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20 septembre 2020 7 20 /09 /septembre /2020 13:21

25TOA

25° dimanche du Temps Ordinaire - Année A

Après divers enseignements sur le pardon, voilà que l’évangile de ce dimanche propose à notre méditation la parabole qu’on appelle généralement celle des ouvriers de la dernière heure. En vérité, il vaudrait mieux l’appeler la parabole du maître généreux, parce que finalement, c’est toujours le cœur de Dieu que Jésus nous donne à contempler. Dans cette histoire, malheureusement, nombreux sont ceux qui prennent un peu trop spontanément le parti des ouvriers de la première heure, ceux qui récriminent et qui remettent en cause la générosité du maître. Essayons donc de comprendre un peu mieux ce qui empêche de reconnaître et surtout d’accepter l’exemple du Seigneur.

D’abord il y a la déception car ils s’attendaient à recevoir davantage. Mais si l’on a bien écouté l’évangile, et comme le rappelle le maître, ils reçoivent le salaire convenu, celui qu’ils avaient accepté dès le matin. Puisqu’ils ont été embauchés dès le début, et qu’ils s’étaient mis d’accord avec le maître du domaine, il faut considérer que c’est une somme juste, et sans doute plutôt bonne : sinon ils pouvaient marchander ou attendre une autre proposition. D’ailleurs, le maître ne promet rien à ceux qu’il embauche plus tard, il dit seulement : « je vous donnerai ce qui est juste ». Ceux qui récriminent avaient donc un contrat – en termes plus théologiques on parle d’alliance. Et voilà le premier obstacle qui empêche de reconnaître le cœur de Dieu : c’est passer de l’alliance au sentiment. A la limite, ils auraient dû être surpris, au début de la distribution, que les derniers venus reçoivent ceux qu’eux-mêmes devaient recevoir. Mais ils se fient à leur impression et à leurs idées plutôt qu’à la Parole entendue et acceptée. Et cela déjà nous interroge. Combien de fois évoquons-nous les sujets spirituels à partir de ce que nous pensons plutôt qu’à partir de l’évangile. Prétendre parler de Dieu en se basant sur nous même plutôt que sur sa parole, c’est être à peu près sûr d’être déçu ! Notre fidélité ne se mesure ni à ce que nous pensons, ni à ce que nous ressentons, mais à notre attachement à la parole de l’alliance.

Ensuite, les ouvriers expriment la raison pour laquelle ils s’insurgent : ils se comparent et trouvent injuste que ceux qui n’ont fait qu’une heure soient traités comme ceux qui ont enduré le poids du jour et de la chaleur. Entre parenthèse ils ne disent pas qu’ils ont travaillé plus que les autres, mais qu’ils ont eu plus de peine … Et voilà le deuxième piège qui peut nous empêcher de comprendre le cœur de Dieu, c’est de penser la justice en termes de mérite, de penser que Dieu nous doit à proportion de ce que nous supportons. Et même si ces ouvriers ont travaillé plus que les autres – ce qui reste quand même vraisemblable – l’attitude du maître nous montre qu’il n’y a pas non plus de mérite acquis par ce que nous faisons. Si Dieu a des obligations envers nous, c’est en raison de l’alliance, de sa parole, et non pas de nos mérites ou de nos efforts. C’est d’ailleurs l’une des plus anciennes hérésies, et peut-être l’une des plus pernicieuses, que de compter sur nos mérites plutôt que sur la parole de Dieu. On raconte l’histoire d’une personne qui arrive au paradis. Saint Pierre lui dit : « pour entrer, il vous faut mille points ». La personne répond alors : « je suis baptisé, j’ai fait ma communion et j’étais fidèle à la messe le dimanche, je priais dès que je pouvais » ; saint Pierre lui dit : « c’est bien : vous avez un point ». Un peu surprise, l’autre reprend : « mais je me suis impliqué dans la paroisse, j’ai aidé le curé, et j’ai donné au denier » ; « parfait, un autre point » dit saint Pierre. Là, l’inquiétude commence à stimuler la mémoire du candidat au paradis : « j’ai aidé les gens, donné à manger à ceux qui avaient faim, boire à ceux qui avaient soif, j’ai été charitable » ; saint Pierre lui dit alors « Très bien : deux points de plus ». Désemparée la personne s’écrit alors : « je suis perdu, je n’ai plus qu’à compter sur la miséricorde de Dieu » ; « voilà vous avez vos mille points » dit Saint Pierre. Ça ne veut pas dire qu’il ne faut rien faire, ça ne veut pas dire que nos bonnes actions n’ont pas de valeur … mais elles sont la conséquence de la grâce et non pas la cause. Notre seul mérite, c’est que Dieu nous aime … et nous n’avons rien fait pour le mériter !

Enfin, il y a une réflexion du maître de la parabole qui révèle un troisième obstacle qui nous empêche de reconnaître le cœur de Dieu : « ton regard est-il mauvais parce que moi je suis bon ? ». Parce que le grand mystère du mal, c’est qu’il se déchaîne face à la bonté. Les ouvriers de la dernière heure n’étaient pas des fainéants, c’était plutôt des bras cassés : « personne ne nous a embauchés » répondent-ils au maître. Mais la générosité et la bienveillance de celui-ci provoquent chez les premiers ouvriers mépris et jalousie. Et nous devons veiller à ce que la miséricorde ne durcisse pas notre cœur. Nous avons le droit de dénoncer l’injustice, nous avons le devoir de combattre le mal, mais la générosité et le dévouement doivent nous entraîner, même quand ils paraissent excessifs. On ne peut connaître le cœur de Dieu que si on consent à l’imiter, et que l’on essaie de faire battre notre cœur à son rythme.

Plutôt que de s’identifier aux ouvriers de la première heure, entendons résonner en nous l’appel du prophète Isaïe : « cherchez le Seigneur tant qu’il se laisse trouver ». Nous sommes plutôt comme ceux que le maître rencontre à cinq heures : nous sommes de ceux avec qui Dieu fait alliance, sans mérite de notre part, mais avec une surabondance de générosité qui peut bouleverser notre cœur, pour rayonner à notre tour de son amour.

Que Notre Dame, Avocate des Toulonnais, nous aide à entendre cette parole et à la mettre en pratique. Arche de la Nouvelle Alliance, qu’elle nous garde dans la fidélité à la Parole du Seigneur ; Comblée de grâce, qu’elle nous apprenne à reconnaître le don de Dieu ; Mère de Miséricorde qu’elle nous entraîne dans la bonté du Père pour que nous demeurions en lui comme il demeure en nous, dès maintenant et pour les siècles des siècles.

