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Actes 17 à 19 – La persévérance …

 

Au mois de mars, nous lisions les chapitres 17 à 19 … Ils décrivent la fin du deuxième voyage missionnaire et nous conduisent en Grèce : à Thessalonique, Bérée, Athènes et Corinthe avant de revenir à Antioche d’où commencera le troisième voyage missionnaire qui nous conduit jusqu’à Ephèse. 

17, 1-15. Difficultés à Thessalonique & à Bérée

Le schéma est désormais bien rodé, pourrait-on dire : Paul et Silas arrivent dans un lieu, ils prêchent, certains se convertissent, d’autres résistent et provoquent un tumulte qui oblige à la fuite. Ce qui dit sans doute quelque chose sur la différence entre persévérance et obstination ! 

Les péripéties sont évoquées par Paul dans 1 Th 2, 1-12 ; Ph 4,16 ; 2 Co 8,1-2. Thessalonique est alors le siège du Proconsul, capitale du second district de Macédoine. Les magistrats locaux sont appelés « politarques ». On notera l’accent sur les femmes, typique de Luc. On ne sait pas si Jason est le parent de Paul dont parle Rm 16,21

Bérée s’appelle aujourd’hui Verria et se trouve à 65 km de Thessalonique au pied du Mont Olympe. L’animosité des juifs de Thessalonique les poursuit, et contraste avec le succès initial de la mission. Où l’on reparle de Timothée, qui sera renvoyé à Thessalonique avant de rejoindre à Corinthe.

17,16-21 Athènes

C’est la seule mission sans persécution, ce qui ne signifie pas sans échec. C’est une ville alors modeste : 5 000 habitants à l’époque, où ne subsistent que les vestiges de la gloire passée. Reste une prestigieuse école philosophique. 

On remarquera qu’il s’agit de la première mission qui débute hors de la synagogue. Les épicuriens étaient des matérialistes prônant la modération du plaisir, tandis que les stoïciens considèrent que l’homme est une étincelle du feu universel. Dans les deux cas, il s’agit de visions closes du monde, sans histoire de salut, sans dynamique de libération.

Le discours de Paul attire plutôt le mépris de ses auditeurs (« discoureur », « divinités étrangères »), il est conduit devant l’Aréopage, qui peut être soit un conseil faisant office de tribunal qui se réunissait près du Forum, soit le lieu où celui-ci se réunissait habituellement et qui était plus tranquille que l’agitation des rues. 

17, 22-34 Discours à l’Aréopage

Paul commence son discours par une évocation de la réputation (et de la fierté) des athéniens : « les plus religieux des hommes ». Il prend appui sur un autel « au Dieu inconnu » ou « à un Dieu inconnu », dont on n’a pas de traces archéologiques. 

Le discours commence par une critique de la théologie du temple, qui liait la présence de la divinité à un lieu déterminé. En contraste, Paul évoque l’universalité de l’humanité (allusion à Adam, mais aussi aux différents mythes païens qui font descendre l’humanité d’un couple primordial). La recherche de Dieu est présentée comme le but de l’existence humaine. On retrouve cette idée chez les stoïques, chez Epiménide de Cnossos (VIème av JC), Dion de Pruse et Epictète (qui sont légèrement postérieurs à saint Paul). Le thème est donc dans l’air du temps. La citation « nous sommes de sa race » est tirée de Phénomènes d’Aratus († 240 av JC), on retrouve une phrase semblable dans l’hymne à Zeus de Cléanthe († 232 av JC), cette dignité humaine est un plaidoyer contre l’idolâtrie. 

Le point d’achoppement est la résurrection, profondément étrangère à la philosophie grecque pour laquelle la mort était au contraire le moment où l’âme se libérait des pesanteurs du corps. 

Denys l’Aréopagite était sans doute connu des premiers lecteurs des Actes, les écrits qui lui sont attribués aujourd’hui sont l’œuvre d’un auteur du Vème siècle, qu’on appelle maintenant « Pseudo-Denys ». On a parfois identifié l’Aréopagite au premier évêque de Paris (qui est plus probablement du IIIème siècle).

18,1-17 Corinthe

Corinthe est une très ancienne citée (on trouve des preuves d’habitation datant de -6500 avJC). D’après la mythologie grecque, elle a été fondée par Sisyphe. A l’époque, c’est la capitale de la province romaine d’Achaïe. Avec ses deux ports, Cenchrées sur la mer Egée, et Léchaion sur l’Adriatique, c’est une place commerciale très importante, avec ce que cela comporte de fréquentation cosmopolite, mais aussi de liberté des mœurs. Les deux tiers de la population est esclave. 

Aquila et Priscille (ou Prisca) sont mentionnés dans plusieurs lettres de Paul (Rm 16,3 ; 1Co 16,19 ; 2Tm 4,19). L’expulsion des juifs de Rome par Claude est mentionnée dans la Vie de Claude de Suétone. Elle a eu lieu vers 49-50. Au passage, on apprend que Paul avait pour métier de fabriquer des tentes.

L’arrivée de Silas et de Timothée, est évoquée dans 1Th 3,6-7 ; leur présence à Corinthe dans 2Co 1,19. Sans doute apportaient-ils quelques subsides permettant de se consacrer à la prédication. 

Le passage aux païens est étonnamment illustré par l’hospitalité du voisin de la synagogue et la conversion de son chef ! 

La vision de Paul qui l’encourage est tissée de références de l’Ancien Testament, comme pour signifier la continuité entre les deux alliances malgré la rupture ethnologique. Pendant sa période corinthienne, Paul va écrire les deux lettres aux Thessaloniciens. Dans 1Co, il rappelle le baptême à ce moment-là Crispus, Caïus ainsi que Stephanas et sa famille. 

