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16 mai 2021 7 16 /05 /mai /2021 13:09

7PAB

7ème dimanche de Pâques - année B

Ac 1, 15-26 ; Ps 102 ; 1 Jn 4,11-16 ; Jn 17,11b-19

L’évangile que nous venons d’entendre me fait l’effet d’un feu d’artifice qui donne le tournis. Il y a de nombreuses paroles sublimes mais elles s’enchaînent les unes aux autres sans que j’en perçoive le lien logique. Comment les goûter sans les défigurer en les isolant de leur contexte ? Me voilà face aux limites de mon esprit trop cartésien … Cela dit, cette prière dévoilant le cœur de Dieu, il n’y a rien d’affolant à être dépassé ! Quoiqu’il en soit, je ne suis pas là pour me plaindre, mais pour vous servir dans le partage de la Parole de Dieu. Voyons donc ce que nous pouvons en retenir pour vivre cette dernière semaine du temps pascal.

Au moment où Jésus s’apprête à quitter ses disciples, on assiste en quelque sorte à deux passages de témoins : il demande au Père de continuer son œuvre, pour que les disciples puissent continuer sa mission. L’évangile nous indique donc les conditions de notre vocation de baptisés. Et l’on peut remarquer qu’il y a une subtile distinction entre le fait d’être dans le monde, mais de ne pas appartenir au monde ; ce qui – à la réflexion – est la situation de celui qui est envoyé dans le monde.

Cela signifie d’abord que nous n’avons pas à suivre le monde. Tout au long de l’histoire les prédicateurs ont mis en garde contre l’esprit du monde qui n’est pas l’esprit de Dieu. On pense bien sûr aux idées médiatiques, parfois contradictoires, mais considérablement amplifiées par les réseaux sociaux. Ce qui doit nous guider ce n’est pas l’opinion d’un groupe ou l’avis d’un personnage, c’est la Parole de Dieu. Cette parole qui est vérité, dit Jésus. Et voilà une bonne clé de discernement. En fait, le monde ne s’intéresse pas à la vérité, il s’intéresse à l’apparence, il s’intéresse à ce qui plait, il s’intéresse à ce qui sert, mais pour lui, la vérité n’est qu’un prétexte. Le monde est comme Pilate soupirant et haussant les épaules en disant « qu’est-ce que la vérité ? ». Attention, il ne s’agit pas de regarder les autres d’un air méprisant en pensant que nous avons, nous la vérité. Il s’agit d’être attentif à chercher la vérité, à la comprendre, à l’accueillir. La vérité n’est pas ce que je pense, mais ce que le Seigneur me révèle. Si nous voulons rester libres du monde, il ne s’agit pas de brandir la vérité comme un étendard mais de la recevoir comme une lumière qui se dévoile à mesure que nous lui sommes disponibles. Être sanctifiés dans la vérité, c’est accepter que ce soit elle qui commande, et pas nous !

Être dans le monde sans lui appartenir, cela signifie aussi que nous n’avons pas à craindre le monde. « Je leur ai donné ta parole, dit Jésus, et le monde les a pris en haine ». Le disciple n’est pas plus grand que le maître, et la croix nous rappelle que notre mission n’est pas une promenade de santé. Nous sommes prévenus qu’il y aura des difficultés et des oppositions. Et c’est important de s’en souvenir car nous pouvons être décontenancés et découragés quand la méchanceté répond au bien, quand le cynisme s’oppose à la vérité ou quand la haine refuse l’amour. Être dans le monde sans être du monde c’est vivre une situation qui peut être inconfortable ce qui explique que souvent la sainteté va à contre-courant du monde. Ça ne signifie pas qu’il faille être dans l’opposition systématique : dès les premiers siècles de l’église il a fallu rappeler à l’ordre ceux qui cherchaient la persécution par la provocation. Faire toujours le contraire du monde serait finalement une manière paradoxale de le suivre ! La remarque de Jésus nous rappelle que ce qui compte n’est ni l’accueil qu’on nous fait, ni le refus qu’on rencontre mais la parole de Dieu.

Enfin, être envoyé dans le monde signifie que nous n’avons pas à fuir le monde. « Je ne prie pas pour que tu les retires du monde » demande le Seigneur. Car cela pourrait être une tentation de se réfugier ailleurs dans un monde séparé ; mais ce serait alors trahir la mission et refuser d’être là où Dieu nous envoie. On pourrait appeler cela la tentation de Jonas … et l’on sait qu’il finit dans le ventre de la baleine ! C’est aussi la tentation de la secte, de se faire un petit cocon sympathique et chaleureux, hors du monde, soi-disant pour se préserver ; mais c’est du mauvais qu’il faut se préserver, pas du monde où nous sommes envoyés et que le Seigneur veut sauver. Car accepter d’être dans le monde, alors qu’on n’est pas du monde, c’est précisément entrer dans le même mouvement que le Christ qui est venu dans le monde, alors qu’il n’était pas du monde. Et c’est pourquoi nous partageons les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de notre temps. Etre dans le monde est aussi essentiel à notre vocation que d’être unis en Dieu, puisque ça touche à ce qu’il y a de plus fondamental dans la vérité : la volonté du Père.

Par sa prière, Jésus nous confie sa mission, mais il nous confie aussi Père car il ne s’agit pas d’une posture ou d’une tactique, mais d’entrer dans le souffle de son Esprit : c’est lui qui nous garde dans l’unité de l’amour divin pour que nous ne suivions pas le monde ; c’est lui qui nous fortifie dans le combat spirituel pour que nous ne craignions pas le monde ; c’est lui qui nous guide pour que nous ne fuyions pas le monde où nous sommes envoyés.

Que la Vierge Marie, Avocate des Toulonnais, nous aide à entendre cette Parole et à la mettre en pratique. Porte du Ciel qu’elle soutienne notre attachement à l’Esprit du Seigneur. Tour de David qu’elle nous fortifie dans l’accueil du Don de Dieu. Mère de miséricorde qu’elle nous entraine dans le souffle de l’Amour pour que nous puissions demeurer en Dieu comme il demeure en nous, dès maintenant et pour les siècles des siècles.

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