percevoir le mystère de l’Église pour que nous soyons affermis dans l’Espérance qui attend la présence qui nous transforme. Mère du Bel Amour, qu’elle nous entraîne dans le mystère du salut pour que nous grandissions dans la Charité qui accueille la présence qui se livre, et qu’ainsi nous demeurions en Dieu comme il demeure en nous, dès maintenant et pour les siècles des siècles.