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28 mars 2021 7 28 /03 /mars /2021 13:36

RAB

Dimanche des Rameaux et de la Passion - Année B

Is 50, 4-7 ; Ps 21 (22) ; Ph 2, 6-11 ; Mc 14, 1-15, 47

Le long récit de la Passion du Seigneur que nous venons d’entendre nous plonge dans le mystère que nous allons célébrer tout au long de cette semaine. C’est le moment de nous souvenir de tout ce que Jésus a enduré pendant ces jours.

D’abord, il a dû souffrir du mépris, à Béthanie, lorsqu’il entend les indignations de ceux qui ne le jugent pas digne de recevoir l’hommage de cette femme qui verse sur lui le parfum de grande valeur. Il a souffert aussi la solitude à Gethsémani quand ses disciples les plus proches n’ont pas la force de l’accompagner dans la prière au moment même où il commence à ressentir frayeur et angoisse puis quand, l’abandonnant, ils s’enfuient tous. Il doit encore souffrir de la trahison de Judas, l’un des Douze, qu’il avait choisi et avec qui il avait partagé tant de moments pendant les trois années de sa prédication. Jésus souffre encore de la mauvaise foi, dans le palais du grand prêtre quand s’accumulent les faux témoignages et l’indignation du pontife. Il doit souffrir le rejet de la foule qui lui préfère un meurtrier lorsque Pilate demande de choisir celui qui bénéficierait de la grâce à l’occasion de la fête. Jésus souffre encore la moquerie et les outrages des soldats ou des passants alors qu’il est sur la croix. Enfin, on n’oublie pas la douleur physique d’un fardeau trop lourd à porter, et celle indicible du supplice infamant de la crucifixion. Ainsi le Seigneur a-t-il supporté toute sorte de souffrances : le mépris, la solitude, la trahison, la mauvaise foi, le rejet, les moqueries et jusqu’à la douleur et la mort.

Et pourtant comme une lueur annonçant l’aurore, retentit en guise de conclusion de cette triste litanie, la remarque du centurion : « vraiment, cet homme était Fils de Dieu ». Par ses souffrances le Seigneur nous rejoint, et ce qu’il subit révèle ce qu’il donne. Alors on comprend qu’au mépris Dieu oppose son amour qui nous dit la valeur que nous avons à ses yeux ; à la solitude répond la présence, à la trahison la fidélité, à la mauvaise foi la splendeur de la vérité. Si le monde nous rejette, l’évangile rappelle que nous sommes choisis et que Dieu compte sur chacun de nous ; les faiblesses qui provoquent les moqueries suscitent la miséricorde qui ne brise pas le roseau froissé, qui n’éteint pas la mèche qui fume ; et surtout à toute souffrance et toute douleur, à toute peine de toute sorte le Christ ouvre par sa résurrection la vie éternelle.

Nous entrons aujourd’hui dans cette histoire, pour parcourir, avec Jésus un chemin. La foi n’est pas l’émotion d’un moment ou l’illusion d’une idée, elle est une aventure où chaque difficulté de la vie nous replace aux côtés du Seigneur, pour que nous puissions poursuivre avec lui jusqu’au bout et resplendir avec lui de la lumière de Pâques.

Que la Vierge Marie, Avocate des Toulonnais, nous accompagne tout au long de cette semaine sainte. Consolatrice des affligés, qu’elle nous soutienne dans les épreuves pour que nous y trouvions l’occasion de nous rapprocher du Christ. Refuge des pécheurs, qu’elle révèle à nos cœurs la miséricorde de celui qui est avec ceux qui souffrent et non pas de ceux qui font souffrir. Etoile du matin, qu’elle nous entraîne dans la fidélité et la persévérance qui conduisent jusqu’à la gloire de Dieu, dès maintenant et pour les siècles des siècles.

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21 mars 2021 7 21 /03 /mars /2021 14:12

5CAB

5° Dimanche de Carême - Année B

Jr 31,31-34 ; Ps 50 ; He 5,7-9 ; Jn 12,20-23

Maintenant que nous sommes bien avancés dans le Carême, les textes de la liturgie de la Parole se font plus denses … et peut-être aussi plus rudes ! Il y a tellement de choses dans l’évangile que nous venons d’entendre que l’on serait facilement tentés de n’en prendre qu’une partie, ou de pratiquer des méthodes savantes d’analyse pour le diviser en plusieurs enseignements selon ce qui nous parait cohérent. Un peu comme si l’on choisissait d’admirer un collier en regardant les perles les unes après les autres. Pourtant il serait dommage de renoncer à profiter de l’ensemble : l’intérêt d’un escalier n’est-il pas supérieur au simple enchaînement des marches ? Engageons-nous donc dans la traversée de ce texte pour voir où et comment il nous conduit.

D’abord il y a l’épisode des Grecs, c’est-à-dire des juifs de la diaspora qui venaient se ressourcer à Jérusalem à l’occasion de la Pâque. Leur demande paraît sympathique : « nous voulons voir Jésus ». N’est-ce pas un désir honorable ? Pourtant on comprend vite qu’il y a quelque chose qui ne va pas : ils demandent à Philippe, qui demande à André, qui le dit à Jésus … qui ignore complétement et parle de tout autre chose ! Comme si cette cascade d’intermédiaires digne de la meilleure administration restait vaine. De multiples épisodes de l’évangile montrent bien que Jésus n’était pas inaccessible. Il n’y avait pas besoin d’être recommandé pour le rencontrer. C’est la première marche de cet escalier : la simplicité. Le Seigneur ne se donne pas dans la complexité du monde, mais dans la simplicité de sa présence. C’est un mouvement qu’annonçait Jérémie dans la première lecture : la nouvelle alliance sera plus simple, la loi sera inscrite dans les cœurs, il n’y aura plus besoin de rechercher des maîtres. Dieu se rend accessible dans la miséricorde.

Ensuite il y a l’enseignement du grain de blé. Manifestement, celui-ci est destiné à ceux qui veulent être proches de Jésus et il les invite à suivre la dynamique qui se déploie dans le mystère de Pâques : celle du don et de la générosité. C’est en perdant qu’on gagne, c’est en mourant qu’on vit en plénitude. Cela peut paraître paradoxal, bien différent de la logique du monde qui est une logique de possession et d’accumulation. Et pourtant c’est la logique de Dieu parce que c’est la logique de l’amour. C’est la deuxième marche que nous sommes invités à franchir : celle du détachement généreux, celle que Jésus lui-même franchit. Comme le dit l’auteur de la lettre aux Hébreux : « il apprit par ses souffrances l’obéissance ». Ce n’est donc pas la marche la plus tranquille, et les contrariétés de la vie pourraient facilement nous en détourner, alors qu’elles sont autant d’occasions de la gravir.

