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15 août 2021 7 15 /08 /août /2021 13:04

0815

Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie

Ap 11,19. 12, 1-6. 10 ; Ps 44 ; 1 Co 15,20-27a ; Lc 1, 39-56

« Un grand signe apparut dans le ciel : une femme ayant le soleil pour manteau, la lune sous les pieds et sur la tête une couronne de douze étoiles » … inévitablement ces mots de l’Apocalypse résonnent d’une manière toute particulière en cette fête de l’Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie. L’image a d’ailleurs inspiré de nombreux artistes tout au long des siècles pour représenter le mystère que nous célébrons aujourd’hui.

Ainsi nous sommes invités à lever les yeux vers le ciel pour contempler ce signe grandiose, cette gloire céleste dans laquelle la Mère de Dieu a été élevée corps et âme au terme de sa vie terrestre. Bien évidemment il ne s’agit pas de faire un geste physique : ce sont d’abord les yeux du cœur que nous tournons vers un ciel qui est la présence de Dieu et non pas une partie de l’atmosphère. L’invitation n’en reste pas moins pertinente, tant nous avons tendance à vivre dans un monde horizontal et matérialiste. Rares sont les occasions de nous souvenir que notre vie ne s’arrête pas avec la mort, et que nous sommes destinés à une gloire plus haute et plus durable que le confort du moment, l’estime de nos contemporains ou la mémoire des générations. Dans nos désirs, nos projets ou nos espoirs quelle est la place du ciel ? En cette fête de l’Assomption, cela vaut la peine de vérifier que nous vivons les yeux levés vers le ciel. Saint Paul dans la deuxième lecture nous rappelait le destin permis par la résurrection du Christ … il n’est pas sûr que nous l’ayons toujours aussi présent à l’esprit qu’il le faudrait !

Car l’image qui apparaît dans le ciel n’est pas un beau spectacle aérien ou pyrotechnique, c’est un signe, donc un appel. Il ne s’agit pas de regarder en l’air le temps d’une parenthèse, pour repartir ensuite affronter, tête baissée, les tracas de la vie ordinaire et les contrariétés du temps présent. Si nous levons les yeux vers le ciel, c’est pour nous laisser attirer et nous mettre en route. Marie est déjà ce que nous serons : sa gloire annonce notre gloire ; la célébration de son Assomption n’est pas le doux rêve d’un bonheur inaccessible, mais une promesse et un exemple. « Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur ». De toutes les bénédictions d’Élisabeth lors de la Visitation, c’est sans doute celle qui nous est le plus accessible ; et c’est certainement celle que le Seigneur attend de nous. C’est d’ailleurs la béatitude que Jésus reprendra : « heureux ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent ». Paradoxalement, de toutes les fêtes en l’honneur de la Vierge Marie, l’Assomption est peut-être celle qui nous concerne le plus ; et il est significatif que l’évangile du jour nous rappelle le Magnificat, comme une invitation à entrer dans la prière avec Marie.

Enfin, lever les yeux vers le ciel, c’est aussi se retrousser les manches. A vrai dire, le signe de la femme dans l’Apocalypse n’est pas aussi paisible qu’on le retient généralement : « elle est enceinte et crie dans les douleurs et la torture d’un enfantement » disait le texte. Dans la vie spirituelle nous ne sommes jamais purement spectateurs : la contemplation nous engage, l’appel sollicite notre consentement. On ne peut pas louer la miséricorde de Dieu en gardant un cœur dur ; ni affirmer qu’il disperse les superbes et se gonfler d’orgueil ; ou remarquer qu’il renvoie les riches les mains vides et chercher à se goinfrer. L’Assomption est un aboutissement, ce qui veut dire que le ciel déploie ce qui commence sur la terre. Il n’est pas indifférent que Marie entre dans la gloire avec son âme mais aussi avec son corps. Dieu ne prend pas qu’une partie de ce que nous sommes, vérifions qu’il peut assumer ce que nous faisons.

La prière d’ouverture demandait au Seigneur que « nous demeurions attentifs aux choses d’en haut ». Il s’agit bien aujourd’hui de lever les yeux vers le ciel pour garder la perspective de notre vie, pour entendre l’appel à partager la gloire de Dieu, pour convertir nos vies à la mesure de son cœur.

Que la Vierge Marie, Avocate des Toulonnais, nous aide à entendre cette parole et à la mettre en pratique. Porte du Ciel qu’elle affermisse notre espérance ; Arche de la Nouvelle Alliance qu’elle soutienne notre foi ; Mère du Bel Amour qu’elle entraîne notre charité pour que nous puissions porter jusqu’à sa plénitude le Don de Dieu et demeurer en lui comme il demeure en nous dès maintenant et dans les siècles des siècles.

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6 juin 2021 7 06 /06 /juin /2021 13:15

CSX B

Saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ - année B

Ex 24,3-8 ; Ps 115 ; He 9,11-15 ; Mc 14,12-16.22-26

Chaque année, la Fête-Dieu ou solennité du Saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ est l’occasion qui nous est donnée pour approfondir le sens de ce que nous vivons lorsque nous communions. C’est que, comme pour beaucoup d’autres choses, nous pourrions prendre l’habitude et répéter des gestes et des paroles machinalement, sans vraiment penser à ce que nous faisons. Cette année les textes proposés évoquent le thème de l’alliance, voyons comment ils éclairent le mystère de l’Eucharistie.

D’abord, nous avons entendu le récit de l’alliance au temps de Moïse. Ce qui est frappant c’est l’importance de la parole de Dieu. Moïse rapporte les paroles du Seigneur, puis le peuple répond « toutes ces paroles nous les mettrons en pratique », ensuite il écrit toutes les paroles du Seigneur, puis il prend le livre de l’Alliance et en fait la lecture au peuple, enfin il termine en disant que ces paroles sont la base de l’Alliance que le Seigneur conclut. Si l’on n’a pas compris, soit on est sourd, soit on est très distrait ! Si la Parole de Dieu est importante, c’est que la communion est d’abord un acte de foi. C’est pourquoi, quand on nous présente le Corps du Christ, on répond « amen » et non pas « merci ». On ne croit pas parce qu’on a une idée ou une envie, on croit parce qu’on a entendu la Parole et qu’on veut la mettre en pratique. Si l’on vous demande pourquoi vous allez à la messe, la bonne réponse c’est « parce que le Seigneur l’a demandé ». De la même manière si l’on vous demande pourquoi vous dites que l’hostie est le corps du Christ, la bonne réponse c’est « parce que Jésus l’a dit ». Tout ça suppose donc un temps d’écoute et de préparation. On ne communie pas pour faire comme tout le monde ni par hasard, mais pour entrer dans l’alliance après avoir entendu la Parole, accepté de la croire et décidé de la mettre en pratique.