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13 septembre 2020 7 13 /09 /septembre /2020 13:32

24TOA

24° dimanche du Temps Ordinaire - Année A

Je dois vous confesser que j’ai toujours trouvé incroyable la parabole que nous venons d’entendre. Rassurez-vous ça ne veut pas dire que je ne crois pas l’évangile, mais ça veut dire que cette histoire ne cesse de m’étonner et que je n’arrive pas à m’y habituer ! Et finalement c’est plutôt une bonne disposition que de se laisser étonner par la parole de Dieu : cela permet de continuer à chercher et à creuser le sens des textes. Voyons ce qui peut nous étonner.

La première chose inouïe dans cette parabole c’est la dette du serviteur. Dix mille talents, c’est-à-dire soixante millions de pièces d’argent … pour bien comprendre ce que cela signifie, on peut se rappeler qu’une pièce d’argent c’est le salaire d’une journée. En admettant que l’homme est riche et qu’il a des revenus qui lui permettent de payer soixante personnes par jour, ça fait quand même une somme représentant un million de jours, donc à peu près 3 000 ans ! C’est faramineux : même les pays les plus endettés aujourd’hui n’ont pas une dette aussi lourde. Ainsi une première leçon, c’est qu’on ne réalise pas ce que l’on doit, spécialement au maître, c’est-à-dire à Dieu. C’est vrai que d’une manière générale on est plus sensible à ce que l’on subit qu’à ce que l’on fait subir, et que l’on a tendance à surestimer ce que l’on donne et à sous-estimer ce que l’on reçoit. Mais justement, il faut développer en nous le sens de la justice pour reconnaître la valeur de la grâce. « Aucun d’entre nous ne vit pour soi-même » dit Saint Paul … cela peut nous aider à réaliser combien nous sommes souvent loin de ce qui est juste devant Dieu ! Ainsi la parole nous invite à reconnaître combien nous sommes pécheurs, non pas pour nous humilier, mais pour élargir notre gratitude.

La deuxième chose stupéfiante, c’est l’attitude de l’homme lorsqu’il sort de la rencontre avec son maître. Non seulement il ne veut pas remettre la dette de cent pièces d’argent qu’on lui doit, mais en plus il est violent : il se jette sur son compagnon pour l’étrangler. On peut comprendre qu’il soit en difficulté : cent journées de travail ce n’est pas rien ! Mais ça n’est pas une raison pour être ainsi agressif. De la même manière, on peut comprendre qu’il soit difficile de pardonner quelque chose qui nous a blessé profondément, on ne parle pas ici de tristesse ou de souffrance ; pour reprendre les termes de Ben Sira, il s’agit de rancune, de colère et de vengeance. Il y a quelque chose d’excessif dans lequel le conflit risque de nous entraîner. La première étape du pardon, c’est donc de refuser de se laisser entraîner dans le cercle de la violence. Parfois garder notre calme et une attitude courtoise sera la seule chose que nous pourrons faire, mais nous devons toujours la faire : c’est ainsi qu’on garde une porte ouverte à la volonté de Dieu. D’ailleurs, on ne répare jamais une injustice par une autre injustice. Ensuite, comme l’explique le contraste entre les deux dettes de la parabole, il faut se remettre devant Dieu : « Pense à ton sort final » disait le Sage. Parce qu’il y a quelque chose de divin dans le pardon, nous devons garder les yeux fixés sur le Seigneur pour garder notre cœur disponible.

Enfin il y a un troisième point qui doit nous étonner et nous faire réfléchir. C’est la deuxième entrevue avec le maître. La dette était remise et voilà qu’elle ne l’est plus puisque l’homme est livré aux bourreaux jusqu’à ce qu’il rembourse tout ce qu’il doit. Dans les cours de récréation j’ai appris que « donner c’est donner, reprendre c’est voler » … mais justement ça n’est pas le cas avec le maître, et cela implique que ça n’est pas le cas avec Dieu. Troublant, n’est-ce pas ? C’est que le pardon, n’est pas dans une logique comptable. C’est d’ailleurs ce que Jésus laisse entendre quand il dit « non pas sept fois mais 70 fois sept fois » … ce qui est plus difficile à compter ! On raconte l’histoire d’un paysan qui descend dans la vallée pour se confesser. Il s’accuse d’avoir volé « trois sacs de blé, non quatre, non trois … » au bout d’un temps, un peu agacé, le prêtre demande : « trois ou quatre », et l’autre de répondre « mettez m’en quatre, je prendrais le dernier en rentrant » ! Le pardon ne relève pas des mathématiques mais de la relation : il se vit dans le temps et non pas dans l’instant ; il se déploie dans une histoire et non pas dans un événement. C’est pourquoi il nous arrive de réaliser qu’on doit encore pardonner ce qu’on pensait avoir déjà pardonné ; parce qu’on ne pardonne pas une fois pour toutes, mais chaque jour un peu plus, au fur et à mesure que l’on avance dans la vie. La miséricorde n’est pas un moment mais une fidélité.

Alors, oui, laissons-nous étonner par la Parole de Dieu, et spécialement cette parabole du débiteur impitoyable. Laissons-nous étonner par le pardon, et d’abord par le pardon que Dieu nous accorde même quand nous ne réalisons pas combien il nous a pardonné. Laissons-nous étonner par le pardon qui s’appuie sur la justice pour la transfigurer et non pas pour l’ignorer. Laissons-nous étonner par le pardon que nous pouvons toujours vivre parce qu’il nous permet de progresser dans l’amour.

Que Notre Dame, Avocate des Toulonnais, nous aide à entendre cette parole et à la mettre en pratique. Comblée de grâces qu’elle nous apprenne à reconnaître tout ce que le Seigneur nous a donné et pardonné. Miroir de la sainteté de Dieu, qu’elle garde nos cœurs tournés vers la vérité et la justice. Mère de miséricorde qu’elle soutienne notre fidélité pour que nous puissions demeurer en Dieu comme il demeure en nous, dès maintenant et pour les siècles des siècles.

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6 septembre 2020 7 06 /09 /septembre /2020 13:08

23TOA

23° dimanche du Temps Ordinaire - Année A

« Je fais de toi un guetteur pour la maison d’Israël » c’est par ces mots que le Seigneur explique à Ezéchiel ce qu’il attend de lui. Et la description plus concrète de cette mission de guetteur ressemble étrangement à ce que Jésus demande à ses disciples : « tu avertiras le pécheur de changer de comportement : s’il t’écoute, tant mieux pour vous deux ; s’il refuse de t’écouter, tant pis pour lui ! » Ainsi, peut-on considérer que le Seigneur nous demande à nous aussi d’être en quelque sorte des « guetteurs de son cœur ». Voyons ce que cela implique. 

Un guetteur doit avoir plusieurs qualités. D’abord il doit avoir une bonne vue, ensuite il doit rester vigilant, enfin il doit pouvoir se faire entendre pour transmettre et avertir de ce qu’il a vu. S’il ne voit rien, s’il ne fait pas attention ou s’il ne peut pas communiquer, il ne sert pas à grand-chose. 