Enfin, il y a la prière de Jésus, bouleversant dialogue avec le Père qui manifeste le dramatique écart entre la gloire de Dieu et la puissance du monde. Alors que la voix se fait entendre pour la foule, celle-ci s’empresse de la cataloguer dans des explications rassurantes : « c’est un coup de tonnerre », « c’est un ange qui lui parle ». Une explication scientifique, une explication mystique, mais aucune ne correspond à ce qui se passe. Triste occasion manquée, mais surtout révélation de la troisième marche qui nous élève jusqu’au mystère : celle de la foi. Car il s’agit bien de faire confiance au Seigneur, de le choisir en rejetant le prince de ce monde et en se laissant attirer par Celui qui a été élevé de terre. Il ne s’agit plus d’expliquer mais d’écouter, il ne s’agit plus de regarder mais de suivre, il ne s’agit plus d’admirer mais de participer.

Au seuil de la Passion du Seigneur, nous voilà inviter à gravir l’escalier qui nous dispose au Salut par la simplicité, le détachement généreux et la foi. Le carême nous y prépare et nous y entraîne : par le jeûne et les privations nous revenons à l’essentiel ; par l’aumône et le partage nous ouvrons nos cœurs et nos mains ; dans la prière persévérante la contemplation nourrit notre confiance. Ne relâchons pas nos efforts, mais engageons-nous résolument à la suite du Christ, pour l’accompagner et le servir, en nous laissant attirer par lui.

Que la Vierge Marie, Avocate des Toulonnais, nous aide à entendre cette parole et à la mettre en pratique. Porte du Ciel qu’elle nous rende disponibles à sa présence ; Mère du Bel amour qu’elle fasse battre nos cœurs au rythme de son cœur ; Etoile du matin qu’elle soutienne notre espérance pour que nous demeurions en Dieu comme il demeure en nous, dès maintenant et pour les siècles des siècles.

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14 mars 2021 7 14 /03 /mars /2021 14:19

4CAB

4° dimanche de Carême - année B

2 Ch 36,14-16.19-23 ; Ps 136 ; Ep 2,4-10 ; Jn 3,14-21

Il y a dans les textes que nous venons d’entendre une belle unité thématique, puisque chacun à sa manière évoque la question du salut. Rien de très étonnant, me direz-vous, à ce que dans notre marche vers Pâques nous soyons invités à tourner nos regards vers le cœur du mystère.

La première lecture évoque l’Exil, un événement très marquant dans l’histoire du peuple de Dieu : comment se fait-il que le Temple ait été détruit, que la Terre Promise ait été enlevée ? Que valent les promesses du Seigneur si elles ne durent que 600 ans ? La réponse à ce traumatisme théologique, c’est que l’Exil est la conséquence du péché du peuple. Malgré les avertissement multiples et répétés, Dieu n’a pas eu d’autres moyens que la manière forte pour faire cesser les turpitudes de son peuple. Pourtant celui-ci sera restauré dans le don de Dieu par l’action d’un prince païen, le roi perse Cyrus qui permet le retour à Jérusalem. C’est la première leçon sur le salut : il ne vient pas de nous mais d’un autre … entre parenthèse en français, « se sauver » signifie prendre la fuite et non pas triompher.

Ensuite, dans la deuxième lecture, saint Paul rappelait la gratuité du salut. Dieu ne nous sauve pas à cause de nos actes, mais parce qu’il nous aime. La contemplation du salut ne doit pas nous conduire à l’autosatisfaction mais à la reconnaissance de la miséricorde. Quand les chrétiens affirment qu’ils sont sauvés, ça ne signifie pas qu’ils sont meilleurs que les autres, mais que Dieu est infiniment bon. On ne se sauve pas, on ne gagne pas notre salut ; on le reçoit sans que nous l’ayons mérité. Nous voilà prévenus contre une tentation récurrente de la vie spirituelle qui consiste à croire que Dieu nous doit ce qu’en vérité il nous donne.

Mais il pourrait y avoir une autre tentation, inverse, celle de penser que nous serons sauvés quoiqu’il arrive et quoique nous fassions. « On ira tous au paradis » chantait-on il y a quelques années … c’est à souhaiter, mais ça n’est pas automatique ! Car il faut entendre aussi les paroles du Seigneur dans l’évangile. Si Jésus rappelle cette volonté universelle de salut, il rappelle aussi que certains en profitent et que d’autres refusent. Le bras qui nous sauve n’est pas une griffe qui nous attrape mais une main qui se tend ; la lumière de Pâques n’est pas un projecteur qui vient nous débusquer, mais un soleil qu’on reste libre de rejoindre. Certes, nous n’avons pas mérité d’être sauvés, mais ça ne veut pas dire que ça ne dépende pas de nous.

Alors, que devons-nous faire ? Comment accueillir le salut ? Par la foi, répond Jésus. Celui qui croit échappe au Jugement – c’est-à-dire à la condamnation. Il s’agit de croire au nom du Fils unique de Dieu. Reconnaître dans le Fils de l’homme élevé sur la croix comme le serpent de bronze dans le désert, le Fils unique de Dieu venu pour que nous ayons la vie éternelle. Croire au Christ, c’est tourner nos regards vers celui qui vient pour nous sauver plutôt que de compter sur soi-même ; croire au Christ, c’est découvrir l’immensité de l’amour qui a pris sur lui le poids de nos misères et de nos péchés ; croire au Christ, c’est toujours possible, mais personne ne peut le faire à notre place, et ça nous engage pour que la foi ne soit pas une idée dans notre tête, mais une confiance qui transforme notre vie.

Au milieu du carême, le rappel de la nature du salut est bienvenu. Non seulement pour se souvenir de ce vers quoi nous marchons, mais aussi pour ne pas oublier la manière de le rejoindre. C’est par la foi que nous recevons le salut, aussi les privations du jeûne permettent de nous décentrer pour attendre le don de Dieu au lieu de chercher à nous assurer d’un bonheur illusoire fait de confort et de sécurité matérielle. C’est par la foi que nous consentons au salut, et la prière nous permet de contempler le cœur de Dieu, de plonger dans la richesse de sa miséricorde. C’est par la foi que nous déployons le salut, et nos partages sont une manière de saisir la main que le Seigneur nous tend pour nous laisser entraîner dans l’amour qui donne et se donne.