Ensuite, nous avons entendu un texte de la lettre aux Hébreux … un texte un peu compliqué et je ne me risquerai pas à demander qui d’entre vous l’a compris, parce que je me sentirais aussi obligé de répondre. Mais on peut remarquer quand même qu’il y a une idée de transformation puisque l’auteur parle de sanctifier et de purifier nos consciences des actes qui conduisent à la mort. Ainsi la communion vient nous transformer. Et dans l’eucharistie, la principale transformation c’est de mettre le Seigneur au centre de notre vie. Quand Jésus dit « Prenez, ceci est mon corps » il faut comprendre le verbe prendre comme recevoir ou participer plutôt que comme saisir. Après tout quand on prend le train, on ne le saisit pas ! Il y a une dimension d’obéissance et de disponibilité dans la communion. C’est la raison pour laquelle nous devons veiller à recevoir le Corps du Christ avec beaucoup de respect, que nous devons aussi garder un esprit d’obéissance pour ne pas croire que c’est notre affaire. C’est d’autant plus subtil qu’on a souvent tendance à contourner l’obéissance en obéissant à ce qu’on préfère ! Pour que l’alliance se déploie dans la communion, il faut se rappeler qu’elle n’est ni un droit, ni une conquête, ni une récompense, mais un don qui nous transforme pour que nous puissions plaire à Dieu et être proche de lui.

Enfin nous avons entendu le récit du dernier repas du Seigneur que rapporte saint Marc. De nombreux indices nous rappellent le contexte : le premier jour de la fête, où l’on immole l’agneau pascal, juste avant que Jésus et les disciples se rendent au mont des Oliviers. Comme dit la prière d’ouverture « dans cet admirable sacrement tu nous as laissé le mémorial de ta passion ». Et il y a cette étonnante réflexion de Jésus : « je ne boirai plus du fruit de la vigne, jusqu’au jour où je le boirai dans le royaume de Dieu ». Il y a donc une dimension d’attente et de promesse. Saint Irénée disait que l’eucharistie sème en nous des graines d’éternité. On peut dire que la communion nous prépare à la vie divine. La communion n’est pas le but de la vie, c’est la vie éternelle qui est le but de la communion. C’est pourquoi on nous demande de ne pas communier plus d’une fois par jour. Ce n’est pas en semant plus de graines qu’elles poussent plus vite ! Ce qui compte ce n’est pas tant la quantité que la qualité. Bien sûr la fréquence et la fidélité contribuent à la qualité de notre présence à Dieu, mais c’est bien cette union au Seigneur qui est importante, la communion n’est qu’un moyen. Dans notre monde un peu matérialiste, vérifions que notre attachement à l’eucharistie est bien spirituel et que nous l’accueillons vraiment comme nourriture de la vie divine. Aussi prenons le temps après la communion, de laisser se déployer la présence de Dieu dans nos cœurs par la prière, et veillons aussi à ce qu’elle se déploie dans nos vies par la charité.

Par le mystère de son corps et de son sang, le Christ nous fait entrer dans l’alliance nouvelle et pour cela nous devons écouter sa Parole pour que notre communion soit un acte de foi. Le Seigneur nourrit aussi en nous la grâce du baptême en nous purifiant pour que nous puissions le mettre au centre de notre vie. Nourriture pour la route, l’eucharistie nous conduit et nous prépare à la vie éternelle ; ne détournons pas le regard du Royaume de Dieu auquel elle nous appelle.

Que la Vierge Marie, Avocate des Toulonnais, nous aide à entendre cette parole et à la mettre en pratique. Arche de la Nouvelle Alliance qu’elle fortifie notre foi ; Temple de l’Esprit Saint qu’elle affermisse notre espérance ; Mère du Bel amour qu’elle nous entraîne dans la charité pour que nous puissions demeurer en Dieu comme il demeure en nous, dès maintenant et pour les siècles des siècles.

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30 mai 2021 7 30 /05 /mai /2021 13:16

TRIB

Fête de la Sainte Trinité - Année B

Dt 4,32-34. 39-40 ; Ps 32 (33) ; Rm 8,14-17 ; Mt 28,16-20

Comme si, après la Pentecôte, l’Église ne se résignait pas à revenir trop rapidement au temps ordinaire, nous commençons aujourd’hui la série des Solennités : la Trinité puis ce sera la Fête-Dieu et enfin le Sacré Cœur. Nous avons donc entendu dans l’évangile l’envoi en mission que rapporte saint Matthieu, avec cette évocation du baptême au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. C’est un témoignage émouvant de la foi dans le Dieu unique et trine, témoignage qui nous rappelle qu’avant même que les mystiques les plus savants aient cherché à expliquer le mystère de Dieu, celui-ci marque depuis toujours la vie chrétienne.

Parler de la Trinité, c’est déjà parler de quelque chose qui nous dépasse, difficile voire impossible à expliquer sinon à comprendre. En vérité puisqu’il s’agit de Dieu lui-même c’est le contraire qui serait inquiétant ! Vouloir que Dieu soit comme on l’imagine ou comme on le pense, c’est prendre le risque de croire à un dieu que l’on s’est fabriqué. Le texte de la première lecture nous invitait à cette attitude fondamentale de la foi qui est l’étonnement devant le cœur de Dieu. « A-t-on déjà vu cela ? » demande Moïse en évoquant l’aventure du peuple au désert depuis la sortie d’Égypte. Quand Dieu révèle son cœur, il dépasse tout ce l’homme a pu imaginer. La Trinité participe à la surprise de la Révélation. La foi commence peut-être quand on se laisse étonner par ce que Dieu découvre de lui-même, d’autant qu’il le découvre non pas dans un discours qui tombe du ciel, mais dans la simplicité de la vie. Car c’est en voyant Jésus vivre et ressusciter que l’on comprend que Dieu n’est pas seulement le Père à qui l’on s’adresse, mais aussi le Fils venu pour nous sauver et l’Esprit qui nous garde dans la fidélité. On peut faire de très savantes études pour expliquer que Dieu soit Père, Fils et Saint-Esprit, on a même inventé pour cela des mots compliqués qui pourraient servir au capitaine Haddock – mais ultimement, comme aiment à le rappeler les professeurs de théologie, dans la Trinité, il n’y a rien à comprendre et tout à vivre.