Avoir une bonne vue, pour le guetteur du cœur de Dieu, ce n’est évidemment une question physique. La vue dont il s’agit, c’est la connaissance de ce Dieu attend. Si on ne sait pas ce qu’est un péché, on ne peut pas avertir celui qui le commet ! Ainsi la première chose que nous devons rechercher, c’est la connaissance de la volonté de Dieu. Et pour cela le Seigneur nous a donné sa parole. Il ne nous suffit pas de nous appuyer sur nos émotions ou sur nos idées, il faut que nous nous laissions façonner par la parole de Dieu pour penser comme Dieu pense, pour ressentir ce que Dieu ressent. Le prophète Jérémie prenait l’image du potier qui façonne l’argile. Le potier c’est le Seigneur, et l’argile c’est nous. En lisant la parole de Dieu, en nous laissant guider et transformer par elle, notre cœur se modèle de plus en plus à l’image du cœur de Dieu. Ça ne se fait pas en un instant, ça prend du temps et nous devons développer en nous cette intimité, cette passion pour la Parole.

Mais le guetteur aura beau avoir une bonne vue, s’il ne regarde pas il ne verra rien. Il lui faut donc cette vigilance qui fait le bon guetteur, celui qui ne se laisse pas distraire. Comment pouvons-nous garder cette vigilance du cœur de Dieu ? Par la prière qui maintient notre cœur en éveil. Mais la parole de Jésus nous avertit : la prière n’est pas une affaire purement personnelle : « si deux d’entre vous se mettent d’accord », « quand deux ou trois sont réunis en mon nom ». La prière se déploie en plénitude dans la communion. Bien sûr il y a une dimension personnelle dans la prière, mais si nous croyons que cela suffit nous sommes dans l’illusion. Celui qui pense retrouver Dieu sans jamais rejoindre les autres ne fait que se retrouver lui-même. C’est la raison pour laquelle nous nous retrouvons dans l’église pour célébrer ensemble les mystères du Seigneur : la liturgie est la source et le sommet de la vie spirituelle, c’est elle qui nous évite de nous endormir. 

Pourtant il y a encore une troisième attitude à développer pour être guetteur du cœur de Dieu, c’est la capacité à se faire entendre. Celui qui reste dans sa tour d’ivoire sans partager ce qu’il a découvert ne sert pas à grand-chose. Pourtant celui qui prétend donner des leçons sans les pratiquer lui-même n’est pas plus audible. Saint Thomas d’Aquin remarquait qu’il était difficile de reprocher un péché à quelqu’un si l’on commet soi-même ce péché ou des péchés plus graves. Jésus parlait de la paille et de la poutre. Aussi devons-nous être attentifs à pratiquer ce que nous croyons, et comme dit Saint Paul, l’accomplissement de la Loi, c’est l’amour. C’est bien l’amour de charité qui achève de faire de nous les guetteurs que le Seigneur attend. Dans la correction fraternelle, l’amour se manifeste d’abord dans la discrétion qui est la manière de respecter l’autre, puis dans l’obéissance en acceptant que d’autres vérifient ce que nous prétendons, enfin dans la justice pour que ça ne soit pas une affaire de personnes ou d’émotions mais de vérité. Sans l’amour, le prophète est un idéologue, un moraliste ou une mouche du coche : c’est l’amour qui fera de nous d’authentiques guetteurs du cœur de Dieu. 

« Ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans le ciel, ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans le ciel ». Si nous voulons vraiment que s’accomplisse en nous ces paroles du Seigneur, nous devons être des guetteurs qui voient bien parce qu’ils se laissent façonner par la Parole de Dieu, des guetteurs vigilants parce qu’ils gardent l’unité dans la prière, des guetteurs efficaces parce qu’ils peuvent partager dans la charité. 

Que Notre Dame, avocate des Toulonnais, nous aide à entendre cette parole et à la mettre en pratique. Trône de la Sagesse, qu’elle dispose nos cœurs à se laisser former par la Parole de Dieu ; Temple de l’Esprit Saint, qu’elle nous garde dans la fidélité à la prière ; Mère du Bel Amour qu’elle nous encourage à aimer toujours plus et toujours mieux, pour que nous puissions demeurer en Dieu comme il demeure en nous, dès maintenant et pour les siècles des siècles.

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30 août 2020 7 30 /08 /août /2020 14:04

22TOA

22° dimanche du Temps Ordinaire - Année A

Décidément, on peut dire que Pierre accumule les records : il est le seul dans tout l’évangile à qui Jésus dit « Heureux es-tu », nominativement et directement, mais il est aussi le seul à se faire traiter de Satan par le Seigneur ! Et, si les deux évangiles qui nous rapportent ces événements sont lus à une semaine d’écart, dans les faits, tout est arrivé au même endroit et en même temps. 

Que s’est-il donc passé ? On peut penser que Pierre, fort des compliments sur sa foi et de sa future mission, c’est senti autorisé à donner des conseils au Seigneur … C’est d’ailleurs ce que suggère le verset « Pierre, le prenant à part lui fit de vifs reproches ». Sans doute est-ce bien humain, mais c’est justement cela le problème : traiter humainement des affaires divines ! Au contraire, ayant reconnu que Jésus était le Messie, le fils du Dieu vivant, il aurait pu être un peu plus respectueux de ses paroles. En matière de foi, il ne suffit pas de parler, il faut encore écouter ! 

« Celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perd sa vie à cause de moi, la trouvera », ces paroles de Jésus nous rappellent la dynamique fondamentale de la vie spirituelle : remettre le Christ au centre. C’est un défi, c’est peut-être même le défi principal, celui sur lequel Pierre a trébuché, mais aussi celui sur lequel nous buttons si souvent. 

Remettre le Christ au centre, ce n’est pas oublier toute prudence pour se laisser faire par les événements, ce n’est pas non plus s’interdire de réfléchir pour choisir ce qui est le mieux. Mais remettre le Christ au centre, c’est savoir que nos pensées et nos habitudes humaines sont limitées et que Dieu nous conduit plus surement et plus haut que nos sentiments et nos émotions. C’était d’ailleurs le sens du puissant témoignage de Jérémie : je n’en peux plus de faire ce que tu me demandes, mais je ne peux m’en empêcher !

Évidemment, toute cette affaire de suivre le Christ, concerne surtout les épreuves et les souffrances. Non pas que le Christ ne nous demande qu’épreuves et souffrances, mais c’est à ce moment-là qu’on touche du doigt que c’est lui qui commande. Sur des choses indifférentes ou sur des choses qui nous font plaisir, ce n’est pas compliquer de suivre le Seigneur. 