Que la Vierge Marie, Avocate des Toulonnais, nous aide à entendre cette parole et à la mettre en pratique. Etoile du matin qu’elle tourne nos regards vers celui qui nous sauve pour creuser en nous le désir de Dieu. Refuge des pécheurs qu’elle renforce notre confiance dans la miséricorde qui nous appelle à la vie éternelle. Mère du Bel amour, qu’elle nous apprenne à rester disponibles au souffle de l’Esprit pour que nous puissions resplendir de la lumière de Pâques et demeurer en Dieu comme il demeure nous dès maintenant et pour les siècles des siècles.

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7 mars 2021 7 07 /03 /mars /2021 14:38

3CAB

aujourd'hui, pas de prédication … on en profite pour fouiller dans les cartons et retrouver les archives. Après tout la Parole de Dieu est la même aujourd'hui qu'il y a 15 ans ! 

3eme dimanche de Carême - année B

 

Ex 20, 1-17 ; Ps 18 ; 1 Co 1,22-25 ; Jn 2,13-25

Dans notre chemin de Carême – et nous sommes maintenant pratiquement à la moitié de celui-ci – l’évangile nous montre Jésus en train de chasser les marchands du Temple. C’est un passage assez connu (sans doute parce qu’il est atypique : on n’a pas beaucoup l’habitude de voir Jésus se mettre en colère ! )

Essayons de comprendre le message de ce texte. Le temple c’est la maison de Dieu, c’est le lieu où l’on peut rencontrer le Seigneur. Or il se trouve que les marchands s’étaient installés là pour faciliter la rencontre, puisqu’on trouvait de quoi acheter tout ce qu’il faut pour faire les sacrifices (les animaux, mais aussi les pièces spéciales qui avaient cours seulement dans le Temple). Au départ il s’agit d’un service, mais voilà que ce service s’est transformé en trafic, ce qui était initialement rencontre avec Dieu est devenu le lieu de discussion, d’échanges entre les hommes.

Aujourd’hui, nous savons que nous pouvons rencontrer Dieu ailleurs qu’au Temple de Jérusalem. Notre Temple, c’est le Corps du Christ ressuscité, ce corps du Christ que nous recevons lorsque nous communion, ce corps du Christ qui est présent quand deux ou trois sont réunis en son nom … Mais nous continuons de lire ce texte parce qu’il nous prévient le danger qui nous guette de nous laisser à nouveau envahir par les marchands. Rappelez-vous ce que dit la fin de l’Evangile : beaucoup crurent en Jésus, mais lui n’avait pas confiance en eux, parce qu’il connaît le cœur de l’homme. Alors, est-ce que Jésus peut nous faire confiance ? Examinons les différents lieux où nous rencontrons Dieu et vérifions que nous ne les avons pas transformés en lieu de trafic.

Le premier lieu où nous rencontrons Dieu, c’est la prière. La prière que nous faisons, seul dans notre chambre, dans le secret de notre cœur, ou bien la prière que nous faisons ensemble à l’Eglise par exemple. Si nous n’y faisons pas attention, cette prière peut devenir un lieu de trafic. Quand nous prions seulement pour demander quelque chose et jamais pour remercier, notre prière n’est pas un acte d’amour, mais un acte de commerce, presque de chantage : je vais dire tant de Notre Père et tu me donneras tel ou tel résultat ! Comme si nous achetions à Dieu le cadeau qu’il veut nous faire, ou plutôt celui que nous voudrions avoir. L’un des signes que notre prière est encombrée par les marchands, c’est que nous parlons plus que nous n’écoutons. Alors nous sommes invités à faire un effort de prière.

Le deuxième lieu où nous rencontrons Dieu, c’est le cœur de notre cœur, c’est nous-mêmes, notre intelligence et notre esprit. Dans une de ses lettres Saint Paul nous dit : « ne savez-vous pas que vous êtes le Temple de l’Esprit ? » Mais là aussi nous pouvons être encombrés par un tas de marchands, par plein de trafics ! Le signe que nous sommes encombrés et que nous ne rencontrons plus Dieu en nous, c’est que nous devenons esclaves de nos passions, de nos besoins. Nous ne nous appartenons plus : c’est la nourriture, ou la télé, ou les jeux, ou les habits, ou le tabac qui commandent … Voilà pourquoi, nous sommes invités à chasser les marchands du cœur de notre cœur par un effort de jeûne et d’abstinence, de sobriété dans nos vies.

Le troisième lieu où nous rencontrons Dieu, ce sont les autres. « Ce que vous faites au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous le faites » dit Jésus. Mais là aussi nous pouvons laisser envahir ce Temple par les trafics. C’est ce qui arrive chaque fois que nous utilisons les autres à notre service, sans les respecter, comme si ce n’était que des objets un peu plus sophistiqués. Le signe que les marchands ont envahi le temple que sont les autres, c’est que nous préférons recevoir ou prendre, plutôt que donner et servir. Voilà pourquoi, pendant le temps du carême nous sommes invités à chasser ces marchands par un effort de partage.

Par la prière, par les privations, par le partage, nous sommes invités à chasser les marchands du temple dans nos vies, nous sommes invités à refaire le geste de Jésus, non pas physiquement avec des cordes, mais spirituellement. Que l’Esprit Saint qui a guidé Jésus et qui nous a été donné lors de notre baptême nous aide à nous purifier de nos trafics, pour que nous puissions vraiment rencontrer Dieu … même si cela apparaît parfois comme folie ou comme faiblesse, mais en vérité il s’agit de se laisser guider par la puissance de Dieu et par la sagesse de Dieu, car « la folie de Dieu est plus sage que l’homme et la faiblesse de Dieu est plus forte que l’homme ».

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28 février 2021 7 28 /02 /février /2021 10:10

2CAB

2° Dimanche de Carême - année B

Gn 22,1-18 ; Rm 8,31b-34 ; Mc 9,2-10

Le récit de la Transfiguration est l’évangile du deuxième dimanche de carême. Que ce soit chez Matthieu, Marc ou Luc, nous l’entendons tous les ans … et peut-être avons-nous l’impression de le connaître par cœur. Jésus sur la montagne, entouré de Moïse et d’Elie –représentant la Loi et les Prophètes – de l’autre côté, Pierre, Jacques et Jean qui sont un peu dépassés par les événements.

Cette Transfiguration annonce la Résurrection, elle est donnée comme du pain pour la route. Juste après que Jésus ait annoncé à ses disciples qu’il fallait que « le Fils de l’homme souffre qu’il soit rejeté par les anciens, qu’il soit tué et que le troisième jour il ressuscite ». La Transfiguration constitue pour les disciples comme un avant-goût de la gloire vers laquelle conduit un chemin difficile qui passe par la souffrance. C’est sans doute aussi pour ça que la scène nous est rappelée au début du carême : pour nous rappeler ce vers quoi nous marchons.

