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Le Salut

Au mois de Juin, nous lisons les derniers chapitres des Actes des Apôtres : 26 à 28 qui couvrent le voyage de captivité.

26, 1-23 Discours de Paul devant le roi Agrippa

On peut tracer le plan suivant, qui fait passer le discours d’une apologie personnelle à une proclamation missionnaire

vv 2-3 : captatio benevolentiae 

vv 4-8 : Paul a été élevé dans le respect de la tradition juive

vv 9-11 : Son passé d’hostilité aux chrétiens en témoigne

vv 12-18 : Récit de l’apparition 

vv 19-23 : ce qui le guide, c’est l’obéissance à la parole de Dieu

Étendre la main : geste de l’orateur antique pour prendre la parole en demandant le silence. 

L’allusion à l’espérance de la résurrection est légitime dans le judaïsme, même si tous ne la partagent pas. 

La langue hébraïque dans laquelle parle la voie parle est certainement l’araméen 

Paul élude l’intervention d’Ananie, qui ne présente pas d’intérêt dans ce contexte.

v 18 : allusions à Jérémie et Isaïe, ce qui place Paul dans la lignée des grandes vocations prophétiques.

v 19 : Ceux qui s’opposent à Paul doivent comprendre qu’il agit par obéissance religieuse.

La description de la géographie de son ministère est un peu obscure, sans doute d’agit-il d’une amplification rhétorique.

26, 24-32 Réaction de l’auditoire

La réaction de Festus, est typique des païens, elle rappelle celle des athéniens sur l’Acropole (interruption et fin de non-recevoir : tu es fou). Paul saisi simplement l’occasion pour insister sur la réalité des faits : une manière de répondre que la raison devrait s’attacher au fait plutôt qu’à ses habitudes. Mais il préfère surtout s’adresser à Agrippa pour montrer la cohérence du christianisme avec l’espérance d’Israël, donc la continuité.

Encore un peu et, par tes raisons, tu vas faire de moi un chrétien ! Difficile de savoir si c’est ironique (= tu te persuades de m’avoir convaincu) ou si c’est plutôt nostalgique ( = je ne suis pas loin d’être convaincu).

La conclusion de la scène reste l’innocence de Paul et l’injustice de son sort. 

27, 1- 7 : départ pour Rome

L’itinéraire est documenté, précis tant sur les ports que sur les routes et les difficultés de la navigation. Le retour de la première personne (récit au « nous ») permet de penser que Luc a vécu ce voyage.

La cohorte Augusta I est présente en Syrie au temps de Quirinus ; le vaisseau est donc grec d'Adramyttium (aujourd’hui Edremit en Mysie, au sud de Troas) ; Aristarque a déjà été mentionné à Éphèse et lors du voyage vers Jérusalem (19,29 ; 20,4) et Paul l’évoque en Col 4,10.

Le trajet se fait en « équerre » : du Sud au Nord puis d’Est en Ouest.

Premier trajet : 

Sidon, port capitale de la Phénicie (Saïda aujourd’hui, au Liban)

Nord de Chypre – la route n’est pas la plus directe mais la mieux mieux protégée

Myre (aujourd’hui Demre), en Lycie (Sud-Ouest de l’Anatolie, sur le fleuve Myros) – ville connue pour son évêque : Saint Nicolas au IVe. Paul y avait déjà changé de navire en allant vers Jérusalem (Ac 21).

Un navire alexandrin – sans doute l’un de la flotte qui reliait Rome à Alexandrie – fleuron de la marine marchande romaine. Lucien de Samosate (Navigium 15) laisse une description enthousiaste de ces navires : 50 m de long, près de 15 de large, Flavius Josèphe rapporte qu’il s’est rendu à Rome sur un de ces bateaux avec 600 autres voyageurs … sur celui de Paul, compte tenu de la mauvaise saison et de la cargaison, ils ne sont « que » 276 (cf. v 37)

Suite du voyage : 

Cnide : aujourd’hui site archéologique, sur les côtes Turques, au Nord de Rhodes

Cap Salmoné (aujourd’hui Sideros à l’Est de la Crête) – le vent est d’Est et porte au Sud, la route est donc Sud-Ouest. 

Bons-Ports Lasaïa, sans doute sur la côte méridionale de la Crête. Aujourd’hui un village appelé Kaloi Limenes garde le souvenir d’une escale de saint Paul. D’autres auteurs situent l’étape sur la côte Nord-Est de la Crête.

27, 9-44 : la tempête et le naufrage

Grand récit épique, riche en détails et en rebondissement. 

Le Jeûne – pour la fête de Yom Kippour au moment de l’équinoxe d’automne (le 10 Tishri devait correspondre à notre fin octobre). La navigation était réputée incertaine à partir de mi-septembre et interrompue du 11 novembre au 10 mars (période de mare clausum).

Phoenix, port de la côte méridionale de Crête dont la localisation est incertaine. Une péninsule en garde le nom, c’est là que se situe Loutro qui garde aussi le souvenir d’une escale de saint Paul.