C’est en quelque sorte ce que montrait la deuxième lecture qui nous plonge justement dans la vie divine : « vous avez reçu un Esprit qui fait de vous des fils, et c’est en lui que nous crions “Abba” c’est-à-dire Père ». Parler de la Trinité, c’est donc aussi parler de quelque chose qui nous entraîne. Car nous découvrons que nous sommes en quelque sorte le quatrième de la Trinité. Peut-être avons-nous été trop habitués à l’appellation d’enfants de Dieu, et nous ne voyons plus ce qu’il y a d’unique et d’inouï dans cette affirmation. Pourtant cela transforme la religion, en changeant notre regard sur Dieu, en modifiant nos dispositions, en modelant nos attitudes. Découvrir Dieu comme Père, change notre regard car il nous considère comme des enfants et non pas comme des esclaves ; se laisser conduire par l’Esprit modifie nos dispositions car nous n’agissons pas de notre propre chef, mais poussé et envoyé par le Seigneur; se conformer au Fils modèle nos attitudes pour que nous l’imitions toujours plus et lui ressemblions toujours mieux. Contempler la Trinité, ce n’est pas regarder par le trou d’une serrure céleste pour observer la vie des Trois qui sont Un ; c’est se laisser entraîner par le tourbillon d’amour qui a créé le Ciel et la Terre et qui nous attend de toute éternité.

Et justement, parce que la Trinité nous entraîne, parler de la Trinité c’est aussi parler de ce qui nous implique comme le manifestait l’évangile qui rappelle notre mission. Le Christ est présent avec nous tous les jours jusqu’à la fin du monde, mais c’est à nous de faire de toutes les nations des disciples, en leur apprenant à observer ce qu’il nous demande. Il ne s’agit pas de dire mais de retentir, il ne s’agit pas de montrer mais de rayonner. La transmission de la révélation du cœur de Dieu ne se transmet pas comme on passe un ballon ; elle se partage comme une invitation ou un apprentissage. Reconnaître la Trinité, nous provoque au témoignage par la présence et la fidélité. Si toute notre prière est marquée au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit, c’est qu’il ne s’agit pas d’une idée mais d’une vie qui rythme notre vie et transforme notre existence.

En cette fête de la Sainte Trinité, acceptons ce qu’il y a d’unique dans le mystère qui nous révèle la gloire de Dieu ; laissons-nous entraîner dans l’aventure de la vie divine, engageons-nous résolument à la suite du Christ pour que l’évangile résonne là où nous sommes et que l’humanité puisse se rassembler dans l’Unité du Père et du Fils et du Saint-Esprit.

Que la Vierge Marie, Avocate des Toulonnais, nous aide à entendre cette parole et à la mettre en pratique. Porte du Ciel qu’elle nous conduise au cœur du Père ; Temple de l’Esprit Saint, qu’elle nous rende disponibles au souffle de Dieu ; Mère du Bel Amour, qu’elle nous garde unis au Christ pour que nous puissions demeurer en Lui, comme il demeure en nous, dès maintenant et pour les siècles des siècles.

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23 mai 2021 7 23 /05 /mai /2021 08:55

PEB

Pentecôte - Année B

Ac 2,1-11 ; Ps 103 ; Ga 5,16-25 ; Jn 15,26

Cinquante jours après Pâques, nous fêtons la Pentecôte, non pas comme la fin d’un temps mais comme la plénitude du don de Dieu. Ainsi s’accomplit la promesse du Seigneur, et l’Église commence sa mission pour témoigner du Ressuscité et annoncer à tous les peuples les merveilles de Dieu. Comme le rappelait saint Paul, l’Esprit Saint est celui qui nous guide et nous conduit pour que nous puissions rester fidèles au cœur de Dieu.

Dans sa lettre aux Galates, l’Apôtre des nations évoque le fruit de l’Esprit. Après avoir détaillé la liste des horreurs qu’il nous faut éviter, il énumère ce que déploie en nous celui que le Christ appelle l’Esprit de vérité. Essayons donc de voir plus précisément ce fruit de l’Esprit pour mieux reconnaître son action dans nos vies, mais aussi pour mieux comprendre quelle est cette vérité vers laquelle il nous conduit.

Il y a d’abord ce qui concerne notre situation, ce qu’on pourrait appeler nos états d’âme au sens le plus positif de l’expression : amour, joie et paix. Ainsi se révèle la vérité de ce que nous sommes. Car nous ne sommes faits pour l’indifférence ou le conflit, nous sommes faits pour aimer. Bien sûr, on n’aime pas tout le monde de la même façon, parce que chacun est différent, mais si nous sommes des êtres de relation, c’est pour avoir de bonnes relations. Si nous voulons vérifier que nous nous laissons conduire par l’Esprit Saint, vérifions que nos relations les uns avec les autres peuvent s’inscrire dans l’échelle de l’amour. De la même manière la joie et la paix sont de bons indicateurs pour mesurer notre épanouissement. Attention cependant à ne pas se tromper : il ne s’agit pas de ce qui nous entoure mais de ce qui nous habite. Bien sûr il est plus facile de ressentir de la joie et de goûter la paix si nous sommes dans de bonnes conditions, sans trop de contrariétés ou d’adversité. Mais la vraie joie et la vraie paix ne viennent pas de l’extérieur, mais de l’intérieur. C’est au cœur de notre cœur que l’Esprit déploie sa présence, ce qui d’ailleurs permet que la joie et la paix soient plus fortes et plus durables.

Il y a ensuite les fruits qui concernent nos dispositions : patience, bonté, bienveillance. Il s’agit de ce qui nous permet d’accueillir la vérité du monde et des autres. La patience – qui n’est pas tant la capacité à attendre que celle à supporter – la patience, donc, est ce qui nous permet de résister à ce qui ne devrait pas être ; la bonté est ce qui nous permet de contribuer à l’épanouissement d’un monde selon le cœur de Dieu ; la bienveillance est ce qui nous permet de préférer ce qui vient de la grâce plutôt que ce qui vient du péché. En entrant dans ces dispositions nous partageons l’attitude du Seigneur vis-à-vis du monde, lui qui supporte le mal sans y consentir, qui œuvre à la progression du bien et qui préfère toujours nous sauver que nous condamner.

Enfin, l’Esprit fait fructifier en nous ces forces que sont la fidélité, la douceur et la maîtrise de soi. Ce sont autant de manières de servir la vérité. Dans la mentalité biblique, la vérité est en effet ce qui dure et non pas seulement ce qui apparaît à un moment. C’est ainsi que la fidélité permet que notre parole soit vraie et que nos engagements soient solides : c’est la fidélité qui fait apparaître la vérité profonde de ce que nous prétendons. La douceur est la véritable force, la violence n’étant que l’agitation de la faiblesse. Souvenons-nous de ce que disait Jésus : « heureux les doux, ils posséderont la terre ». Enfin la maîtrise de soi permet que ce soit bien nous qui agissions, et non pas un sentiment ou une émotion, que nous pourrions regretter aussi vite que nous les avons ressentis.