Gallion ou Lucius Junius Gallio (-3, 65) était le frère ainé de Sénèque, proconsul en Achaïe en 51 & 52 d’après une inscription découverte en 1905. Il est présenté ici comme un modèle de comportement des autorités romaines : indifférentes aux polémiques initiées par les juifs contre les chrétiens. 

18,18-23 Début du 3° voyage

Il n’est pas très clair si c’est Paul ou Aquilas qui avait fait un vœu, et si ce vœu est terminé ou s’il commence ! Le naziréat consistait à ne pas se couper les cheveux ni boire du vin (Nb 6,2) l’habitude était plutôt de l’achever au Temple de Jérusalem.

Paul arrive sans doute vers le printemps 52 à Antioche, pour repartir vers l’été en direction d’Éphèse, comme promis, par voie de terre. C’est le 3° voyage missionnaire, même si Luc s’efforce de ne pas trop le distinguer du voyage précédent pour que tout parte et arrive à Jérusalem (thème lucanien par excellence)

18,24-27 Apollos

Apollos, juif alexandrin, donc formé à la lecture allégorique de la Bible est évoqué également dans la 1ère lettre aux Corinthiens et dans la lettre à Tite. Il a semble-t-il susciter un certain enthousiasme à Corinthe, au risque de diviser la communauté. Les autres mentions suggèrent qu’il est resté un homme de communion et qu’il a continué la mission aux côtés de Paul. Certains voient en lui l’auteur de la Lettre aux Hébreux, mais la thèse est controversée. La fin de sa vie est inconnue, même si différentes traditions (aucune fiable) le prétendent évêque d’Iconium, de Césarée ou de Corinthe. Il est parfois fêté dans certaines églises sans qu’il soit mentionné au Martyrologe Romain

19,1-10 Éphèse

Éphèse était l’une des cités les plus florissante de l’Empire Romain. Port commercial très fréquenté pour les échanges entre Orient et Occident, avec une population d’environ 300 000 habitants. Au long des siècles, depuis le Vème millénaire av JC, sa localisation suit la modification du littoral, tout en restant un centre important jusqu’au début du XVème siècle de notre ère. 

La rencontre avec les johannites (disciples de Jean) est typique des difficultés du christianisme primitif. Qualifiés de « disciples » ce qui ordinairement désigne les chrétiens, le groupe se réfère principalement à l’enseignement du Baptiste. A côté des communautés issues de la prédication apostolique, se trouvaient des cercles plus larges se référant plus librement au message de Jésus. Le défi est bien de veiller à l’authenticité de la foi, d’où la question sur l’Esprit Saint.  

L’ignorance de l’Esprit Saint mène Paul à douter du baptême, signe de l’importance du lien entre le baptême chrétien et l’effusion de l’Esprit (cf. l’épisode des Samaritains en Ac 8)

L’école de Tyrannos … inconnu par ailleurs. Une variante précise que Paul enseignait de la cinquième à la dixième heure (donc de 11.00 à 16.00), donc les heures les plus chaudes, auxquelles les locaux étaient libres de leurs activités ordinaires. 

Pendant ce séjour à Éphèse, Paul la première lettre aux Corinthiens et celle aux Galates, et peut-être aussi la lettre aux Philippiens.

19,11-20 Les exorcistes juifs

On retrouve l’ambiguïté entre miracle et magie qui avait provoqué la demande de Simon (Ac 8). Comme pour Pierre, il suffit de toucher les vêtements de Paul pour être guéri !

La magie était très répandue à Éphèse. L’épisode, haut en couleur, et le sommaire qui conclut (vv 18 & 19) souligne l’incompatibilité avec la foi chrétienne. 

« La parole du Seigneur croissait et s’affermissait » - sorte de leitmotiv qui termine une phase de l’histoire

19,21-40 émeute des orfèvres

Comme à Philippes, le motif économique fait obstacle à l’évangélisation chez les païens. Le récit est très pittoresque … certains y ont vu l’ajout d’une source particulière. 

Le temple d’Artémis à Ephèse était considéré comme l’une des sept merveilles du monde. Réputé un des premiers établissements bancaires de l’histoire il est détruit par les Goths en 263. Le commerce de répliques miniatures du but semble appartenir à la structure même du pèlerinage !

Paradoxalement le discours de Démétrius est un excellent résumé de la prédication de Paul contre l’idolâtrie. 

Le théâtre se visite encore aujourd’hui : il pouvait contenir jusqu’à 25 000 personnes. 

Aristarque, originaire de Thessalonique (cf. Ac 20,4)  sera compagnon de captivité de Paul (Ac 27,2 ; Col 4,10 ; Phm 24). Gaïus est peut-être le même qu’en Ac 20,4

La fureur de la foule s’exerce indistinctement contre les juifs et les chrétiens (cf. la mésaventure d’Alexandre)

Le rappel à la loi par le chancelier, est une manière de ramener à la raison et donc au calme. 

 

Pour le mois d’avril, nous lisons les chapitres 20 à 22, qui conduisent Paul depuis Éphèse jusque devant le tribunal de Jérusalem 

20,1-12 – d’Ephèse à Troas

20, 13-28 – Milet

21,1-14 - Montée à Jérusalem

21,15-26 – Arrivée

21, 27-40 – Arrestation de Paul

22, 1-21 – Harangue de Paul pour sa défense

22, 22-29 – Citoyen Romain 

Le v. 30 peut être lu avec le chapitre 23 qu’il introduit ! 

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Published by mane-nobiscum-domine