Or la Transfiguration est l’un des deux moments de l’évangile où se manifeste la voix du Père, l’autre moment étant le baptême du Seigneur dans le Jourdain. Risquons une comparaison des deux récits pour mieux comprendre le chemin qui va du baptême jusqu’à la gloire, puisque c’est en quelque sorte la thématique du carême.

Il y a une première différence : le mouvement de l’événement. Le baptême a lieu dans l’eau du Jourdain, donc en bas, tandis que la transfiguration a lieu au sommet d’une montagne, donc en haut. Le baptême nous révèle que Dieu s’est abaissé jusqu’à nous, jusqu’au plus humble d’entre nous. Mais, si Dieu s’est fait homme, c’est pour que l’homme devienne Dieu. Si Jésus est descendu dans les eaux du Jourdain, c’est pour nous conduire au sommet de la montagne, cette montagne qui est le lieu où l’homme rencontre Dieu. Dans la tradition d’ailleurs, Moïse et Elie ont rencontré Dieu au sommet de la même montagne : l’Horeb. C’est là que Dieu a donné la loi, c’est là qu’il est apparu dans le murmure d’une brise légère.

Une deuxième différence c’est l’assistance. Le baptême se fait au milieu de la foule, avec tous ceux qui venaient voir Jean, mais il n’y a aucun témoin : l’évangéliste ne cite aucun nom ! Tandis que la transfiguration a lieu dans le désert, dans la solitude, loin de la foule, mais avec trois témoins bien connus de tous : Pierre, Jacques et Jean. Si Dieu nous rejoint dans l’anonymat de la foule, il nous invite à le rencontrer dans l’intimité, dans une certaine solitude où chacun de nous est important, où nous sommes appelés par notre nom, où le regard de Dieu qui se pose sur nous nous fait comprendre que nous sommes uniques à ses yeux, que c’est bien à nous personnellement qu’il s’adresse.

Enfin les paroles qui viennent d’en-haut sont aussi différentes. Au baptême la voix s’adresse à Jésus « Tu es mon fils bien aimé, en qui j’ai mis tout mon amour » tandis qu’à la transfiguration, la voix s’adresse à nous « Voici mon fils bien aimé, écoutez-le ». Si en lisant le récit du baptême nous sommes spectateurs, en lisant le récit de la transfiguration nous voilà devenus acteurs, interlocuteurs de Dieu.

Alors, en ce temps de carême, nous sommes invités à vivre cette expérience de la transfiguration. Non pas en ayant une hallucination ou je ne sais quelle vision mystique, mais en accomplissant dans notre vie ce mouvement qui a conduit Pierre, Jacques et Jean sur la haute montagne.

Monter un sommet est toujours une expérience d’effort et d’ascèse. Il ne s’agit pas tellement de se dépouiller, mais plutôt de se purifier. Par le jeûne et l’abstinence, par une certaine sobriété dans notre vie, nous sommes invités à aller à l’essentiel, non pas en abandonnant, mais en nous dépassant, en allant plus haut, plus loin. Un peu comme Abraham, qui croyait être en train de perdre son fils, alors qu’il recevait toutes bénédictions.

Il nous faut vivre cette expérience dans une relation vraiment humaine. Sortir de la foule, pour nous retrouver dans l’intimité, là où l’on peut nommer ceux qui nous accompagnent. Et c’est le sens du partage que de regarder l’autre, celui qui est dans le besoin, avec le regard de Dieu, en faisant attention à lui. Il ne s’agit pas de laisser tomber une pièce n’importe où à n’importe qui, Le partage du carême n’est pas une aumône anonyme, il est l’avant-goût de la communion des saints.

Enfin ce temps est l’occasion d’entendre à nouveau la Parole de Dieu, d’écouter le Fils bien aimé. Car la prière n’est pas tellement le moment où l’on parle, que le moment où l’on écoute. Il ne s’agit pas du bureau des réclamations, mais de se remettre face au Seigneur, pour un dialogue, un cœur à cœur où nous savons que nous avons tout à apprendre de Dieu, et que pour cela il faut commencer par l’écouter.

Comme pour les apôtres, la Transfiguration nous indique le but de notre marche : nous sommes invités à habiter avec Dieu, mais il est encore trop tôt pour dresser la tente.  Il nous faut par le jeûne, le partage et la prière, gravir le chemin des jours, faire un effort pour nous attacher aux choses d’en haut, faire un effort dans nos relations les uns avec les autres, faire un effort pour écouter la Parole de Dieu.

Que la Vierge Marie, Avocate des Toulonnais nous aide à entendre cette parole et à la mettre en pratique. Porte du Ciel qu’elle nous montre quels abaissements nous élèveront jusqu’à la présence de Dieu ; Mère admirable qu’elle nous apprenne à partager la sollicitude du Seigneur ; Arche de la Nouvelle Alliance qu’elle nous rende disponibles à l’Évangile, pour que nous puissions demeurer en Dieu comme il demeure en nous, dès maintenant et pour les siècles des siècles.

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21 février 2021 7 21 /02 /février /2021 14:15

1CAB

1° dimanche de Carême - année B

Gn 9,8-15 ; Ps 24(25) ; 1 P 3,18-22 ; Mc 1, 12-25

Le premier dimanche de carême nous rappelle toujours les tentations de Jésus au désert. Selon les années le texte est pris chez l’un ou l’autre des évangélistes, et cette année, il s’agit du récit qu’en rapporte saint Marc. A vrai dire, récit est un bien grand mot, car il s’agit plutôt d’une allusion. Trois mots : « tenté par Satan ». Ceux qui ont eu une petite distraction ne les auront même pas remarqués ! On pourrait facilement penser que, pour éviter d’avoir un texte ridiculement bref, on a choisi de prolonger un peu la lecture de l’évangile par le début de la prédication du Seigneur. Pourtant ce serait oublier que le message de Jésus donne le ton du carême : « convertissez-vous et croyez à l’Évangile ». N’est-ce pas l’invitation qui nous a été faite mercredi dernier au moment de l’imposition des cendres ? Plutôt que de méditer en spectateur les aventures du Seigneur, laissons résonner sa parole puisqu’elle nous est répétée de manière insistante cette année.

Ces quarante jours sont donc un temps où nous sommes invités à « croire à l’Évangile », mais pour cela, il faut se convertir, c’est-à-dire changer, se retourner, se transformer. Il ne s’agit pas simplement d’adopter une idée mais de manifester une confiance : ça ne se passe pas dans notre tête mais dans notre vie.