Puisque nous sommes invités aujourd’hui à nous souvenir du don de Dieu pour nous rendre plus disponibles à l’Esprit de vérité, laissons-nous conduire par lui dans l’amour, la joie et la paix ; laissons-nous guider dans la patience, la bonté et la bienveillance, laissons-le nous fortifier dans la fidélité, la douceur et la maîtrise de soi.

Que la Vierge Marie, Avocate des Toulonnais, nous aide à entendre cette parole et à la mettre en pratique. Etoile du matin qu’elle ouvre nos yeux à la lumière bienheureuse qui vient remplir le cœur de ceux qui l’attendent. Temple de l’Esprit Saint qu’elle ouvre nos cœurs au Consolateur souverain, l’hôte très doux de nos âmes. Mère du Bel amour qu’elle ouvre nos vies à la puissance divine qui baigne ce qui est aride et guéris ce qui est blessé, pour que nous puissions resplendir de la présence de Dieu et demeurer en lui comme il demeure en nous, dès maintenant et pour les siècles des siècles.

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1 avril 2021 4 01 /04 /avril /2021 19:41

JEST

Messe de la Cène du Seigneur

Ex 12, 1-8.11-14 ; Ps 115 ; 1 Co 11, 23-26 ; Jn 13,1-15

En ce jour-là, avant la fête de la Pâques, la nuit où il était livré, le Seigneur Jésus prit du pain … et nous connaissons bien l’histoire, puisque nous la revivons à chaque messe, que nous sommes rassemblés précisément pour nous souvenir de ce dernier repas, et si certains avaient encore quelques faiblesses de mémoire, nous en avons entendu le récit dans la deuxième lecture.

Ce repas – la première lecture le rappelait – était un mémorial. Il s’agissait de se souvenir du dernier repas du peuple en Égypte, avant qu’il ne se lance dans la grande aventure de l’Exode. Au cours de ce repas – c’est ce que rapportait l’évangile – Jésus a fait un autre geste, dont il nous demande aussi de garder la mémoire : celui du lavement des pieds. Ainsi résonnent les différentes dimensions de l’Eucharistie, comme les différentes notes d’un accord.

D’abord il s’agit d’un mémorial, d’une tradition. C’est-à-dire que l’on s’inscrit dans une histoire qui nous précède. Comment, dans cette cathédrale, ne pas être sensible à cette dimension ? En ce lieu depuis au moins neuf siècles, et sans doute même depuis seize, inlassablement, l’eucharistie est célébrée. Une tradition, c’est ce que décrit saint Paul : « je vous ai transmis ce que j’ai moi-même reçu », comme une grande chaîne qui se déploie d’âge en âge pour répondre au commandement du Seigneur « faites ceci en mémoire de moi » et reconnaître ainsi l’amour de Dieu qui nous sauve. Cette dimension est importante, elle donne le sens, comme la première note donne le ton. Si le mystère est remis entre nos mains, nous n’en sommes pas propriétaires, nous sommes dans cette double situation de recevoir et de transmettre. Comme pour nous décentrer de nous-même sans nous effacer. Une manière d’élargir notre horizon pour éviter de penser que notre relation à Dieu est une affaire privée qui ne regarde que nous.

Ensuite il s’agit d’un engagement. Si saint Jean rappelle le geste du lavement des pieds, si son récit est l’évangile de ce jour, c’est que cette dimension de service – de diaconie pour reprendre un terme qui nous est cher – est aussi un élément important. On pourrait dire que c’est la note qui donne du corps au mystère. Car le service n’est jamais abstrait et notre disponibilité à faire passer l’intérêt des autres avant notre confort, est la mesure de la sincérité de notre attachement au Seigneur. Il y a une histoire dont j’aime bien me souvenir. Au Moyen Age les franciscains avaient l’habitude de laver les pieds des mendiants à la porte de l’église. Un jour, un évêque en visite chez eux, a voulu se joindre à eux et faire lui aussi ce geste. Mais celui à qui il lavait les pieds lui dit : « laisse donc faire le frère, il lave mieux que toi » ! Ce n’était peut-être pas très respectueux de l’évêque, et sans doute injuste pour la bonne volonté du prélat, mais ça nous rappelle qu’un service n’est pas symbolique : c’est un acte concret avec lequel on ne triche pas. Sans doute y a-t-il différents moyens de rendre service. Il n’en reste pas moins que si l’on pense que l’Eucharistie est une sorte de parenthèse mystique qui ne change rien dans notre vie, alors c’est qu’on est passé à coté de l’essentiel.

Enfin, il y a une troisième dimension dans ce mystère qui nous met en présence de l’amour divin, c’est la note qui donne le rythme : l’Eucharistie se manifeste sous le signe de la nourriture. Repas pris à la hâte pour le peuple qui s’apprête à quitter l’Égypte ; pain et le vin qui sont le corps et le sang du Christ. Cela nous indique sans doute qu’il s’agit d’un mystère dont on ne peut se passer, mais cela nous dit surtout qu’on ne l’accueille pas une fois pour toutes, et qu’il faut le renouveler régulièrement. Les amoureux savent bien qu’une seule déclaration ne suffit pas à assurer l’éternité de leur sentiment ; de la même manière l’Eucharistie nous rappelle qu’une grande émotion ne suffit pas à assurer la fidélité dans la foi. Si l’on ne veille pas à renouveler régulièrement notre lien au Seigneur, alors la tradition devient routine, et la routine devient mécanisme, ce qui finit toujours par s’arrêter. De la même manière si l’on ne revient pas régulièrement à la source de notre engagement, le service devient pouvoir et le pouvoir devient mainmise ce qui finit par être insupportable. Et encore, si l’on oublie que l’Eucharistie est nourriture, le don de Dieu devient un droit que l’on revendique et qui nous fait perdre le goût de l’amour.

En entrant dans ces jours saints, laissons-nous guider par les paroles du Seigneur pour laisser résonner en nous le mystère que nous célébrons. Qu’il nous rappelle ce que Dieu nous a donné, ce qu’il attend de nous et qu’il nous donne la force de persévérer.

Que la Vierge Marie, Avocate des Toulonnais, nous aide à entendre cette parole et à la mettre en pratique. Mère de l’Église, qu’elle nous garde fidèles à la communion des saints ; Consolatrice des affligés, qu’elle ouvre nos cœurs aux dimensions du cœur de Dieu ; Arche de la Nouvelle Alliance, qu’elle nous maintienne vigilants à la présence de celui qui nous invite à la suivre jusqu’à la Gloire qui resplendit dans les siècles des siècles.