Cependant ne nous trompons pas : ce n’est pas la souffrance qui nous sanctifie. Quand Jésus parle de prendre sa croix, il rajoute après « et qu’il me suive » ; de la même manière il ne dit pas « qui perd sa vie la trouvera » mais il précise « qui perd sa vie à cause de moi ». Et quand il annonce ce qui indigne Pierre, il ne dit pas seulement qu’il lui faut souffrir beaucoup et être tué, il rajoute « et le troisième jour ressusciter ». 

Le mal n’a aucun intérêt pour lui-même, il n’a d’intérêt que s’il nous rend disponibles à l’action de Dieu. Pensons-nous vraiment que Dieu a remercié ceux qui ont contribué à l’arrestation, la passion et la crucifixion du Seigneur ? D’ailleurs Jésus a dit de l’un d’eux « qu’il vaudrait mieux pour lui qu’il ne soit pas né » … il y a plus agréable comme compliment ! Pensons-nous aussi que Jésus ait recherché la passion et qu’il soit allé au supplice avec joie et enthousiasme ? Il faudrait peut-être se souvenir de Gethsémani avant de croire qu’un bon chrétien doit siffler en souffrant ! D’ailleurs les pères de l’Église sont très sévères vis-à-vis de ceux qui provoquaient la persécution pour devenir martyr ! 

Le Christ ne nous demande pas de souffrir, il nous demande encore moins de faire souffrir, il nous propose simplement de vivre les souffrances qui surviennent et qu’on ne peut pas empêcher comme une occasion de le suivre plus fortement, car on ne peut pas passer tout seul à travers l’épreuve, il faut se laisser saisir par Lui pour aller jusqu’au bout du chemin de Pâques.

S’offrir en sacrifice vivant, se laisser séduire par Dieu, perdre sa vie à cause du Seigneur … toutes ces expressions disent la même chose : Dieu ne force jamais l’homme à lui faire confiance, mais on ne fait pas confiance en gardant la maîtrise, ; on fait confiance en se donnant par la foi et l’espérance pour remettre le Christ au centre. Ce ne sont pas les pensées des hommes, car ce sont les pensées de l’amour donc de Dieu. 

Que la Vierge Marie nous aide à entendre cette parole et à la mettre en pratique. Puisqu’elle s’est rendue disponible à l’Esprit Saint lors de l’Annonciation, qu’elle nous apprenne à consentir aux pensées de Dieu. Puisqu’elle a indiqué son fils aux serviteurs de Cana, qu’elle nous guide vers la confiance dans les difficultés de la vie. Puisqu’elle se tenait au pied de la Croix, qu’elle nous accompagne dans les épreuves pour que tout ce que nous vivons nous rapproche du Seigneur et que nous demeurions en lui comme il demeure en nous dès maintenant et pour les siècles des siècles.

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23 août 2020 7 23 /08 /août /2020 12:59

21TOA

21° dimanche du Temps Ordinaire - Année A

« Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon église » … cette phrase de Jésus a été largement commentée tout au long des siècles, spécialement lors des controverses autour du rôle du Pape, successeur de Pierre. Mais il y a sans doute plus d’enseignement à en retenir qu’un simple argument de politique ecclésiastique – même au sens le plus noble du terme.

La mission confiée à Pierre est de l’ordre de la fondation. Dans la construction, on sait qu’il s’agit d’un point très important. Ce n’est pas un élément suffisant pour la solidité d’un bâtiment : il n’y a qu’à se promener dans des ruines, pour se convaincre que des fondations peuvent subsister alors que le reste s’est écroulé. En revanche, cela reste un élément nécessaire : si la fondation n’est pas fiable, il n’y a aucune chance que le bâtiment demeure. Dans le cas de l’Église, le bâtisseur est le Christ. On peut lui faire confiance pour la solidité de la construction : « les puissances de la mort ne l’emporteront pas » … mais l’édifice le plus solide ne saurait tenir sur des fondations trop faibles. Essayons d’examiner sur quel type d’homme le Seigneur bâtit son église, pour comprendre ce que nous devons être pour permettre à la puissance de Dieu de se déployer en nous.

La première chose que l’on peut remarquer, c’est que Pierre est un homme libre : il ne suit pas l’opinion commune et sa réponse est bien différente de ce que les gens disent de Jésus. Bien sûr la question n’est pas la même, mais les disciples pourraient partager les opinions qu’ils rapportent. Voilà déjà un beau défi pour nous : ne pas se sentir obligé de croire ce que tout le monde croit, ne pas avoir peur de ne pas penser comme tout le monde. Il ne s’agit évidemment pas de s’opposer systématiquement, comme un adolescent rebelle et obstiné, mais juste de se rappeler que la vérité et la vie spirituelle ne se décident pas à la majorité. Ça n’est pas parce qu’une théorie ou une pratique est à la mode, qu’elle est bonne : la sainteté ne se mesure pas à la renommée.

Un deuxième trait de caractère de Pierre se pressent de sa réponse : « tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! ». On perçoit une spontanéité et un enthousiasme dans sa manière de répondre à Jésus. Spontanéité et enthousiasme que l’on pourrait qualifier de simplicité. Il y a quelques semaines nous entendions l’histoire de Pierre essayant de rejoindre Jésus en marchant sur les eaux. Tant qu’il répondait simplement à l’appel du Seigneur, tout allait bien ; c’est quand il a voulu compliquer les choses en tenant compte du vent, qu’il a commencé à couler. Cette simplicité est donc une autre disposition à rechercher si nous voulons suivre le Christ et lui permettre de bâtir l’Église avec nous. Je me souviens du témoignage d’une famille qui s’était occupée de quelqu’un qui lui avait beaucoup de mal lors de sa sortie de prison, à Tahiti. La personne qui racontait me disait : « c’est dur, mais Jésus nous a dit de pardonner, alors c’est ce que nous avons fait » … tout simplement ! Simple ne veut pas dire facile, mais dès que nous compliquons les choses, nous nous éloignons de l’évangile.

Enfin Jésus nous révèle une troisième qualité de Pierre : « ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux ». Cette troisième qualité c’est la disponibilité à l’Esprit Saint, l’humilité de se laisser guider par le Seigneur. Évidemment, c’est un aspect déterminant : il ne sert à rien d’être libre et simple, si c’est pour ignorer la Parole de Dieu. Et en même temps, c’est parce qu’il était libre qu’il peut être disponible, c’est parce qu’il est simple qu’il peut faire confiance. Cette foi de Pierre est comme le couronnement de ses qualités qui lui permettent d’être une fondation sur laquelle Jésus déploie sa puissance. Là encore, si nous voulons que le Christ bâtisse son Église avec nous, il faut que nous gardions le cœur ouvert vers le ciel, que nous ne vivions pas seulement selon la chair et le sang, mais que nous cherchions à voir le monde à la lumière de Dieu. 