Jésus donne le motif de cette invitation : « les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche ». On pourrait traduire aussi : « le règne de Dieu s’est approché ». La première chose que nous devons croire, c’est donc que Dieu est à portée de main. Or bien souvent, nous pensons le contraire. Dans le meilleur des cas, nous savons que la mort est le moment de la rencontre avec Dieu, mais pour être honnête, nous préférons que cela arrive le plus tard possible. La bonne nouvelle, c’est que nous n’avons pas besoin d’attendre la fin de notre vie pour rencontrer le Seigneur. Et cela change tout ! En particulier notre prière. Nous concevons souvent la prière comme un message que l’on adresse à Dieu, en espérant qu’il n’y aura pas trop d’obstacles administratifs célestes. Pourtant le carême est le temps où nous pouvons découvrir que la prière est d’abord une présence à la Présence de Dieu, un moment de proximité avec lui pour demeurer en sa présence. Si nous croyons à l’Évangile, nous ne pouvons pas prier comme les païens. Et c’est la première transformation du carême : faire de notre prière une occasion de rejoindre le Seigneur qui s’est approché de nous ; dans un dialogue et un cœur à cœur qui nous rapproche de lui.

La première lecture nous rapportait l’histoire de Noé. Après les quarante jours du Déluge, voici que la Parole de Dieu retentit : « j’établis une alliance avec vous ». Voilà une autre bonne nouvelle à laquelle nous devons croire. Le Seigneur s’engage avec nous et nous sommes engagés avec lui. Et le signe de cette alliance est l’arc-en-ciel, symbole de la paix. Sans doute Jésus n’a-t-il pas vu beaucoup d’arc-en-ciel dans le désert, mais c’est parce que la paix ne se limite pas à son signe, et c’est dans notre cœur et par notre comportement que nous devons être, nous-même, signes de l’alliance. Aussi, le carême nous invite-t-il à une autre transformation : celle de nos relations. C’est le souci du partage qui est l’expression de cette seconde conversion. Dépasser l’hostilité ou l’indifférence pour construire par la générosité et l’attention les uns aux autres une paix qui ne soit pas seulement un pacte de non-agression, mais le début de l’unité voulue par Dieu.

Enfin saint Pierre, dans la deuxième lecture, expliquait que le salut était préfiguré par l’arche de Noé, mais il avertit que ce salut demande certaines dispositions : « ceux-ci, jadis avaient refusé d’obéir, au temps où se prolongeait la patience de Dieu ». C’est que croire à l’Évangile comporte inévitablement une dimension d’obéissance à cet Évangile. La foi n’est pas une simple opinion, elle est une confiance et la confiance implique une conversion de la volonté pour se remettre entre les mains de celui à qui l’ont fait confiance. C’est le sens de la troisième transformation du carême : un certain dépouillement, une certaine sobriété pour ne pas s’appuyer sur le confort ou l’abondance, mais pour s’appuyer d’abord et seulement sur le Seigneur. Nos efforts de carême ne sont pas faits pour montrer notre courage ou notre force, mais pour que nous comptions toujours plus sur le Seigneur, en le faisant passer avant nos désirs ou nos besoins.

Oui, le temps de carême nous est donné pour grandir dans la foi, pour que nous croyions à l’Évangile un peu plus et un peu mieux. Nous ne grandirons pas dans la foi par des exploits ascétiques ou par des exercices psychologiques, mais en transformant notre prière pour qu’elle soit une présence à la Présence. Nous grandirons dans la foi en convertissant nos relations par le partage qui permet que la paix de l’Alliance soit plus large qu’un cercle amical. Nous grandirons dans la foi en tournant résolument notre vie vers le Seigneur et en renonçant à ce qui distrait notre volonté de sa Parole.

Que la Vierge Marie, avocate des Toulonnais, nous accompagne pendant ces quarante jours et fasse résonner en nous l’appel du Seigneur. Arche de la Nouvelle Alliance qu’elle nous rende attentifs à Celui qui s’est approché ; Reine de la Paix qu’elle nous apprenne à ouvrir nos cœurs aux dimensions du cœur de Dieu ; Porte du Ciel qu’elle nous attache à ce qui demeure, pour que nous puissions accueillir le règne de Dieu et resplendir du salut que propose le Christ qui a donné sa vie pour que nous puissions partager la sienne, dès maintenant et pour les siècles des siècles.

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5 avril 2020 7 05 /04 /avril /2020 10:49

CARAA

Dimanche des Rameaux et de la Passion du Seigneur - Année A

Nous entrons dans la semaine sainte, dans ce temps où nous suivons Jésus pas à pas pendant les jours qui le conduisent au but de sa venue parmi nous, à la plénitude de sa mission. Les textes d’aujourd’hui nous guident dans cette démarche pour que nous n’en n’oublions ni les modalités ni le sens. Car la dimension tragique de la Passion pourrait nous enfermer dans une compassion fataliste et nous faire perdre de vue le but de tout ce que Jésus subit. Mais l’on pourrait tout autant contempler la puissance de la Rédemption par une abstraction éthérée qui négligerait la réalité de notre condition humaine et ignorerait le coût du Salut. Le récit de la Passion que rapporte saint Matthieu, met en évidence des erreurs que nous ferions bien d’éviter. 

Il y a d’abord les erreurs qui procèdent d’une méconnaissance de la nature humaine. Elles sont illustrées par trois personnages : Judas, Pierre et Pilate. 

Le sort de Judas semble entendu depuis des siècles : un amour trop grand de l’argent. Certains romanciers se sont essayés avec plus ou moins de bonheur à proposer d’autres explications à sa trahison. Pourtant il y a une phrase de l’évangile qui devrait nous intriguer : « voyant que Jésus était condamné, Judas fut pris de remords ». N’est-ce pas étonnant ? A quoi s’attendait-il en proposant de livrer le Seigneur aux grands prêtres ? A ce que ce soit une péripétie sans conséquence ? Une simple controverse dont il pouvait tirer profit ? La première erreur est de méconnaître la gravité du péché. Cette espèce de sentiment d’impunité qui nous fait sous-estimer le mal en pensant que le pire n’est pas pour nous. Cela arrive quand on confond l’espérance et l’optimisme ou l’insouciance. 

Ensuite il y a Pierre et son triple reniement. Là encore l’histoire est bien connue, mais l’on est généralement comme Pierre lui-même, à déplorer – avec beaucoup d’indulgence – sa faiblesse au moment critique. Pourtant son erreur est plus profonde, et elle apparaît dans ses paroles lors de la Cène : « si tous viennent à tomber, moi je ne tomberai jamais ». Il présume de sa force et de son courage. Cette une erreur courante quand on confond la foi et l’assurance.