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1 novembre 2020 7 01 /11 /novembre /2020 14:02

TSST

Solennité de Tous les Saints 

(Ap 7,2-4. 9-14 ; 1 Jn 3,1-3 ; Mt 5,1-12a)

Si le confinement a déjà commencé, nous pouvons encore nous retrouver ce matin pour célébrer l’eucharistie avant de nous plonger une nouvelle fois dans un jeûne cultuel qui doit nous mener, dans le meilleur des cas jusqu’à l’Avent, et dans le pire … on verra bien. Ainsi c’est par la fête de la Toussaint que nous sommes introduits à une nouvelle période d’épreuve et d’isolement. Hasard ou providence ? Il est toujours délicat d’interpréter l’histoire, surtout sur le moment. Je ne saurais pas dire si Dieu a voulu ou permis cette situation, en revanche elle peut nous inspirer pour vivre les jours à venir.

La Toussaint est d’abord le souvenir de tous ceux qui nous ont précédés : ils nous précèdent non seulement dans l’histoire mais aussi dans le cœur de Dieu. Comme dans l’Apocalypse, nous voilà plongés dans la vision de cette foule immense qui se tient devant le Trône et devant l’Agneau. La première parole qui retentit pour nous aujourd’hui, c’est que nous ne sommes pas seuls. Nous ne sommes pas seuls à chercher le royaume et innombrables sont ceux qui l’ont trouvé ; nous ne sommes pas seuls à vouloir suivre le Christ et innombrables sont ceux qui nous accompagnent ; nous ne sommes pas seuls à marcher vers la lumière dans l’obscurité de la foi ou les difficultés de la vie, et innombrables sont ceux qui nous soutiennent et qui peuvent nous aider dans la prière et la charité. La Toussaint nous invite à plonger dans cette communion des saints qui nous rappelle que même privés de nos relations habituelles, nous sommes accompagnés d’une multitude invisible. C’est une invitation à être attentifs à cette sociabilité spirituelle qu’aucune mesure sanitaire ne peut empêcher.

La Toussaint est aussi le rappel de notre propre vocation à la sainteté. Nous sommes attendus dans cette foule immense qui est passée par la grande épreuve, et comme le disait saint Jean dans la deuxième lecture, nous serons semblables au Seigneur car nous le verrons tel qu’il est. C’est donc une parole d’espérance : il ne faut pas vivre à l’horizon du moment, mais à celui de l’éternité. Dans les béatitudes, Jésus invite aussi à cette espérance. Ceux qui sont heureux, ce ne sont pas ceux pour qui tout va bien mais ceux à qui tout est promis. Il ne nous demande pas de sécher nos larmes, de taire notre faim et soif de la justice, ou d’éviter les insultes et les calomnies, bien au contraire il nous invite à creuser en nous le désir de Dieu. Quand, dans le Notre Père, nous prions « que ton règne vienne » ne croyons pas qu’il s’agisse d’une flatterie servile pour amadouer celui à qui nous voulons demander ensuite une faveur. C’est déjà une demande pour nous car nous avons tout à gagner du Règne de Dieu, et nous devrions être impatients que sa volonté soit faite sur la terre comme au ciel. La Toussaint nous invite à rester fermes dans l’espérance, qui n’est pas l’attente d’un nouveau décret gouvernemental mais le désir de la gloire qui nous est promise.

Enfin la Toussaint est la célébration de ce grand mystère de sainteté, c’est-à-dire de la présence de Dieu. Nous ne sommes pas seuls parce que tous les saints nous entourent, mais aussi parce que Dieu est présent. Les béatitudes nous révèlent que quoique nous vivions, cela peut toujours nous rapprocher de Dieu. Si nous nous sentons inutiles puisque notre activité n’a pas été jugée essentielle à la vie de notre pays, gardons cette pauvreté de cœur qui permet de compter sur le Seigneur plutôt que sur nos propres forces. Dans l’adversité, gardons cette douceur qui triomphe de toute violence comme l’a prouvé le mystère de Pâques. Vivons la miséricorde pour découvrir le cœur de Dieu. Purifions nos regards et nos pensées pour voir sa présence et son action. Ne négligeons aucun moyen pour favoriser la paix, car c’est à cela qu’on reconnaît les fils de Dieu. C’est la troisième parole qui nous est donnée pour ces semaines : le Seigneur est avec nous, et quoiqu’il arrive nous pouvons toujours être avec lui.

Nous pouvons être contrariés par les événements. Nous avons le droit d’être inquiets pour nous, nos proches et pour notre pays. Mais nous avons le devoir de ne pas nous laisser submerger par la peur, bien au contraire plongeons au cœur de cette communion des saints que nous célébrons aujourd’hui. Nous ne sommes pas seuls : guidés, entourés et aidés par la foule innombrable rassemblée dans le cœur de Dieu, vivons dans l’espérance de rejoindre ceux qui nous attendent, restons attentifs à la présence de Celui qui nous accompagne.

Que Notre Dame, avocate des Toulonnais nous aide à entendre la parole de Dieu qui retentit en cette fête de la Toussaint pour qu’elle résonne en nous tout au long de ces jours. Reine des Saints qu’elle nous apprenne à habiter déjà la cité du ciel. Etoile du matin qu’elle nous guide vers la gloire qui nous est promise. Arche de la Nouvelle Alliance qu’elle nous permette de demeurer en présence du Seigneur pour que nous puissions resplendir de son amour dès maintenant et pour les siècles des siècles.

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15 août 2020 6 15 /08 /août /2020 13:09

0815

Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie

Au cœur de l’été nous fêtons l’Assomption de la Vierge Marie, définie dogmatiquement en 1950 mais célébrée solennellement par l’Église au moins depuis le VI° siècle. C’est – normalement – l’occasion de festivités estivale ; c’est aussi une expression de l’affection des chrétiens pour la Mère de Jésus ; mais surtout, cette fête est le témoignage que Marie a été, à la fin de sa vie terrestre, élevée dans la gloire céleste en plénitude, corps et âme. Puisque la première lecture parlait d’un signe apparu dans le ciel, essayons de comprendre de quoi l’Assomption est le signe. 

C’est d’abord un rappel de la Résurrection du Christ et une annonce de notre résurrection. En générale, d’ailleurs, il est difficile d’évoquer Marie sans parler du Christ, à moins de vouloir dire des bêtises ! Évoquer l’Assomption sans penser au mystère de Pâques, c’est être à peu près sûr de se tromper. Ce serait faire de Marie une sorte de déesse méritant pars ses exploits héroïques d’accéder au Parnasse, au Nirvâna ou à n’importe quel autre panthéon … tout le contraire de ce qu’elle est ! Elle ne fait que suivre le Christ, comme nous sommes nous aussi appelés à le suivre. Ainsi parce qu’il s’agit d’une réalité spirituelle, l’Assomption nous oblige à lever les yeux pour ne pas rester confinés à l’horizon de la terre. Et il faut reconnaître que ça ne nous est pas inutile, nous qui vivons à une époque où si facilement nous négligeons l’invisible, le spirituel ou l’éternel. Trop souvent nous sommes enclins à considérer la religion de manière morale ou politique, à rechercher une vie bonne plutôt qu’une vie divine : il nous est difficile de considérer ce qui nous dépasse, alors que c’est précisément ce qui nous éclaire. Par son Assomption, Marie nous indique cette porte que le Christ a ouverte entre le Ciel et la Terre. 