Euraquilon – selon les auteurs, de eurus (vent d’hiver de SE) & klydon (vagues), ou bien du mélange entre le grec eurus (vent d’hiver de SE) et le latin Aquilon (vent de Nord), désignerait donc un vent violent, sans doute dans le dialecte des marins levantins.

Gavdos la plus sud des îles grecques (environ 40 km au sud de la Crète)

La chaloupe sans doute utilisée pour les manœuvres de port, devait rester à la traîne, ce qui devient dangereux par gros temps.

La Syrte – célèbre banc de sable au Nord de Cyrène (Lybie)

Si ni le soleil, ni les étoiles ne sont visibles pendant plusieurs jours, il est impossible de s’orienter. 

Paul évoque l’apparition d’un ange … peut-être s’agit-il d’un encouragement comme à Corinthe ou à Jérusalem, mais alors c’était plutôt le Seigneur qui intervenait. Il est possible que ce soit une manière de parler à un auditoire païen pour appuyer l’exhortation à tenir bon. Dans tous les cas, cela témoigne que Paul priait aussi pour l’équipage. C’est aussi la conviction que le salut d’un seul ne peut être détaché du salut de tous.

Adriatique : c’est le nom générique à l’époque, pour désigner l’espace maritime entre l’Italie, la Grèce et l’Afrique. 

Pas un cheveu de votre tête … formule évangélique. « Il prit du pain et rendit grâce » si la formule rappelle l’eucharistie il est plus probable qu’il s’agisse d’un simple repas pris selon l’usage juif de la bénédiction. 

Voile d’artimon – en grec, petite voile – donc plus manœuvrable par vent fort. 

La réaction des soldats s’explique par le fait qu’ils étaient responsables sur leur vie des prisonniers : pour eux, il valait mieux qu’ils soient morts plutôt qu’en fuite ! 

A Malte, la baie de saint Paul est réputée être le lieu du naufrage, puisqu’elle correspond à peu près aux éléments mentionnés (plage, haut-fond).

28, 1-10 : Séjour à Malte

L’île à l’époque relevait de la province de Sicile. 

Les indigènes – en grec « barbares », désigne ceux qui ne parlent pas grec. Le maltais était alors un dialecte punique proche de l’araméen. 

Vengance divine = Diké, déesse grecque de la justice divine punitive. Celui qui, à peine rescapé d’un naufrage, se fait mordre par une vipère est nécessairement poursuivi par les dieux … mais comme il ne souffre d’aucun mal, on le considère alors comme un dieu.

Premier. Une inscription retrouvée à Malte confirme qu’il s’agit du titre du magistrat chargé d’administrer l’île. 

28, 11-28 : arrivée à Rome

Après trois mois : sans doute en février. 

Dioscures : Castor et Polux, protecteur des marins. 

Syracuse : à 83 nautiques de Malte. Ancienne colonie grecque, conquise par les Romains en 212 av JC, à l’issue d’une bataille où fut tué Archimède. La ville devient alors le siège du préteur. 

Rhegium : aujourd’hui Reggio Calabre, sur le continent. Une des plus anciennes colonies grecques en Italie du Sud (VIIIè av JC)

Pouzzoles : port important dans la baie de Naples (à 350 km de Reggio, ce qui donne une bonne vitesse de croisière). Plaque tournante du commerce avec l’Orient, il n’est pas étonnant qu’il y ait eu très tôt une présence chrétienne. De Pouzzoles, on allait à Rome par voie de terre, à travers la via Campana jusqu’à Capoue, puis la via Appia. Le Forum d’Appius se situe à 66 km de Rome, Trois Tavernes à 49 km de Rome. 

Compte-tenu des polémiques à son sujet, Paul pouvait craindre une certaine hostilité des chrétiens de Rome, et spécialement ceux d’origine juive. Il a donc besoin de courage pour les rencontrer.

Il est détenu sous le régime de la custodia militaris, c’est-à-dire qu’il pouvait vivre dans un logement personnel, en assumant sa subsistance et en restant attaché par une chaîne au bras gauche du soldat de garde. 

 

La rencontre avec les juifs souligne une dernière fois l’absence de griefs fondés contre Paul, mais elle prépare surtout l’épilogue du livre. 

A l’époque il y a près d’un million et demi d’habitants à Rome, dont environ 40 000 juifs. Paul cherche à clarifier les idées que les notables pourraient avoir à son sujet (et les difficultés prévisibles). On retrouve le même schéma que dans de nombreuses villes, schéma qui pourrait résumer le livre : prédication aux juifs qui se divisent et dont le refus conduit à l’annonce aux païens.

On trouve parfois un v 29 : « Quand il eut dit cela, les juifs s’en allèrent en discutant vivement entre eux »

28, 30-31 : épilogue

Deux ans est certainement le temps pendant lequel pouvaient se manifester les accusateurs. En absence de démarche de leur part, Paul devenait libre. 

La libre prédication de Paul aux païens de Rome termine les actes … elle en est l’aboutissement.

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Published by mane-nobiscum-domine