Dans la deuxième lecture, saint Paul nous donne le beau témoignage d’un cœur ouvert vers le ciel lorsqu’il ne peut contenir son admiration pour la profondeur dans la richesse, la sagesse et la connaissance de Dieu. Ne croyons pas qu’être les colonnes de l’Église est réservé à des hommes ayant vécu il y a deux mille ans : c’est aujourd’hui, avec nous et sur nous que le Christ veut bâtir son Église, là où nous sommes. Pour cela il nous faut être attentifs à rester libres et simples pour être disponibles à nous laisser conduire et instruire par le Père. 

Que la Vierge Marie nous aide à entendre cette parole et à la mettre en pratique. Secours des chrétiens qu’elle nous donne la force de suivre le Christ plutôt que la foule ; Trône de la Sagesse qu’elle nous apprenne à rechercher la simplicité qui nourrit l’enthousiasme et la générosité ; Porte du ciel qu’elle nous dispose au souffle de Dieu pour que nous puissions servir à la construction du Royaume et demeurer en lui comme il demeure en nous, dès maintenant et pour les siècles des siècles. 

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16 août 2020 7 16 /08 /août /2020 13:10

20TOA

20° dimanche du Temps Ordinaire - Année A

 

Rarement les textes de la liturgie de la Parole présentent une telle unité thématique. L’oracle d’Isaïe qui annonce que la Maison du Seigneur deviendra « Maison de prière pour tous les peuples » (sous-entendu pas seulement pour le peuple de Jérusalem) ; la Cananéenne qui « force » Jésus à répandre la grâce au-delà des brebis perdues d’Israël ; enfin les remarques de saint Paul aux Romains qui soulignent le lien entre l’annonce aux païens et le refus de croire des juifs ; chaque fois nous est rappelée l’ouverture du salut à tous les hommes.

Ce caractère universel de la foi est un véritable défi. Aux débuts du christianisme il s’est joué dans la question du lien au judaïsme et dans l’accueil des nations païennes. Mais tout au long de l’histoire la question s’est posée de savoir comment garder l’ouverture dans la pratique de l’Eglise. Car cette dimension universelle – catholique, pour reprendre le mot grec – est à la foi essentielle et difficile.

C’est que la tentation est grande de privatiser ou de confisquer l’évangile. Très vite lorsqu’un groupe existe, il a tendance à s’affirmer en se fermant : on est bien entre nous. C’est une sorte de réflexe qu’on qualifierait aujourd’hui d’identitaire. Alors on regarde un peu de travers ceux qui ne sont pas comme nous, ceux qui ont une autre histoire, d’autres habitudes, et l’étonnement devient vite méfiance, et la méfiance devient hostilité. Ou alors, on entre dans l’injonction d’uniformité : si vous voulez qu’on soit unis, il faut que vous soyez comme nous. Un groupe d’église qui ferait cela confondrait l’évangile et ses propres idées, le Christ et ses propres habitudes.

En vérité notre disponibilité à accueillir les autres est révélatrice de notre disponibilité à suivre le Seigneur. Car ce qui est en jeu, c’est la place de Dieu. Bien souvent nous avons tendance à nous mettre à sa place. Sous prétexte qu’on l’écoute, on peut rapidement penser qu’il dit ce qu’on comprend … alors que nous devons vérifier que nous avons bien compris ce qu’il a dit. Sous prétexte que nous voulons lui obéir, on peut rapidement croire qu’il veut ce que nous voulons … alors que c’est nous qui devons vouloir ce qu’Il veut. Accepter d’être dérangé et de faire une place à l’autre c’est une bonne manière de vérifier qu’on est disponible à l’appel du Seigneur. L’évangile nous montre d’ailleurs que Jésus lui-même a vécu cette expérience. 

Mais ne nous trompons sur la nature de l’universalité. Il ne s’agit pas d’un but en soi, mais de la qualité du cœur de Dieu. L’église est appelée à être « maison de prière pour tous les peuples » et non pas « maison de prière à tous les dieux » ; elle n’est pas l’embrigadement de tous les hommes mais l’appel du Seigneur adressé à tous et auquel chacun répond librement ; elle n’est pas le repas privilégié des enfants gâtés, mais le pain de Vie proposé à ceux qui ont faim. Il ne s’agit pas d’être le supermarché des valeurs et des prières : l’église est la maison du Seigneur ouverte à tous ceux qui veulent le rencontrer. Si l’on y cherche autre chose, on risque d’être déçu. Et si l’on est déçu par tel prêtre, telle paroisse, tel groupe ou tel mouvement, cela vaut la peine de vérifier qu’on n’attendait pas autre chose que la vie divine. Certes les problèmes ne viennent pas toujours de nous … mais ils ne viennent pas non plus toujours des autres !

Pouvons-nous alors repérer quelques attitudes qui permettront de vérifier que nous sommes attentifs à cette dimension catholique de notre foi ? D’abord il y a l’engagement. La première lecture rappelait qu’il était plus important de faire que d’être : la fidélité ne se construit pas en se faisant servir mais en servant. Ensuite il y a une certaine disponibilité à s’adapter : elle exprime l’humilité de celui qui accepte de reconnaître ce que Dieu a confié aux autres, à l’exemple de Jésus dans l’évangile. Enfin il y a le souci du partage et du témoignage. C’est ce que rappelait saint Paul aux Romains quand il leur disait d’espérer et d’attendre que tous obtiennent miséricorde. 

Efforçons-nous donc d’être des hommes et des femmes d’église … au plus beau sens du terme, c’est-à-dire des hommes et des femmes attentifs à ouvrir leur cœur aux dimensions du cœur de Dieu en acceptant d’être rejoints par tous ceux qui ont besoin du Seigneur. Ne confisquons pas l’évangile dans nos habitudes, ne bradons pas l’universalité du salut dans une molle indifférence, mais au contraire par l’engagement, l’humilité et le témoignage laissons nous conduire par l’Esprit Saint aussi loin qu’il le voudra. 

Que la Vierge Marie nous aide à entendre cette parole et à la mettre en pratique. Reine des Saints qu’elle nous apprenne à avoir une foi active pour que notre vie soit une prière agréable à Dieu. Mère de Miséricorde qu’elle nous obtienne une charité puissante pour que nous acceptions de répondre aux appels du Seigneur. Etoile du Matin qu’elle affermisse notre espérance pour que nous puissions désirer le salut de tous les hommes et demeurer en Dieu comme il demeure en nous dès maintenant et pour les siècles des siècles. 