Pourtant il y a quelque chose de plus qu’un simple rappel à la transcendance. Marie entre dans la gloire non seulement avec son âme, mais aussi avec son corps. On pourrait dire que c’est la différence entre l’Assomption et une canonisation : les saints ne connaissent pas encore la même plénitude que Marie. Rassurez-vous je ne me lancerai pas dans de grandes spéculations théologiques sur la différence entre le jugement particulier et le jugement universel ; mais il n’en reste pas moins que l’Assomption rejoint le mystère de l’Incarnation, pour nous rappeler l’unité de notre nature humaine : corps et âme, et non pas seulement l’un ou l’autre. Là encore c’est un signe important. L’histoire montre combien il est tentant d’opposer l’âme et le corps. Soit que l’on ne voit pas la différence entre les hommes et les animaux, oubliant cette transcendance dont nous venons de parler ; soit que l’on méprise le corps pour prétendre à une spiritualité vaporeuse qui finit généralement en l’idéologie rigide ou en débauche sordide, l’une n’excluant malheureusement pas l’autre ! Comme disait Blaise Pascal : « qui veut faire l’ange fait la bête » … l’Assomption nous rappelle que nous ne sommes ni l’un, ni l’autre ! Notre corps n’est pas le tombeau de l’âme, mais le temple de l’Esprit Saint : la Vierge Marie en est le meilleur témoignage

Il y a encore un autre signe que l’on peut percevoir dans l’Assomption. Nous avons bien compris que Marie est déjà ce que nous serons ; mais pourquoi l’est-elle avant les autres ? Ce privilège est-il une sorte de favoritisme céleste qui contredirait la justice la plus élémentaire ? Une petite expression dans la deuxième lecture peut nous permettre de comprendre : « c’est dans le Christ que tous recevront la vie » dit l’Apôtre, et nous avons vu combien il était important d’y tenir. Pourtant il rajoute : « mais chacun à son rang » … voilà qui bouleverse notre réflexe égalitaire ! Nous avons quelque répugnance à penser une hiérarchie dans la sainteté. Et pourtant nous devons bien convenir que nous ne sommes pas aussi saints que la Mère de Dieu ! Reconnaître une certaine prééminence à la Vierge Marie, ce n’est pas consentir à l’injustice d’un arbitraire divin, mais au contraire réaliser qu’on est dans l’ordre de l’amour, et donc de la proportionnalité et de la réciprocité, pas de l’automatisme ou du droit. Si Marie nous précède, c’est parce qu’elle a plus aimé que nous. Il ne s’agit pas de l’envier, mais de l’imiter. Comme l’expliquait Catherine de Sienne, Dieu comble chacun à la mesure de ce que chacun permet : un dé à coudre aura beau être aussi plein qu’une citerne, il contiendra moins d’eau ! D’une certaine manière, l’Assomption nous rappelle que dans la gloire, si la qualité vient de Dieu, la quantité vient de nous.

Oui la fête de ce jour est un grand signe. Signe de la vie divine à laquelle nous sommes appelés, signe de notre condition pour que notre corps et notre âme aspirent à la gloire, signe de notre implication dans un chemin qui ne se fera pas sans nous. 

Que la Vierge Marie nous encourage et nous accompagne. Porte du Ciel qu’elle garde nos cœurs tournés vers Celui qui s’est penché sur son humble servante ; Temple de l’Esprit Saint qu’elle garde nos vies enracinées dans la miséricorde qui disperse les superbes et comble les affamés ; Reine du Ciel qu’elle nous garde fidèles à la promesse de celui qui se souvient de son amour pour que nous puissions partager la vie qui vient du Christ et contempler le salut, la puissance et le règne de notre Dieu, dès maintenant et pour les siècles des siècles.

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14 juin 2020 7 14 /06 /juin /2020 13:20

CSXA

Solennité du Corps et le Sang du Christ - année A

Comme tous les ans, il nous est proposé de consacrer un dimanche pour méditer et approfondir le mystère eucharistique. C’est une démarche un peu typiquement catholique et qui n’est pas toujours comprise par les autres chrétiens … encore moins par les autres religions. On l’a d’ailleurs vu, il y a quelques semaines, lorsqu’il s’est agi de ne pas inclure la célébration publique des cultes dans la première étape du déconfinement, les catholiques ont été pratiquement les seuls à protester. Pourquoi ? Nous pouvons peut-être le percevoir en essayant de mieux comprendre ce que représente pour nous le saint sacrement du corps et du sang du Christ. 

La première objection consistait à dire que la messe n’était pas essentielle pour la vie spirituelle. On peut sans doute nuancer cette position, mais la première lecture nous aidera à mieux comprendre l’importance de ce pain du ciel que préfigurait la manne. Il s’agissait, pour Dieu, de faire passer le peuple par la pauvreté « pour savoir ce que tu as dans le cœur ». Il y a donc une sorte de nécessité qui se manifeste dans la privation plutôt que dans l’absence. Qu’on ait besoin de l’air pour respirer, on le réalise immédiatement, mais la nourriture est aussi indispensable, même si l’on peut s’en priver partiellement ou temporairement. L’importance de l’eucharistie est de cet ordre. Elle fait partie des choses essentielles même si on ne le ressent pas, même si on ne s’en aperçoit pas ou pas tout de suite. Mais ne nous trompons pas, le souvenir de la faim s’estompe rapidement lorsque nous sommes rassasiés. Cette fête du Corps et du Sang du Christ est l’occasion de vérifier que nous n’oublions pas trop rapidement combien l’eucharistie est essentielle. La tentation est grande de penser que tout est revenu à la normale. Pourtant on nous demande encore quelques mesures – désagréables certes – mais les supporter loyalement comme le signe que nous sommes prêts à quelques sacrifices pour pouvoir assister à l’eucharistie, n’est-ce pas une manière de continuer à réaliser combien nous y tenons ? Ce que nous avons vécu est certainement une épreuve de pauvreté pour savoir ce que nous avons dans le cœur. Ne l’oublions pas trop vite !