Enfin il y a Pilate, dont le geste est devenu symbole non pas tant des mesures sanitaires que de la lâcheté politique. D’une certaine manière, son erreur est mise en scène lorsqu’il s’adresse à la foule en demandant ce qu’elle préfère. C’est méconnaître la nature d’une foule, mais surtout de la responsabilité en pensant que toute décision est un choix où les alternatives sont équivalentes. C’est ce qui arrive quand on confond la charité et la préférence. 

Mais saint Matthieu nous rapporte aussi trois autres erreurs, elles aussi concernent l’espérance, la foi et la charité, mais ces erreurs procèdent d’une méconnaissance de Dieu. C’est peut-être pour cela qu’elles sont mises dans la bouche moqueuse des autorités religieuses au pied de la croix. 

« Il ne peut pas se sauver lui-même » disent-ils. En vérité, personne ne se sauve lui-même au sens du salut, car le Salut n’est pas une conquête mais un don. Non seulement Jésus en a sauvé d’autres, mais il nous a tous sauvés, au moment même où il refuse de se sauver lui-même car ce serait une fuite. C’est une erreur contre l’espérance car c’est une méconnaissance de la volonté de Dieu, comme si Dieu voulait que se perpétue ce monde imparfait, comme s’il attendait que survive le plus égoïste ! 

« Qu’il descende de la croix, et nous croirons en lui ! » disent-ils aussi. Vraiment ? Imaginez qu’on les ait pris au mot : devant Jésus se libérant de la croix ils n’auraient pas cru, ils auraient craint, ou fui ou imploré misérablement sa clémence. La foi n’est pas un marchandage, ni une stratégie devant la terreur ou l’étonnement, c’est une confiance qui s’abandonne, l’acceptation d’une proposition. Dieu ne cherche pas des esclaves ni des mercenaires, mais des enfants et des amis. 

« Que Dieu le délivre, s’il l’aime » concluent-ils. Ils auraient dû se méfier en prononçant ces mots puisque ce sont ceux des impies persécutant le juste d’après le Psaume 22 ; ce même psaume qui commence par les paroles que Jésus redit : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? ». Cette dernière erreur qui méconnaît le cœur de Dieu est pourtant la plus subtile, l’erreur qui nous guette depuis toujours : celle de confondre l’amour de Dieu avec un privilège alors qu’il est une présence. 

Tout au long de cette semaine, nous allons méditer ces événements. Comme Marie efforçons-nous de les retenir et de les garder dans notre cœur. Etoile du matin, Vierge fidèle, Mère du Bel Amour, qu’elle nous préserve de méconnaître ce que nous sommes et nous apprenne le cœur de Dieu. Guidant notre espérance, fortifiant notre foi et déployant notre charité qu’elle nous accompagne dans les jours de la Passion pour que nous puissions resplendir de la Résurrection dès maintenant et pour les siècles des siècles. 

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29 mars 2020 7 29 /03 /mars /2020 12:59

5CAA

5° Dimanche de Carême - Année A

« Lazare, viens dehors » c’est presque une provocation de lire cet évangile aujourd’hui ! Il se trouvera sans doute des esprits malins qui opposeront l’appel de Jésus à sortir pour trouver la vie et les injonctions sanitaires qui demandent de rester enfermé pour préserver la vie. Mais résistons à l’envie de faire les malins : à l’origine le malin est d’abord celui qui fait le mal ! Si nous lisons aujourd’hui l’évangile de Lazare, c’est qu’il nous annonce le grand mystère de Pâques : à travers cette histoire, Jésus se manifeste comme « la résurrection et la vie ». Traditionnellement utilisé pour aider les catéchumènes à se préparer au baptême, le texte nous invite donc à une conversion. Comme le dit saint Paul dans la lettre aux Romains, il s’agit de vivre non plus sous l’emprise de la chair mais sous celle de l’Esprit. Voyons donc à quelles conversions nous sommes appelés, de quoi nous faut-il sortir pour accueillir la puissance du Seigneur ? 

La première chose dont nous devons sortir, c’est l’habitude. La situation inédite que nous vivons nous oblige à changer nos habitudes. En soi, les habitudes ne sont pas une mauvaise chose : elles nous structurent et nous enracinent. Mais elles peuvent devenir un but au lieu d’un moyen, et la tentation est alors de prétendre adapter le temps, au lieu de nous adapter aux circonstances. Les habitudes peuvent aussi se transformer en mécanismes, et le risque est de déserter ce que nous faisons en nous laissant porter, vivant sans penser. Si l’on voulait trouver un personnage de l’évangile qui a dû sortir de ses habitudes, cela pourrait être Marthe qui croit plus facilement en parole qu’en acte. On peut penser aussi à nous qui devons apprendre ce qu’est la communion spirituelle, quand nous sommes si souvent habitués à la communion sacramentelle. Sortir de la routine est une première conversion, qui permet de redonner du poids aux choses, de réinvestir nos actions et de renoncer à une illusion d’éternité

La deuxième chose dont nous devons sortir, c’est le confort. Pas forcément le confort matériel, même si ça peut être parfois le cas, mais au moins le confort psychique voire spirituel. Ce qui était facile devient difficile voire impossible, les dérangements pénibles ou les inquiétudes persistantes s’accumulent. Certes, on peut toujours se consoler en se disant qu’on n’est pas les plus malheureux … mais justement voilà le danger du confort : donner l’illusion du bonheur. Il y a, dans la condition humaine, une sorte d’imperfection que nous ne devons pas ignorer, nous ne devons pas fuir ce qui creuse en nous l’attente de la puissance divine. Dans l’histoire de Lazare, c’est peut-être Marie qui est la plus significative de cette sortie : son monde s’est écroulé pour qu’elle puisse contempler la gloire de Dieu. Et si c’est peut-être la première fois dans l’histoire que les liturgies pascales ne seront pas célébrées en public, nous ne sommes pas les premiers à en être privés. Sortir de nos petits conforts, c’est une deuxième conversion, qui permet de se décentrer pour mieux recevoir la grâce que le Seigneur nous propose.