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15 août 2020 6 15 /08 /août /2020 13:09

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Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie

Au cœur de l’été nous fêtons l’Assomption de la Vierge Marie, définie dogmatiquement en 1950 mais célébrée solennellement par l’Église au moins depuis le VI° siècle. C’est – normalement – l’occasion de festivités estivale ; c’est aussi une expression de l’affection des chrétiens pour la Mère de Jésus ; mais surtout, cette fête est le témoignage que Marie a été, à la fin de sa vie terrestre, élevée dans la gloire céleste en plénitude, corps et âme. Puisque la première lecture parlait d’un signe apparu dans le ciel, essayons de comprendre de quoi l’Assomption est le signe. 

C’est d’abord un rappel de la Résurrection du Christ et une annonce de notre résurrection. En générale, d’ailleurs, il est difficile d’évoquer Marie sans parler du Christ, à moins de vouloir dire des bêtises ! Évoquer l’Assomption sans penser au mystère de Pâques, c’est être à peu près sûr de se tromper. Ce serait faire de Marie une sorte de déesse méritant pars ses exploits héroïques d’accéder au Parnasse, au Nirvâna ou à n’importe quel autre panthéon … tout le contraire de ce qu’elle est ! Elle ne fait que suivre le Christ, comme nous sommes nous aussi appelés à le suivre. Ainsi parce qu’il s’agit d’une réalité spirituelle, l’Assomption nous oblige à lever les yeux pour ne pas rester confinés à l’horizon de la terre. Et il faut reconnaître que ça ne nous est pas inutile, nous qui vivons à une époque où si facilement nous négligeons l’invisible, le spirituel ou l’éternel. Trop souvent nous sommes enclins à considérer la religion de manière morale ou politique, à rechercher une vie bonne plutôt qu’une vie divine : il nous est difficile de considérer ce qui nous dépasse, alors que c’est précisément ce qui nous éclaire. Par son Assomption, Marie nous indique cette porte que le Christ a ouverte entre le Ciel et la Terre. 

Pourtant il y a quelque chose de plus qu’un simple rappel à la transcendance. Marie entre dans la gloire non seulement avec son âme, mais aussi avec son corps. On pourrait dire que c’est la différence entre l’Assomption et une canonisation : les saints ne connaissent pas encore la même plénitude que Marie. Rassurez-vous je ne me lancerai pas dans de grandes spéculations théologiques sur la différence entre le jugement particulier et le jugement universel ; mais il n’en reste pas moins que l’Assomption rejoint le mystère de l’Incarnation, pour nous rappeler l’unité de notre nature humaine : corps et âme, et non pas seulement l’un ou l’autre. Là encore c’est un signe important. L’histoire montre combien il est tentant d’opposer l’âme et le corps. Soit que l’on ne voit pas la différence entre les hommes et les animaux, oubliant cette transcendance dont nous venons de parler ; soit que l’on méprise le corps pour prétendre à une spiritualité vaporeuse qui finit généralement en l’idéologie rigide ou en débauche sordide, l’une n’excluant malheureusement pas l’autre ! Comme disait Blaise Pascal : « qui veut faire l’ange fait la bête » … l’Assomption nous rappelle que nous ne sommes ni l’un, ni l’autre ! Notre corps n’est pas le tombeau de l’âme, mais le temple de l’Esprit Saint : la Vierge Marie en est le meilleur témoignage

Il y a encore un autre signe que l’on peut percevoir dans l’Assomption. Nous avons bien compris que Marie est déjà ce que nous serons ; mais pourquoi l’est-elle avant les autres ? Ce privilège est-il une sorte de favoritisme céleste qui contredirait la justice la plus élémentaire ? Une petite expression dans la deuxième lecture peut nous permettre de comprendre : « c’est dans le Christ que tous recevront la vie » dit l’Apôtre, et nous avons vu combien il était important d’y tenir. Pourtant il rajoute : « mais chacun à son rang » … voilà qui bouleverse notre réflexe égalitaire ! Nous avons quelque répugnance à penser une hiérarchie dans la sainteté. Et pourtant nous devons bien convenir que nous ne sommes pas aussi saints que la Mère de Dieu ! Reconnaître une certaine prééminence à la Vierge Marie, ce n’est pas consentir à l’injustice d’un arbitraire divin, mais au contraire réaliser qu’on est dans l’ordre de l’amour, et donc de la proportionnalité et de la réciprocité, pas de l’automatisme ou du droit. Si Marie nous précède, c’est parce qu’elle a plus aimé que nous. Il ne s’agit pas de l’envier, mais de l’imiter. Comme l’expliquait Catherine de Sienne, Dieu comble chacun à la mesure de ce que chacun permet : un dé à coudre aura beau être aussi plein qu’une citerne, il contiendra moins d’eau ! D’une certaine manière, l’Assomption nous rappelle que dans la gloire, si la qualité vient de Dieu, la quantité vient de nous.

Oui la fête de ce jour est un grand signe. Signe de la vie divine à laquelle nous sommes appelés, signe de notre condition pour que notre corps et notre âme aspirent à la gloire, signe de notre implication dans un chemin qui ne se fera pas sans nous. 

Que la Vierge Marie nous encourage et nous accompagne. Porte du Ciel qu’elle garde nos cœurs tournés vers Celui qui s’est penché sur son humble servante ; Temple de l’Esprit Saint qu’elle garde nos vies enracinées dans la miséricorde qui disperse les superbes et comble les affamés ; Reine du Ciel qu’elle nous garde fidèles à la promesse de celui qui se souvient de son amour pour que nous puissions partager la vie qui vient du Christ et contempler le salut, la puissance et le règne de notre Dieu, dès maintenant et pour les siècles des siècles.

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9 août 2020 7 09 /08 /août /2020 12:53

19TOA

19° dimanche du Temps Ordinaire - Année A

Il y a des histoires de Jésus avec ses disciples que j’affectionne particulièrement. D’abord quand ça se termine bien, parce que c’est mieux, et c’est plus rassurant. Ce qui est rassurant aussi, c’est de voir que les apôtres ont beau être familiers du Seigneur, le fréquenter et vivre avec lui, il y a toujours des malentendus ou des incompréhensions. Ça nous rappelle que la vie spirituelle n’est pas un long fleuve tranquille et que l’on peut progresser aussi grâce à nos manques et à nos limites. Quand nous sommes découragés par nos incompréhensions ou nos péchés, cela nous rappelle que les apôtres ont vécu la même chose et que cela ne les a pas empêcher d’avancer. 