Bien sûr, pendant ce temps nous avons pu, par les différents médias, suppléer à l’absence des messes par des retransmissions. Certains pensent donc qu’il suffit de voir et d’entendre. Pourtant ce n’est pas la même chose que de vivre ! Le discours du pain de vie que nous avons entendu dans l’évangile est le moment où s’est opéré une sorte de tri entre tous ceux qui suivaient Jésus. Ceux qui ne s’intéressaient qu’aux idées sont partis, décontenancés ; ceux qui sont restés, ce sont ceux qui étaient intéressés à la présence, ceux qui avaient un attachement viscéral au Seigneur, une confiance inconditionnelle en Lui. La Fête-Dieu est née justement pour réagir contre ceux qui faisaient de l’eucharistie une idée plutôt qu’une réalité. Les idées ne sont pas toujours opposées à la réalité, mais quand il faut choisir entre les idées et la réalité, il faut préférer la réalité. Ce n’est pas parce qu’on a vu une émission culinaire qu’on devient un bon cuisinier ! Ça peut aider, ça peut stimuler, mais ça ne remplace pas l’expérience. A travers les mots de Jésus on est mis au pied du mur : l’eucharistie est-elle pour nous une idée ou une expérience ? Pendant quelques semaines on a beaucoup vécu dans le virtuel … mais le virtuel ce n’est pas le réel, et dès que cela est possible, il vaut mieux préférer le réel au virtuel. 

Enfin, on nous a bien expliqué que le problème sanitaire était lié au rassemblement, et certains ont prétendu que la religion étant d’ordre privé, on n’avait pas besoin de se rassembler pour prier. Certes on peut prier tout seul. Jésus recommande même de prier dans le secret de sa chambre. Mais l’eucharistie est plus qu’une prière, elle est une communion, une force d’unité et l’on ne fait pas l’unité tout seul ! C’est cette dimension de communion que rappelait saint Paul aux Corinthiens : « la multitude que nous sommes est un seul corps ». L’eucharistie fait l’église comme l’église fait l’eucharistie dit un ancien proverbe. Il ne faut pas opposer l’eucharistie et la charité, ni substituer l’un à l’autre. L’Eucharistie sans la charité est illusion, mais la charité sans l’eucharistie est épuisement. On ne peut renoncer au rêve de l’unité du genre humain, mais on ne peut atteindre ce rêve qu’en se laissant guider et nourrir par l’amour de Dieu. On remarque d’ailleurs dans l’histoire que, chaque fois que l’eucharistie a été relativisée ou délaissée, la communauté s’est fragmentée et dispersée Construire un monde meilleur sans puiser à la source, c’est entreprendre une nouvelle tour de Babel.

La fête du Corps et du Sang du Christ peut être cette année l’occasion de « savoir ce que nous avons dans le cœur ». L’eucharistie est cette nourriture de pauvreté qui nous permet de réaliser à quel point la parole du Seigneur nous fait vivre, y compris son commandement : « faites ceci en mémoire de moi ». L’eucharistie est aussi le lieu où nous expérimentons ce que nous croyons pour que notre foi ne soit pas une idée mais un attachement fondamental à la présence de Dieu. L’eucharistie est enfin le moment où nous entrons dans le cœur de Dieu, non pas dans un face à face égoïste, mais dans une communion aux dimensions de l’éternité. 

Que la Vierge Marie nous aide à entendre cette parole et à la mettre en pratique. Secours des chrétiens qu’elle nous permette de nous attacher toujours plus au don de Dieu. Temple de l’Esprit Saint qu’elle nous conduise au plus près de l’amour qui se donne. Mère de l’Église qu’elle nous entraîne dans l’unité que le Seigneur espère, pour que nous demeurions en Lui comme il demeure en nous, dès maintenant et pour les siècles des siècles. 

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7 juin 2020 7 07 /06 /juin /2020 13:05

TRIA

Sainte Trinité

Comme il se doit, le dimanche après la Pentecôte nous fêtons la Sainte Trinité, et comme il fallait s’y attendre, la commission du lectionnaire a sans doute recherché les textes les plus compliqués de la Bible pour la liturgie de la Parole. Ainsi la grande fête du cœur de Dieu commence-t-elle – pour le prédicateur par une profonde angoisse : mais qu’est-ce que je vais bien pouvoir dire ?

C’est que parler de la Trinité, c’est d’abord parler d’un mystère. Ce n’est pas très étonnant puisqu’on parle de Dieu lui-même ! Cela dit, évoquer un mystère ce n’est pas parler d’une énigme que seuls les plus intelligents pourraient comprendre, ce n’est pas non plus parler d’une étrangeté secrète : c’est contempler quelque chose qui nous dépasse infiniment et que l’on n’a jamais fini de découvrir. Plus on connaît, moins on comprend et celui qui pense tout savoir est celui qui n’a rien vu ! Cela signifie que nos explications sont forcément insuffisantes et qu’elles posent plus de questions qu’elles n’apportent de réponse. Ça n’est pas une excuse facile pour vous assommer d’une méditation vaporeuse et incompréhensible, mais c’est plutôt une invitation à l’humilité de la foi. Ça n’est pas grave de ne pas tout comprendre : il s’agit de croire, et l’on n’a pas besoin de tout comprendre avant de croire. Il faut parfois faire confiance et accepter de ne pas tout maîtriser, sans pour autant renoncer à contempler et à progresser.

Mais parler de la Trinité, c’est aussi parler d’amour. Il est d’ailleurs remarquable que ce soit une constante des textes que nous avons entendus. Chaque fois qu’on parle de Dieu, on parle d’amour, avec chaque fois des harmoniques qui nous rappellent les différentes manières de manifester l’amour : « tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de vérité » ; ou encore « la grâce de Jésus, l’amour de Dieu, la communion de l’Esprit Saint » ; et encore « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique ». La Trinité n’est pas une coquetterie céleste pour nous épater, c’est la révélation de la nature même de Dieu : non pas une solitude suffisante, ni même une épopée mythologique, mais un mouvement incessant où chacun donne et se donne dans une union sans confusion, dans une différence sans divergence.

Enfin parler de la Trinité, de manière très surprenante, c’est aussi parler de notre salut. Là encore les textes sont étonnants, car chaque fois qu’on parle de Dieu c’est pour nous et avec nous. Quand le Seigneur se révèle ce n’est pas pour nous exhiber sa perfection métaphysique, c’est pour nous inviter à partager sa vie et nous en donner les moyens. C’est déjà ce que comprend Moïse quand le Seigneur passe devant lui en proclamant son nom, c’est encore ce que rappelle saint Paul en saluant les Corinthiens, c’est surtout ce que souligne saint Jean en détaillant la mission de Jésus. L’une des plus belles images de la Trinité, c’est évidemment l’icône de Roublev : cette table des trois qui n’est pas fermée, mais ouverte sur nous. Il ne nous est pas donné à voir par le trou d’une serrure mystique ce qui est caché dans le ciel : en découvrant que Dieu est Père, Fils et Saint-Esprit nous réalisons que cette communion nous attend de toute éternité. La Trinité ce n’est pas seulement le secret de Dieu, c’est aussi notre destinée.