Enfin il y a une troisième chose dont nous devons sortir, on peut l’appeler la dispersion. Toutes ces choses que nous avons à faire, tous ces gens que nous croisons, ce tourbillon d’activités qui nous occupe ordinairement. Bien sûr on peut tenter de remplir le vide abyssal que crée le confinement, mais il serait dommage de ne pas sortir de cette illusion de plénitude qui nous distrait de l’essentiel. Certains pédagogues soulignent l’importance de l’ennui dans la construction de la personnalité : c’est qu’il faut accepter un certain dépouillement pour pouvoir sortir de l’apparence et rencontrer les autres en vérité. Comme souvent, c’est la foule qui doit faire cette troisième sortie au lieu de juger hâtivement en regardant Jésus pleurer son ami. Pensons aussi au témoignage de saint Augustin : « Tu étais avec moi, et je n’étais pas avec Toi » qui nous rappelle que paradoxalement l’intériorité peut être la plus grande sortie. N’hésitons pas à affronter cette troisième conversion : sortir de l’agitation pour vivre la relation. 

Contemplant Lazare qui revient à la vie à l’appel du Seigneur, laissons résonner en nous cette parole « Viens dehors », non pas pour s’affranchir de la prudence ou pour manifester notre désinvolture, mais pour sortir des illusions que sont les habitudes, le confort ou la dispersion. Puisque nos vies sont bouleversées, changeons nos cœurs pour rejoindre le Christ, plus et mieux.

Que la Vierge Marie nous aide à entendre cette parole et à la mettre en pratique. Mère du Bon Conseil, Consolatrice des affligés, Refuge des pécheurs qu’elle nous guide, nous accompagne et nous protège afin que ce temps nous prépare à accueillir la Parole du Salut pour demeurer en présence du Seigneur dès maintenant et pour les siècles des siècles.

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22 mars 2020 7 22 /03 /mars /2020 11:34

4CAA

Parce que la Parole de Dieu n'est pas confinée … et que c'est pour moi un moyen de continuer à vous rejoindre et à vous servir, voici une "homélie" pour ce dimanche de Laetare.

4° Dimanche de Carême - Année A

Les évangiles des 3°, 4° et 5° dimanche de carême forment comme un parcours pour préparer les catéchumènes au baptême. C’est l’occasion de prier pour eux : en ces temps de confinement et d’incertitudes, ils ont plus que jamais besoin de notre prière et de notre affection. Mais les trois personnages qui balisent ce chemin (la samaritaine, l’aveugle-né, et Lazare) ne sont pas seulement des modèles pour les autres : ils nous révèlent, à nous aussi, les dimensions essentielles de la vie et de la foi chrétienne. Aujourd’hui la liturgie nous rappelle la guérison de l’aveugle-né qui nous invite à mieux comprendre comment le Christ est notre lumière.

L’histoire de cet homme commence par une situation difficile : il subit … il subit son sort et la pauvreté de son état, il subit aussi le geste de Jésus qui lui met de la boue sur les yeux, a priori sans lui demander son avis … Ensuite, il obéit puisqu’il va se laver à la piscine de Siloé comme on le lui a demandé. Certes il paraît naturel de se laver quand on a de la boue sur les yeux, mais pourquoi aller dans cet endroit particulier, qui n’était pas spécialement proche du Temple ! Puis, après sa guérison, il témoigne en affirmant ce qu’il est, ce qu’il a vécu, sans fioriture, en répondant simplement aux questions qu’on lui pose, disant ce qu’il sait et reconnaissant ce qu’il ne sait pas. L’affaire se corse ensuite puisqu’il y a une certaine tension avec les pharisiens, le ton monte et l’homme alors, défend Jésus et l’origine divine de sa guérison contre ceux qui voudraient la dénigrer. Enfin, rencontrant le Seigneur, la cinquième étape de son cheminement est le moment où il croit – ce qui va plus loin que la confiance, puisqu’il se prosterne devant Jésus. 

Nous voici donc avec cinq états, cinq moments qui manifestent que le Christ est la lumière du monde : subir, obéir, témoigner, défendre, croire. En vérité, chaque fois l’homme aurait pu refuser la parole et la présence de Dieu, mais chaque fois il a évité l’arrogance et cela a permis à la lumière du Christ de l’illuminer. 

D’abord subir … nous commençons un peu à réaliser ce que cela signifie que de faire face à une situation qui s’impose à nous, même si notre culture ne nous encourage pas spontanément à cette attitude. Mais il y a peut-être un enjeu essentiel dans le fait de savoir ce qu’il faut subir et ce qu’il faut combattre pour éviter ainsi de mener un vain combat. Et puisqu’on parle de la passion de Jésus, il faut sans doute reconnaître qu’il n’est pas toujours mauvais de subir : Accepter de subir, c’est ouvrir une brèche dans la forteresse de notre toute-puissance pour que l’humilité nous laisse pressentir le besoin de la lumière. 

Obéir ensuite … là encore si l’on en croit les journaux, ce n’est pas si simple ! Il est vrai qu’il est plus facile d’obéir à Dieu qu’aux hommes … malheureusement, lorsqu’on prétend obéir au Seigneur le risque est grand de confondre la volonté de Dieu et ce qui nous arrange ! En vérité obéir quand ça nous convient, ce n’est pas obéir. L’obéissance suppose une confiance, et l’on peut dire que faire confiance, c’est choisir la lumière plutôt que les ténèbres, lorsqu’elles ne sont pas bien distinctes. 

Puis il y a le témoignage. Comme nous l’avons remarqué, l’homme dit les choses simplement : « c’est bien moi », il a fait ceci et cela, et quand il ne sait pas, il dit « je ne sais pas ». Le témoignage est une sorte de service : c’est comme s’effacer derrière les faits. Or la grande tentation du service c’est de prendre le pouvoir. Là encore nous devons veiller à ce que notre témoignage fasse briller le Christ plutôt que nos qualités ! 

Ensuite il y avait la défense. Parce que paradoxalement, la lumière n’est pas toujours accueillie et même que souvent on préfère les ténèbres à la lumière … La deuxième lecture nous l’expliquait de manière subtile : « ce que ces gens font en cachette, on a honte même d’en parler ». Aussi vient un moment où il faut combattre, entrer dans l’arène comme l’aveugle devant les pharisiens. Défendre la lumière c’est expérimenter l’importance de la fidélité sans laquelle il n’y a que des scintillements. 

Enfin, il y a la foi manifestée par le geste de se prosterner devant Jésus. Il s’agit de se donner, de se consacrer et j’aime bien repenser à cette tradition provençale qui fait de l’aveugle-né un disciple accompagnant Lazare, Marthe et Marie-Madeleine pour évangéliser notre région. On dit que saint Sidoine, évêque dont le tombeau se trouve dans la crypte de Saint-Maximin était cet aveugle-né guéri par le Seigneur. Comment aurait-il pu continuer sa vie comme si de rien n’était après cette rencontre, après cette profession de foi ?