Ainsi les disciples vivent avec Jésus depuis plusieurs mois, voire quelques années. Mais lorsqu’il les rejoint, ils ne le reconnaissent pas. … C’est vrai que c’est de nuit, pendant une tempête et qu’ils sont au milieu de l’eau. On comprend qu’ils soient bouleversés. Mais faut-il vraiment qu’ils aient peur ? Tout ça parce que face à la surprise, ils imaginent le pire : « c’est un fantôme » disent-ils, alors qu’on pourrait imaginer bien d’autres hypothèses moins dramatiques. Voilà donc un premier obstacle dans la vie spirituelle : notre imagination qui s’emballe pour nous inquiéter. Par exemple, quand on prie « que ta volonté soit faite », qu’est-ce qu’on imagine être la volonté du Père ? Que nous souffrions ou que nous soyons heureux ? Méfions-nous de l’imagination quand elle nous entraîne vers la peur ou la colère. Le meilleur moyen d’éviter cela, c’est de mieux connaître le Seigneur. S’ils avaient mieux connu Jésus, les disciples aurait su qu’il pouvait faire ce qui paraît impossible.

Ensuite, il y a l’aventure de Pierre. Dans cette histoire on peut se demander ce qu’il y a de plus étonnant : qu’il marche sur l’eau à l’appel de Jésus, ou qu’il prenne peur à cause du vent. Il est rare en effet que le vent nous empêche de marcher, surtout quand on est dans la force de l’âge ! Que s’est-il passé ? Sans doute, même inconsciemment, Pierre a-t-il considéré qu’il y avait des limites à la puissance divine … Comme si la grâce qui le maintenait sur l’eau ne pouvait pas le tenir debout. On peut aussi penser que le problème est venu du fait qu’il a regardé le vent plutôt que le Seigneur vers lequel il avançait. Ainsi le deuxième obstacle dans la vie spirituelle vient de ce qui nous distrait de Dieu. Soit que nous n’osions pas accueillir toute la grâce, soit que nous portions notre attention sur autre chose que le don de Dieu. Si nous voulons éviter la mésaventure de Pierre, il est important de se rappeler le conseil de Thérèse d’Avila : « que rien ne te trouble, que rien ne t’effraie, Dieu seul suffit ». 

Mais il reste encore un point de perplexité : pourquoi les disciples attendent-ils que le vent tombe pour reconnaître la divinité de Jésus. Certes, il était difficile de s’agenouiller dans une barque ballotée par les flots, mais l’arrivée insolite du Seigneur paraît plus significative de la puissance divine qu’une accalmie, somme toute assez banale au lever du jour. On rejoint ici le message de la première lecture : la présence divine n’est pas dans l’ouragan, le tremblement de terre ou le feu, mais dans le murmure d’une brise légère. Alors que nous, instinctivement, nous prions avec ferveur dans les épreuves et les tourments, et que nous relâchons la prière quand tout va bien. Ça ne veut pas dire qu’il faille cesser de prier dans les difficultés : Pierre a eu raison d’appeler Jésus au secours quand il coulait ; mais le signe de la présence de Dieu, c’est la douceur de la paix : c’est cela que nous devons rechercher, c’est aussi ce que nous devons garder précieusement par la confiance et par la foi dans l’adoration.

Car c’est bien un appel à la confiance qu’adresse Jésus aux disciples effrayés, pour qu’ils puissent accepter de le connaître et de le reconnaître, plutôt que de se laisser entraîner par une imagination qui augmente l’inquiétude ; c’est bien un appel à la foi qu’adresse Jésus à Pierre pour qu’il puisse continuer sa marche vers lui, sans se laisser distraire par le vent. Et c’est bien aussi par un geste d’adoration que l’équipage de la barque accueille la présence divine auprès d’eux. 

Que la Vierge Marie nous aide à entendre cette Parole et à la mettre en pratique. Etoile du matin, qu’elle nous apprenne à préférer la confiance à l’imagination pour aller à la rencontre de Celui qui vient vers nous. Secours des chrétiens, qu’elle nous soutienne quand nous perdons pied parce que nous nous laissons distraire par ce qui prétend limiter la puissance de Dieu. Reine de la Paix, qu’elle nous dispose à l’esprit d’adoration pour que nous puissions accueillir le doux murmure de la présence du Seigneur et demeurer en lui comme il demeure en nous, dès maintenant et pour les siècles des siècles.

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2 août 2020 7 02 /08 /août /2020 10:27

18T0A

18° dimanche du Temps Ordinaire - Année A

 

En entendant le récit de la multiplication des pains, on s’émerveille généralement de cette prouesse qui consiste à rassasier cinq mille hommes (sans compter les femmes et les enfants), grâce à cinq pains et deux poissons, tout en ayant encore une marge de douze paniers. Il est vrai que l’événement est peu banal, et qu’on pourrait rêver de le reproduire pour résoudre un certain nombre de problèmes dans le monde. Mais l’on pourrait tout autant s’émerveiller d’autres aspects de cette histoire. 

D’abord, il y a l’attitude de Jésus lorsqu’il débarque. Il s’était retiré après avoir appris la mort de Jean-Baptiste. Sans doute cherchait-il un peu de calme, peut-être était-il plus prudent de se faire discret compte tenu de l’agitation du moment … et le voilà « saisi de compassion » pour la foule qui le cherche et le précède. Il était plus facile pour lui que pour nous de percevoir l’attente de cette foule qui n’est là ni par curiosité, ni par hasard ; d’autant qu’on peut penser que le trajet était plus court en barque qu’en suivant le rivage. Mais ne nous habituons pas trop vite à l’idée que Dieu se laisse toucher par la misère des hommes. Il serait bien plus logique qu’il s’en préserve, ou au moins qu’il ne consente qu’à ce qu’il a décidé. Mais voilà, Jésus se laisse désarmer par l’espoir de ceux qui sont là, et renonçant au repos ou à la prudence, il va s’occuper longuement de cette foule. Admirable sollicitude divine, remarquable tendresse de la miséricorde qui rejoint la simplicité de l’invitation transmise par le prophète Isaïe : « vous tous qui avez soif, venez, voici de l’eau ». 

Ensuite, il y a la réponse que Jésus fait à la remarque des disciples : « donnez-leur vous-même à manger ». Leur observation était pleine de bon sens : les gens sont très nombreux, et l’endroit est désert, la situation peut rapidement devenir critique. Eux-mêmes n’ont pas grand-chose : cinq pains et deux poissons, ça ne fait pas beaucoup pour douze personnes ! Mais la phrase du Seigneur est un appel à ne pas se réfugier derrière notre pauvreté pour s’exempter du partage et de la solidarité. Si nous étions tentés de nous appuyer sur la providence divine pour nous dispenser de faire attention aux autres, la réponse de Jésus nous prend à contre-pied. Avec lui, ce n’est pas « chacun pour soi et Dieu pour tous ». La parole du Seigneur est aussi dérangeante pour les réflexes égoïstes que l’oracle d’Isaïe : « venez achetez et consommer sans rien payer ». Si la générosité de la miséricorde divine est admirable, il est tout autant admirable que Dieu compte sur nous, malgré nos limites. Même s’il ne nous laisse pas seuls, même s’il transfigure notre disponibilité, combien est remarquable cette confiance qui ne veut pas agir sans nous. 