« Il est grand le mystère de la foi » proclamerons-nous tout à l’heure … ce mystère de la foi, ce n’est pas seulement un dogme ou une pratique, mais c’est surtout un grand souffle qui nous est proposé. Non pas une image ou une doctrine que nous construisons mais une présence que nous découvrons ; une présence aimante que nous a révélée Jésus par tout ce qu’il a dit et par tout ce qu’il a fait ; un amour qui se rend accessible à ceux qui veulent bien l’accueillir en lui faisant confiance, en plongeant dans sa mission au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit. 

Que la Vierge Marie nous aide à entendre cette parole pour la mettre en pratique, c’est-à-dire pour en vivre. Etoile du Matin, Porte du Ciel, Miroir de la sainteté de Dieu, qu’elle nous apprenne à accueillir ce qui nous est révélé, à contempler ce que nous avons accueilli, à désirer ce que nous avons contemplé pour que nous puissions demeurer en ceux qui demeurent nous dès maintenant et pour les siècles des siècles. 

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31 mai 2020 7 31 /05 /mai /2020 11:09

PENTA

Pentecôte - Année A

Il y a déjà cinquante jours que nous avons fêté Pâques ... même si, cette année, compte-tenu des circonstances, fêter n’est pas forcément le meilleur mot ! S’agira-t-il d’une fête de rattrapage ? Un lot de consolation ? Les cloches sont déjà revenues depuis longtemps et les chocolats sont mangés, il nous reste bien le lundi férié, mais il n’est pas sûr que cela suffise à remplacer les festivités perdues. Enfin, puisque nous sommes là, voyons quand même ce qu’apporte l’Esprit-Saint. 

La première lecture nous rappelait l’événement que nous célébrons aujourd’hui. Les apôtres sont réunis pour prier, et voilà que survient un grand coup de vent, des langues de feu et cette foule cosmopolite venant de pays aux noms imprononçables qui entendent le même discours, chacun dans sa langue. C’est déjà quelque chose de remarquable que ce don de Dieu personnalisé. L’auteur précise même pour les langues de feu qu’il s’en posa une sur chacun d’eux. Dans un monde uniformisé, la Pentecôte nous rappelle que les merveilles de Dieu se donnent à contempler à chacun. Souvent, dans les voyages organisés, on voit tout le monde prendre la même photo de la même chose, depuis le même endroit. Comme si l’émerveillement ou la beauté devaient être standardisés. Au contraire, la Parole de Dieu nous personnalise : par l’Esprit Saint nous découvrons la valeur unique que nous avons aux yeux de Dieu : nous ne sommes pas une foule de clones, nous ne sommes pas un parmi d’autres ! Personne n’est indispensable, dit-on. C’est peut-être vrai pour la société, mais ça n’est pas vrai pour Dieu, car ça n’est pas vrai pour l’amour. Après ces semaines où l’on a dit à beaucoup d’entre nous que nous n’étions pas nécessaires à la vie de notre pays, c’est assez consolant que l’Esprit Saint nous révèle un autre message. Dans le cœur de Dieu, nous avons chacun notre place, et il tient personnellement à chacun de nous. 

C’est magnifique que nous soyons uniques … mais si tout le monde l’est, cela peut virer facilement à la cacophonie ! C’est là qu’il est important de nous souvenir de la deuxième lecture. Saint Paul prend la comparaison du corps pour nous faire découvrir un autre aspect de l’action de l’Esprit-Saint : non seulement un pour tous, mais aussi tous pour un ! L’Esprit donne à chacun mais il permet aussi que la diversité soit au service de l’unité. Les dons sont variés mais c’est toujours le même esprit. On n’est pas obligé de choisir entre unicité et unité. C’est que dans la vie nous avons besoin des autres, mais il est très difficile d’accepter que l’autre ne soit pas comme nous. Alors il y a une sorte de combat : soit il faut que l’autre nous ressemble, soit on chercher à ressembler à l’autre. Mais aucune des deux solutions n’est satisfaisante. L’Esprit-Saint nous permet de découvrir un amour où l’on n’a pas besoin de se renier, ni de demander à l’autre de se sacrifier pour s’entendre. Il permet que l’unité soit fondée sur la complémentarité et non pas sur l’uniformité.

Enfin, nous avons entendu l’évangile. Entre parenthèse ce qui nous est raconté se déroule le soir du premier jour de la semaine après la mort de Jésus : donc le soir de Pâques. Ainsi Pâques et Pentecôte relèvent du même mystère, comme les deux faces d’une pièce. Donc Jésus communique l’Esprit-Saint aux apôtres, mais il le fait pour communiquer aussi sa mission : « comme le Père m’a envoyé, je vous envoie », et le signe de cette mission, c’est le pardon des péchés. C’est que l’Esprit-Saint n’est pas un réparateur d’estime de soi ou un facilitateur social : il est sanctificateur, c’est lui qui rend saint, lui qui nous porte jusque dans le cœur de Dieu. Et il y a bien quelque chose de divin dans le pardon. C’est même le but de la mission du Seigneur Jésus : réconcilier l’humanité avec Dieu, c’est-à-dire permettre que nos péchés soient pardonnés. Ainsi l’Esprit-Saint nous permet d’être … si nous le voulons … présence divine au milieu des hommes. Mais ne nous trompons pas : c’est le pardon et la miséricorde qui manifesteront cette présence. Dans les jours qui viendront – comme toujours dans notre vie – les occasions de tensions ne manqueront pas, selon que les uns feront ou ne feront pas telle ou telle chose, il sera facile de trouver des occasions de reprocher soit d’être imprudents soit d’être exagérément peureux. L’Esprit-Saint ne nous sera pas inutile pour pardonner avant que la différence ne devienne fossé, c’est lui qui nous permettra de garder l’unité par la miséricorde, pour reconnaître en chacun ce que Dieu aime en lui. 

Alors si nous n’avons pas célébré le mystère de Pâques comme nous l’aurions voulu, la Pentecôte nous permettra de le vivre. En accueillant le don de Dieu, nous découvrons combien le Seigneur tient à nous : il nous rassemble en lui par son Esprit qui nous sanctifie pour que nous puissions être, à notre tour, des artisans de paix. 

Que la Vierge Marie nous aide à entendre cette parole et à la mettre en pratique. Demeure précieuse qu’elle nous apprenne à contempler ce que le Seigneur regarde ; Mère de l’Église qu’elle nous guide dans l’unité du cœur de Dieu ; Temple de l’Esprit Saint qu’elle nous rende disponible au souffle divin pour que nous puissions être ce qu’il attend de nous et demeurer en lui comme il demeure en nous, dès maintenant et pour les siècles des siècles. 

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