Subir, Obéir, Témoigner, Défendre et Croire … il s’agit de cinq épreuves, c’est-à-dire des situations où l’on peut prouver ce que l’on prétend être. Cinq attitudes pour vérifier que le Christ est bien pour nous la lumière du monde, et que dans l’humilité, la confiance, le service, la fidélité et la consécration nous voulons briller et resplendir ce qu’il nous donne. 

Que la Vierge Marie nous aide à entendre et à vivre cette parole. Elle qui est le Miroir de la Sainteté de Dieu, l’Etoile du Matin et la Mère de Miséricorde, qu’elle nous guide, nous accompagne et nous protège pour que ces jours soient l’occasion de nous laisser illuminer par le Christ et de le laisser rayonner dans nos vies, pour la Gloire de Dieu et le Salut du Monde.

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14 mars 2020 6 14 /03 /mars /2020 23:05

3CAA

L'homélie était prévue, mais les décisions gouvernementales ayant supprimé les messes, elle ne sera pas prononcée … elle peut quand même vous intéresser et vous aider … à la grâce de Dieu ! 

3° Dimanche de Carême - Année A

A partir du troisième dimanche de carême, surtout pendant l’année A, les textes nous préparent à Pâques en nous permettant d’approfondir le mystère de notre baptême. Cela commence par la symbolique de l’eau, un élément significatif du dialogue entre Jésus et la samaritaine, comme dans l’épisode de Massa et Mériba. Cependant, il me semble qu’une des répliques du Seigneur peut résonner en nous de manière plus particulière en ces temps incertains qui bouleversent nos habitudes : « l’heure vient et c’est maintenant où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité ». 

Jésus dit cela en réponse à la question de la femme : « où faut-il adorer ? ». C’est une question importante qui dévoile toute la piété de cette samaritaine, ce souci de faire au mieux, de rencontrer le Seigneur de la meilleure manière. Alors Jésus répond que ce n’est pas le lieu qui compte mais l’esprit. Si dans les jours qui viennent, comme c’est hautement probable, nous étions empêchés par les événements d’assister à la messe, et peut-être même de nous rendre à l’église, il serait bien que nous puissions nous rappeler cette parole du Seigneur « c’est en esprit et vérité qu’ils doivent l’adorer ». Déjà on redécouvre la valeur de la communion spirituelle, c’est-à-dire que l’essentiel de la communion n’est pas de manger l’hostie consacrée mais de s’unir en esprit au Christ qui s’est livré pour nous. Notre vie religieuse doit d’abord être une vie spirituelle. Cela ne veut pas dire que les gestes, les lieux, les paroles ne soient pas importants, mais ce sont des aides et non pas des buts. Alors on peut espérer ne pas en être privés, on peut prier pour que la miséricorde divine nous épargne les empêchements qui seraient pénibles, mais quoiqu’il arrive, rappelons-nous que c’est en esprit que nous rejoignons le Seigneur. Que même confinés ou isolés nous pouvons toujours nous rendre présent à sa présence par l’esprit dans la prière personnelle. 

Pourtant Jésus ne demande pas seulement qu’on adore le Père « en esprit » mais aussi « en vérité ». Pourquoi rajouter cette précision ? C’est que l’on pourrait confondre esprit et abstrait. On pourrait prendre nos idées pour la réalité. Et la première lecture, l’histoire des eaux de Massa et Meriba illustre bien cette question du concret de la vie spirituelle. Malgré toutes les bonnes résolutions, malgré les grandes déclarations lorsque le peuple s’est trouvé dans une situation de détresse et qu’il s’est agi de faire vraiment confiance au Seigneur, il s’est révolté ! D’une certaine manière, il n’y a pas d’autres moyens que l’épreuve pour vérifier si nous adorons le Seigneur en vérité. Que restera-t-il de notre vie spirituelle quand nous serons les seuls à la porter et à la connaître ? Les mesures de prudence nous serviront-elles d’honneur, seront-elles une excuse pour se dispenser de prier, ou bien seront-elles au contraire une occasion de nous rapprocher du Seigneur ? Tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu dit saint Paul, comment ce que nous allons vivre et subir nous permettra de mieux aimer le Seigneur, de plus lui faire confiance ? 

Car dans la formule de Jésus il y a encore un terme que nous devons considérer : il s’agit bien d’adorer, c’est-à-dire d’être devant Dieu dans les dispositions qui conviennent. Adorer Dieu, ce n’est pas marchander avec lui, ce n’est même pas bavarder amicalement, c’est lui laisser toute la place. Or bien souvent c’est nous qui prenons toute la place. Aussi la deuxième lecture nous rappelait-elle que « nous qui sommes devenus justes par la foi », nous n’avons rien fait d’autre que de nous laisser faire par le Seigneur ! C’est peut-être là le défi principal : entrer dans une attitude d’adoration en acceptant de se laisser guider par le Seigneur. Et bien souvent le Seigneur nous guide non pas par des moyens extraordinaires et surnaturels, mais par des moyens ordinaires et naturels. Il ne faut pas croire qu’on fait plus confiance à Dieu sous prétexte qu’on ne fait pas confiance aux chefs ! Si certains ont témoigné en refusant l’inacceptable, la désobéissance n’a jamais été un critère de sainteté ! Profitons donc de cette période où tout est chamboulé, non pas pour « tirer notre épingle du jeu » mais pour progresser dans l’adoration en nous tournant résolument vers le Seigneur en lui faisant confiance, même quand c’est d’une manière inédite ! 

Avançons donc vers la fête de Pâques, progressons dans ce carême, même si ce que nous avons prévu tombe à l’eau, souvenons-nous de cette femme de Samarie : en se rendant au puit, à l’heure de midi, elle n’imaginait certainement pas les bouleversements qu’elle allait vivre. Et pourtant elle restait disponible à adorer le Seigneur, attentive à le faire le mieux possible, et Jésus lui proposa, comme il nous propose, d’adorer en esprit et en vérité. 

Que la Vierge Marie nous aide à entendre cette parole et à la mettre en pratique. Humble servante du Seigneur qu’elle nous guide pour que nous choisissions de faire toujours plus la volonté du Père. Temple de l’Esprit Saint qu’elle nous apprenne à nous attacher à la présence du Seigneur plutôt qu’à ses signes. Secours des Chrétiens qu’elle nous fortifie et nous protège, pour que les épreuves présentes et à venir soient l’occasion d’être adorateurs en esprit et en vérité, pour que nous puissions contempler la gloire de Dieu, dès maintenant et pour les siècles des siècles. 

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