Enfin on peut encore s’étonner de la dernière action évoquée par l’évangéliste : « On ramassa les morceaux qui restaient ». Bien sûr il faut laisser propre l’aire de pique-nique ; bien sûr cela permet de mesurer la générosité du miracle qui donne largement plus que le nécessaire … mais il y a plus à admirer que la politesse écologique ou le bilan miraculeux ! A travers ce geste de respect pour le don de Dieu, transparaît la notion de permanence et de durée … en termes spirituels et bibliques on pourrait parler d’alliance. L’action de Dieu n’est pas ponctuelle et ne se limite pas à l’instant. Le Seigneur n’est pas un distributeur pratique vers qui on se tourne en cas de problème et que l’on oublie quand tout va bien. Il est une source et un chemin, une constance qui invite à la fidélité. C’est bien ce que rappelait Isaïe, c’est aussi ce qu’exprimait saint Paul dans le beau texte de la deuxième lecture. 

Sans doute la multiplication des pains est-elle un épisode marquant de l’histoire de Jésus (peut-être plus pour les disciples que pour la foule qui en a bénéficié),  mais il y a beaucoup plus à admirer que le miracle : il y a la miséricorde d’un Dieu qui se laisse toucher par l’espoir des hommes, il y a la confiance de celui qui n’agit pas sans nous, il y a la fidélité du Seigneur qui nous entraîne dans son alliance. Depuis bien longtemps, on a remarqué que les mots employés par saint Matthieu rappelaient ou plutôt annonçaient l’eucharistie : « il prit les pains, dit la bénédiction, les rompit et les donna à ses disciples ». Que ce soit l’occasion pour nous d’y découvrir non seulement le grand miracle, mais surtout le signe de l’amour de Dieu, son appel à nous investir, et son invitation à vivre l’alliance. 

Que la Vierge Marie nous aide à entendre cette parole et à la mettre en pratique. Mère de Miséricorde qu’elle nous apprenne à creuser en nous le désir de Dieu pour que notre prière puisse toucher son cœur. Servante du Seigneur qu’elle nous rende disponibles à l’engagement pour que la grâce puisse transfigurer nos limites. Arche de la Nouvelle Alliance, qu’elle nous accompagne dans la fidélité pour que nous puissions demeurer en Dieu comme il demeure en nous, dès maintenant et pour les siècles des siècles.

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26 juillet 2020 7 26 /07 /juillet /2020 10:24

17 TO A

17° Dimanche du Temps Ordinaire - Année A

 

Dans la série des paraboles du royaume, on quitte cette semaine le registre agricole pour des histoires de trésor, de perle mais aussi de choix et de tri ! Ainsi, les trois paraboles que Jésus raconte, celle du trésor dans le champ, celle de la perle de grande valeur et celle du filet de pêche nous rappellent l’importance de connaître le Royaume, de le préférer à tout autre chose, mais aussi d’y être compatible. 

Tout d’abord le Royaume est comme un trésor trouvé dans un champ … mais un champ qui ne nous appartient pas. Dans cette parabole, il y a une personne dont Jésus ne parle pas : le propriétaire du champ ! Il va laisser échapper un trésor, parce qu’il ne connaît pas la valeur de ce qu’il s’apprête à vendre. La première condition du Royaume, c’est donc d’en connaître la valeur. Or il faut reconnaître que bien souvent nous ignorons la valeur du Royaume. Nous sommes attentifs à beaucoup de choses, mais rarement nous évaluons ce qui est important dans notre vie à l’aune de l’éternité. Si nous ne voulons pas être comme celui qui vend un champ sans savoir qu’un trésor y est caché, il nous faut être vigilants à penser notre vie en perspective du Royaume. C’est ici que nous réalisons l’importance de la foi qui nous fait reconnaître la présence divine cachée dans nos vies. C’est ce à quoi saint Paul invitait les Romains : reconnaître le choix et l’amour de Dieu qui nous précède et nous appelle. 

Ensuite le Royaume est comme une perle précieuse qui vaut plus que tout ce que nous possédons. La dynamique est un peu différente entre la parabole du trésor et celle de la perle. En vendant ce qu’il possède pour acheter le champ du trésor, le premier homme fait une bonne affaire. Dans la deuxième parabole, le négociant opère plutôt une concentration de sa fortune. C’est une deuxième condition du Royaume : il ne suffit pas de le connaître ou de le reconnaître, il faut aussi le désirer et le préférer. Or bien souvent on préfère des petits bonheurs immédiats au grand bonheur futur. Qu’est-ce que sommes-nous prêts à sacrifier pour le Royaume ? A quoi acceptons-nous de renoncer pour le royaume des Cieux ? Dans la première lecture Salomon donne l’exemple de celui qui sait choisir ce qu’il y a de plus important. Pour nous et d’une manière plus générale, c’est grâce à l’espérance que nous pourrons préférer la perle de grande valeur ; car l’espérance n’est pas un réflexe d’optimisme mais le désir de la vie éternelle. Notre attachement au Royaume grandira à mesure que nous progresserons dans l’espérance.

Enfin il y a la parabole du filet. Elle semble nous concerner de manière un peu différente, puisqu’il ne s’agit plus de choisir mais d’être choisi. Si l’on reprend les termes qu’utilise Jésus, on peut comprendre que les méchants sont écartés car ils ne valent rien pour le Royaume ; au contraire les justes, eux, sont bons : ils servent pour le Royaume. Mais ne pensons pas que nous sommes passifs : il y a toujours un choix qui nous revient, même s’il est sous-jacent : être juste ou méchant dépend de ce que nous avons décidé. Sur quelle base se détermine la justice ? Sur le Royaume, bien entendu. Est juste celui qui est utile au royaume des Cieux ; celui qui est compatible avec la loi du Seigneur. C’est d’ailleurs ce qu’exprimait le psaume : « de quel amour j’aime ta loi, Seigneur » … ainsi, la charité est la mesure de notre compatibilité avec le Royaume.

Si Jésus a utilisé tant de paraboles pour nous faire comprendre la nature du royaume des Cieux, c’est que l’enjeu est important. En vérité c’est même ce qu’il y a de plus important puisque le Christ est venu nous en permettre l’accès, et que nous sommes faits pour ce Royaume. Encore faut-il le reconnaître, le désirer et s’y conformer.

Que la Vierge Marie nous aide à entendre cette parole et à la mettre en pratique. Etoile du matin qu’elle affermisse notre foi pour que nous puissions reconnaître la présence divine cachée dans notre histoire. Demeure précieuse qu’elle soutienne notre espérance pour que nous puissions préférer la vie éternelle. Mère du Bel amour qu’elle encourage notre charité pour que nous puissions servir au Royaume et demeurer en Dieu comme il demeure en nous, dès maintenant et pour les siècles des siècles.

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